GESTION D’EBOLA: D’un extrême à l’autre

Face à la nouvelle flambée à virus Ebola qui sévit en Afrique de l’ouest, les différents pays adoptent des approches plutôt différentes. Si en Guinée, en dépit des dernières statistiques alarmantes, les autorités demeurent dans la logique de la relativisation de la maladie, par contre au Libéria et en Sierra Léone, l’armée et les forces de sécurité sont littéralement réquisitionnées pour faire face à l’ennemi. Dans le premier cas, on peut parler de sous-évaluation du problème, alors que dans le second, on a tout de même l’impression que les autorités libériennes et léonaises usent d’approches disproportionnées qui, en plus, décuplent la panique générale.

Selon les dernières statistiques fournies par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’épidémie à virus Ebola qui sévit en Afrique de l’ouest, depuis le début de l’année, en est à 1711 cas, pour 932 décès. Comparés au contenu du précédent bulletin, ces chiffres traduisent une progression continue de la maladie. La chaine de propagation n’est donc toujours pas rompue.

Toutefois, les pays ne réagissent pas de la même manière face à cette situation. Globalement, la Guinée fait montre d’une sérénité que d’aucuns pourraient assimiler à une manœuvre délibérée tendant à sous-évaluer l’ampleur du problème. Ces soupçons vis-à-vis des autorités guinéennes remontent à la première phase de la maladie. En effet, face à la grosse panique qui avait résulté des toutes premières communications de la maladie, le gouvernement guinéen, redoutant l’impact sur la fréquentation du pays par les investisseurs, avait quelque peu opté pour la « discrétion ». Ce qui d’ailleurs avait quelque peu provoqué quelques frictions avec des partenaires dont Médecins sans frontières (MSF) et l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

Mais à l’issue du sommet d’Accra, l’harmonie est de nouveau revenue entre la Guinée et les instances qui l’appuient dans la lutte contre Ebola. Depuis cette date, les chiffres sont harmonisés, à condition cependant que l’on spécifie « les cas confirmés, probables et suspects ». En dépit de cette réconciliation, la Guinée demeure toujours dans sa logique de ne pas dramatiser le mal. C’est ainsi qu’à la faveur du sommet USA-Afrique, Alpha Condé, bien que sollicitant l’appui de la communauté internationale, s’est tout de même gardé de verser dans le catastrophisme. De même aucune mesure particulièrement draconienne n’est encore prise.

Toute autre, est la démarche qu’ont adoptée Ellen Johnson Sirleaf et Ernest Bai Koroma. Comme s’ils s’étaient concertés, les deux présidents ont tour à tour  décrété l’Etat d’urgence. Dans les deux pays, on a par ailleurs décrété des jours fériés pour permettre que les bâtiments administratifs soient  désinfectés. Face aux résistances dont font montre les populations, l’armée et les forces de l’ordre sont mises à contribution pour contraindre les suspects à se rendre.

En outre, le président sierra léonais a dernièrement mis en quarantaine les villes de Kenema et Kailahun. Le ministre libérien de la Défense, Burnie Samuka, promet qu’il en sera de même de la ville de Gbakedou. En gros, les autorités libériennes et léonaises, comme prises de panique elles-mêmes, prennent des mesures qui ne sont pas de nature à renforcer la sérénité que requiert la lutte contre l’épidémie.

Cette différence ou divergence dans les approches pourrait tout d’abord résulter de l’ampleur que connaît l’épidémie dans chacun des pays. Bien que toujours présent en Guinée, Ebola semble cependant sur la pente descendante. Les autorités se disent alors qu’il vaut mieux gérer cette dernière avec le moins de bruit possible. Surtout qu’on ne veut pas que les rares investisseurs qui restent encore dans le pays, fassent leurs valises à leur tour. 

Situation tout à fait différente en Sierra Léone et au Libéria où la chaine de contamination évolue à une vitesse grand V. L’autre élément d’explication peut résider dans le tempérament et la sensibilité personnels de chacun des dirigeants. Globalement, Alpha Condé n’est pas du genre à trop s’émouvoir. Eminemment politique, il en a toute chose la lucidité, et peut-être la froideur. Alors que, visiblement, Ellen Johnson Sirleaf et Ernest Bai Koroma sont plus portés vers la sensibilité. Ils semblent s’être moins abreuvés aux sources des grandes théories politiques.

Toutes ces attitudes prouvent dans un cas comme l’autre que les stratégies pour endiguer la maladie valsent encore au rythme de quelques improvisations. L’on pourrait reprocher à Alpha Condé sa « froideur » et aux autres leur « chaleur » face à l’ennemi commun. Il est grand temps que les experts cessent aussi de clamer sur tous les toits qu’Ebola est désormais «hors de contrôle». Une communication catastrophique, loin de faciliter les choses…

Boubacar Sanso BARRY pour GuineeConakry.info 

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