FLASHBACK JUIN 2007: Les vérités de Dr Ibrahima Fofana sur la grève générale

Le 21 juillet 2006, GuineeConakry rencontrait celui qui a fait trembler le pouvoir en Guinée, grâce au succès de la grêve générale dont il état l'un des hommes forts. Celui à qui Conté avait dit: " Tu mets la pagaille dans le pays et tu vas te coucher à l'extérieur", alors qu'il était en mission syndicale à Genève, Dr Ibrahima Fofana. En flashback, nous republions l'interview qu'il nous avait accordé exclusivement et dans laquelle, il répondait aux questions de notre site avec la pugnacité et la capacité d'analyse que tout le monde lui reconnaissait...

SYNDICAT: Les vérités de Dr Ibrahima Fofana
Elhadj Ibrahima Fafona, Secrétaire Général de l'USTG: '' Malgré toutes les attaques dont nous sommes victimes, les travailleurs savent aujourd'hui, quel syndicat fait quoi pour eux ''.Le Secrétaire Général de l'Union syndicale des travailleurs de Guinée (USTG), Dr Ousmane Fofana, commente la situation de crise que traverse la Guinée, répond aux critiques sur son éventuelle corruption et les promesses du gouvernement, etc.

GuineeConakry.Info: Cela fait plus d'un mois que la grève a pris fin. Peut-on savoir si les promesses ont été tenues par le gouvernement?

Docteur Ibrahima Fofana: Si vous avez vu le protocole d'accord, pour chacun des points inscrits dans le procès verbal de la négociation, il y a une échéance qui a été fixée, qu'il faut attendre pour savoir si les promesses vont être tenues ou pas. En ce qui concerne par exemple le secteur de l'éducation, vous avez dû voir qu'on avait mis que le gouvernement devrait signer le décret promulguant le statut particulier de l'enseignant, avant la proclamation des résultats des examens 2006.

Vous avez pu constater que cela a été quand même respecté, dans la mesure où le décret a été publié. Mais, il faut dire que nous attendons que les arrêtés d'application du décret, concernant le statut particulier de l'enseignant le soient également. Des commissions techniques qui ont été mises en place, qui sont entrain de travailler au niveau de l'éducation, et au niveau des autres points du protocole d'accord, du procès verbal de négociation, et qui n'ont pas encore achevé leurs taches. Donc on attend ces résultats pour savoir réellement si les promesses vont être tenues.

En ce qui concerne les salaires, il faut attendre la fin du mois de juillet, puisque les augmentations vont être faites en deux temps, valeur première, janvier 2006; valeur deuxième janvier 2007. Il faut attendre la fin du mois de juillet, pour savoir effectivement, la promesse du gouvernement est tenue, au vu de l'augmentation salariale effective des fonctionnaires.

Je peux vous dire que pour le secteur privé par exemple, il a été dit que les négociations devraient s'organiser dans les meilleurs délais. On est entrain d'organiser ces négociations dans les différents secteurs d'activités. Au niveau des travaux publics et de bâtiments, les négociations sont en cours, et au niveau du secteur bancaire également, on est entrain de négocier en termes concrets. Dans beaucoup d'entreprises les négociations ont débuté, mais elles ne sont pas finies, pour qu'on puisse dire que les promesses sont tenues à 100%.

GCI: Les rumeurs de corruption ont failli jeter le discrédit sur l'inter syndicale CNTG - USTG. Qu'en est-il réellement?

DIF: Comme vous le constatez, vous même, la Guinée est un pays de rumeurs. Le gouvernement a tout mis en oeuvre pour affaiblir l'inter syndicale CNTG-USTG, mais il n'a pas pu. Maintenant, la solution qui est choisie, c'est le discrédit du mouvement syndical. Vous avez lu des déclarations fallacieuses dans les journaux qui parlent de corruption et qui n'ont jamais fourni de preuves. C'est très facile de dire à quelqu'un qu'il est corrompu, mais la question qu'on devrait se poser, est de savoir pourquoi dans le contexte actuel, on cherche à corrompre un syndicaliste gréviste. On donne de l'argent aux syndicalistes, pour ne pas qu'il y ait grève, mais la grève a bien eu lieu. Nous l'avons arrêtée de notre propre volonté. Ce n'est pas dû au fait qu'il y a eu une corruption. C'est des affirmations gratuites qui ont été faites, et nous avons porté le démenti à toutes ces rumeurs de corruption. 

