GENOCIDE RWANDAIS : La réconciliation, une quête permanente !

D’avril à juillet 1994, quelques 800.000 rwandais essentiellement Tutsis sont assassinés. Vingt ans après, le pays et le peuple essaient de tourner cette page douloureuse de l’histoire. Piloté par le président Paul Kagamé, le travail de mémoire est en marche, et produit par endroit des résultats qui s’apparentent à des miracles. Ce qui ne signifie cependant pas que tout est désormais rose au Rwanda. En particulier, on s’inquiète de la pérennité du processus, au-delà de Kagamé.

Du 7 avril à la mi-juillet 1994, c’est un savant plan d’extermination systématique des Tutsis qui est mis à exécution au Rwanda. Psychologiquement et matériellement préparé de longue date, le génocide est perpétré avec cynisme et sadisme. Les génocidaires extrémistes hutus sont conditionnés à tel point qu’ils n’hésitent pas s’en prendre à des voisins Tutsis qui sont, entre temps, devenus des « cancrelats » dont l’extermination est une nécessité vitale. Pendant trois mois, les barrages routiers ne sont pas érigés pour démasquer des produits frauduleux ou les contrebandiers, ce sont plutôt des ”instruments à filtre” pour débusquer les Tutsis. Les malheureuses cibles, en groupes ou isolées, sont fusillées, découpées en morceaux par des machettes et autres gourdins cloutés, ou consumées dans l’incendie de leurs domiciles. Enfants, femmes enceintes et personnes âgées ne sont point épargnés. Se réfugier dans un lieu de culte n’est pas non plus une garantie de sauvetage. Les marchands d’armes flairant la bonne affaire, la machine génocidaire s’exerce avec une frénésie indicible.

Le mérite de Kagamé

Hériter d’une telle situation n’est pas chose aisée. C’est pourtant ce que fait l’actuel président, Paul Kagamé. D’abord en tant que vice-président et ministre de la défense du gouvernement intérimaire de juillet 1994 à 2000, puis en tant que président, depuis 2000. Comme Mandela avant lui, le président Kagamé a eu le mérite de mettre son leadership et sa vision au service de la thérapie des séquelles du génocide. Conscient de l’ampleur du drame subi par son pays, mais décidé à cicatriser les plaies béantes, il met en place une imparable stratégie.

Catharsis post-génocidaire

Résolu à tourner définitivement la sinistre période génocidaire que son pays a connue, le président Paul Kagamé, présumant l’adversité que lui opposerait la France, s’assure tout d’abord du soutien d’un allié de taille : les Etats-Unis. Cet obstacle en perspective écarté, il est libre de dérouler son projet.

Mettant la communauté linguistique qui caractérise la société rwandaise à profit, il ne veut surtout pas commettre l’erreur de nombreux pays en proie à de lourds contentieux historiques, à savoir prendre du retard. Aussitôt aux affaires, il fait face à l’héritage du génocide.

Par ailleurs, il n’élude pas les questions embarrassantes. Au contraire, il s’attaque frontalement à son chantier, avec détermination et courage. Ainsi, il introduit le génocide dans le programme du système éducatif formel. Sans verser dans des représailles incendiaires, il a tout de même l’audace de toiser les auteurs des pages sombres de son pays. Sans se soucier de critiques distrayantes émanant de certaines chancelleries occidentales qui craignent que leur rôle dans le génocide ne soit mis à nu.

Paul Kagamé ne cède pas non plus au désir d’une pseudo-justice expéditive ou populaire. En lieu et place, il met simultanément en branle une justice réparatrice (Tribunaux Gacaca) et une procédure pénale (Tribunal pénal international pour le Rwanda). Les intellectuels fixent les événements les contextes. Les arts et la culture sont mis à contribution pour adoucir les potions réparatrices. Parallèlement, un mécanisme de redressement socioéconomique se met en place. Les fléaux du chômage, de l’analphabétisme, de la corruption, des épidémies en tous genres,… sont traqués. Les services de l’eau et de l’électricité sont rendus disponibles. En dépit d’une nature plutôt hostile, le pays est désenclavé et rendu propret. Pour les autorités rwandaises, les résultats sont d’autant plus élogieux que la promotion féminine, l’écologie et l’accès à Internet ont tendance à s’inscrire dans les normes.

La réconciliation sur la durée

Tout cela s’accompagnant d’un sentiment patriotique des plus manifestes de la part des Rwandais, le bilan obtenu en une vingtaine d’année relève d’une prouesse. Pour autant, il reste encore des plaies à penser. Tous les génocidaires n’ayant pas confessé leur rôle et responsabilités, bien de victimes  ne trouvent pas la force de pardonner et de tourner la page avec sérénité. Elles demeurent hantées par les souvenirs douloureux et par le déni dans lequel certains bourreaux ont trouvé refuge. Paul Kagamé, lui-même est plus conciliant avec ceux de son camp politico-ethnique qui sont accusés d’exactions et d’actes de représailles. Sous le prétexte de sévir contre les négationnistes, il ferme l’espace politique rwandais au point que l’avenir du processus est envisagé avec quelques pointes d’inquiétude. On se demande notamment si le chef de l’Etat rwandais se soucie de se trouver un successeur digne d’entretenir la flamme de la réconciliation nationale. Un défi auquel il devrait s’attaquer sans tarder.

Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info

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