
C’est à la surprise générale que les Guinéens ont appris en début de semaine la condamnation, puis l’émission des mandats d’arrêt international contre les anciens ministres du gouvernement de consensus, Ousmane Doré et Mahmoud Camara. Certes, l’idée selon laquelle tout ne se serait pas bien passé dans la gestion du projet coton est dans l’air depuis un certain temps. Cependant, l’opinion n’avait pas été informée de l’ouverture formelle d’un procès. Mieux, on n’avait pas connaissance de l’identité des accusés. Et c’est pourquoi quand l’un des accusés clame qu’il n’a jamais été convoqué par le tribunal et que le Tribunal de première instance de Kaloum, au contraire, soutient qu’Ousmane Doré et Mahmoud Camara ont refusé de répondre aux convocations qui leur auraient été adressées, les Guinéens ne savent pas trop qui croire.
Une conférence de presse aurait suffi
Pourtant, on ne peut qu’être étonné que personne n’ait jusqu’ici informé l’opinion du refus que les accusés auraient opposé aux dites convocations. Bien que les deux anciens ministres ne soient pas toujours en Guinée, une conférence de presse aurait suffi pour prendre à témoins les Guinéens, quant à la conduite de la procédure selon les règles de l’art. Ceci n’ayant pas été fait, ceux qui pourraient penser à une arrière-pensée politique, ont leur argument tout trouvé ! Quoique les mis en cause, eux-mêmes, ne démentent pas l’effectivité du détournement. Sont-ce eux, les coupables ? C’est une autre question…
Toute autre pourrait être la condamnation de l’ancien premier ministre et leader du Parti de l’espoir pour le développement national (PEDN), Lansana Kouyaté. Dans ce second cas en effet, l’Etat n’est à priori, nulle part impliqué. Il s’agit d’une affaire ne concernant que des particuliers et ne portant que sur un accident relevant à la limite d’un fait divers.
Lansana Kouyaté condamné à verser quelques 119 millions de GNF
On se rappelle, cela remonte à 2010. Ibrahima Sory Cissé qui, dans le cadre de concertations entre leaders de l’alliance RPG-arc-en-ciel, conduisait l’ancienne ministre Rougui Barry au domicile privé de Lansana Kouyaté, situé à Matoto, y avait subi un accident. Perdant le contrôle de sa voiture, suite à un brusque malaise cardiaque, alors qu’il était derrière le volant, le chauffeur de Lansana Kouyaté, Alia Camara avait foncé notamment Ibrahima Sory Cissé. Depuis, ce dernier accusant l’ancien premier ministre de « non-assistance à personne en danger », a porté plainte. Le Tribunal de première instance de Mafanco, reconnaissant la culpabilité de Lansana Kouyaté, l’avait condamné le 8 mai 2013 au paiement de de 104. 634. 994 de Francs guinéens, à titre principal ; 15. 000. 000 FG au titre de dommages intérêts au bénéfice du Sieur Ibrahima Sory Cissé. Non content de cette sentence, l’ancien premier ministre avait interjeté appel. Malheureusement pour lui, la Cour d’appel, de son côté, vient de confirmer le premier verdict. Du coup, s’il ne se pourvoit pas en cassation, il devra mettre la main à la poche et verser quelques 119 millions de GNF.
La Société civile entre dans la brèche
Estimant que la dynamique est favorable, les ONG de défense des droits humains et de la démocratie s’engouffrent dans la brèche, et souhaitent que la justice entende les présumés acteurs du scandale au niveau des Travaux publics. La justice s’étant curieusement montrée muette au sujet des dénonciations faites dans la presse, l’Institut de Recherche sur la Démocratie et l’Etat de Droit (IRDED) et le Mouvement africain pour la défense des droits de l’homme et de la Gouvernance (AFRIDHO) ont annoncé, au cours d’une conférence de presse organisée hier à Coléah, avoir porté plainte contre les ministres, Elhadj Bah Ousmane et Mohamed Traoré, et contre l’actuel directeur national de l’entretien routier (DNER), Benjamin Sandouno. A à en croire, les responsables de ces différents organismes, leur objectif serait qu’à travers un procès équitable et transparent, les Guinéens sachent ce qu’il retourne du dossier des surfacturations des marchés des travaux publics.
Dans le contexte des deux précédents cas auxquels nous faisions allusion, la démarche de ces ONG s’apparente à un défi lancé à la justice guinéenne. En effet, à priori, cette dernière aurait dû s’auto-saisir. Mais ne l’ayant pas fait, voilà qu’elle est formellement saisie par instances qui en ont le droit et l’intérêt. Et si elle ne se met en devoir de faire le boulot qu’on attend d’elle, les Guinéens pourraient très vite lier le refus de poursuivre les cadres en question au fait qu’ils sont actuellement dans l’attelage du régime du président Alpha Condé. Ainsi, on pourrait très vite crier aux deux poids, deux mesures.
Fodé Kalia Kamara pour GuineeConakry.info




















