FORUM DE BRAZZAVILLE : Les ex-Séléka, introuvables !

Pour sauver la face et éviter le ridicule, la médiation congolaise de la crise centrafricaine se borne à faire signer le fameux accord de cessation des hostilités, ce matin même. Mais cet entêtement de sa part frise bien la politique de l’autruche. Autrement, le boycott de la journée d’hier par un des acteurs privilégiés de la crise, à savoir les ex-Séléka, aurait suffi pour constater l’échec de la rencontre ! Pire, le sommet de Brazzaville se sera même révélé un facteur aggravant du drame centrafricain. Parce que pour la première fois, il est question de la partition territoriale de la République centrafricaine. Une soudaine revendication des ex-Séléka dont on ne sait véritablement ce qu’elle cache.

A la rencontre qui, hier, devait consacrer la reprise des discussions visant à trouver un cessez-le-feu en Centrafrique, il y avait un absent de taille : Les ex-Séléka. Demeurant dans la logique du pavé lancé la veille par leur chef de délégation, les ex-rebelles ne sont pas sortis de leur hôtel. Ne voulant pas se rendre à l’évidence de l’échec du sommet, les médiateurs congolais et quelques officiels centrafricains proches de Catherine Samba Panza préfèrent croire que les revendications indépendantistes exprimées par Mohmed-Moussa Dhaffane relèvent d’une approche de dialogue visant à monter les enchères. Sauf que le boycott d’hier matin est une preuve du sérieux avec lequel les ex-Séléka envisagent leurs velléités indépendantistes. Les ex-hommes de Michel Djotodia ne veulent ni plus ni moins que leur califat au cœur de l’Afrique centrale.

 

Pourvu que l’on soit objectif et réaliste, c’est à cela que débouche Brazzaville. Loin de résoudre le problème, le sommet voulu par Denis Sassou Nguessou l’aggrave donc. GCI l’avait hélas, bien vu. Outre l’extrême pauvreté de ses habitants et les querelles religieuses qui hypothèquent ses fondations nationales, la RCA devra désormais faire avec une menace planant sur son intégrité territoriale. Cependant, de la part des tombeurs de François Bozizé, cette dernière revendication est aussi soudaine qu’incompréhensible. Les prétendues persécutions contre la communauté musulmane ne sont certainement qu’un prétexte. Il n’est, bien entendu, pas question de nier toutes les horreurs qu’on a fait subir à certains musulmans ; mais jusqu’ici, aucune victime n’avait envisagé comme solution, l’éventualité de se soustraire du grand ensemble centrafricain.

La déclaration-choc de Dhaffane d’avant-hier doit être dictée par autre  chose que les justifications que lui-même a données. Le chef de la délégation des ex-Séléka doit être un instrument que quelqu’un d’autre manipule à sa guise. Cette ultime personne, elle-même, au-delà de la sympathie réelle ou feinte qu’elle éprouve pour les ex-Séléka et plus largement pour les musulmans centrafricains, doit avoir un intérêt évident dans une Centrafrique dépiécée. En outre, elle doit être guidée par l’envie irrépressible de trainer la médiation congolaise dans la boue. En somme, d’une pierre d’eux coups !

Dans la configuration actuelle de la géopolitique de l’Afrique centrale, le schéma d’une complexification de la crise en Centrafrique n’en rajouterait qu’au bien-fondé et à la nécessité de Barkhane. Hélas. Et les énormes richesses du sous-sol centrafricain agissant comme ultimes mobiles de toute cette vaste mise en scène géopolitique.     

Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info

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