Il y a vingt ans que nous sommes dans ce mouvement, si on devrait céder à l'argent, on n'aurait pas continué jusqu'ici. Donc il faut rester tranquille, par rapport à ces rumeurs là. Ce qui se passe concretement sur le terrain, est la réponse à ces affirmations gratuites et fantaisistes contre l'inter centrale CNTG-USTG.

GCI: A l'allure où vont les choses, on a l'impression que la crise du riz persiste. Les magasins sensés vendre le riz à 85.000 FG le sac de 50 kg, sont quasiment vides, quelle est votre appréciation?

DIF: Vous savez, le problème de riz actuellement en Guinée est sérieux. Dans la mesure où la demande ne fait qu'augmenter et l'offre, hélas, ne fait que baisser. Pour importer le riz, il faut avoir de la devise et quand on sait que la Guinée traverse une crise financière organisée par le gouvernement, parce qu'on ne peut pas dire que la Guinée n'a point de ressources, mais le problème est que les ressources sont mal gérées. Ce qui fait aujourd'hui qu'on a même pas les ressources qu'il faut pour importer les produits alimentaires, d'où la nécessité de faire intervenir le secteur privé. C'est à notre demande, l'inter syndicale CNTG-USTG, que le patronat s'intéresse à ce ravitaillement en riz.

Par rapport à cela, nous avons eu des séances de travail avec le patronat, et la population a eu à recevoir une quantité importante de riz, au port de Conakry. Ce qu'il faut signaler, c'est qu'ici, il y a des difficultés pour la vente du riz, parce qu'il y a des tentatives de boycottage autour de cette opération. Dans la mesure où il y a des magasins relais qui reçoivent le riz, qui en changent l'emballage, et qui continuent à diminuer le poids de certains sacs de 50 kg.

C'est pourquoi présentement les derniers bateaux qui arrivent au port contiennent du riz dans des sacs de 25 Kg. Mais le dédouanement est tellement lent, et la sortie des camions est tellement difficile que, bien que certains secteurs par le biais du syndicat, ont eu à faire le versement pour obtenir du riz. Ils attendent pour que ceux-ci soient servis progressivement.

En tout cas, nous avons demandé au gouvernement et au patronat de faire en sorte que l'inter syndicale CNTG - USTG soit impliquée dans la distribution du riz du port jusqu'aux magasins de vente, pour éviter la réimportation du riz par certains commerçants vers les pays voisins.

Vous savez quand le pays a une monnaie faible, les gens ont tendance à prendre les marchandises puis les réexporter, pour les revendre en monnaie fortes, pour plus de bénéfices. Il faut qu'on s'implique pour sécuriser ces stocks de riz que nous recevons, pour que la population puisse y accorder facilement et au prix convenir.

GCI: Peut-on dire aujourd'hui que le mouvement syndical guinéen se porte bien?

DIF: Oui! Le mouvement syndical guinéen se porte bien, malgré toutes les attaques dont il est victime, les travailleurs savent aujourd'hui, quel syndicat fait quoi pour eux. L'inter syndicale CNTG - USTG s'est battue, à travers les deux grèves. Nous avons décroché des choses importantes. Pensez-vous un seul instant que s'il n'y avait pas l'unité d'action des deux inter syndicales, nous aurions pu atteindre ces résultats et arriver a faire plier les autorités?

Je vous donne un seul exemple, le statut particulier de l'enseignant guinéen. C'est un statut qui a été réclamé en Guinée depuis 1960. Les syndicalistes à l'époque qui avaient réclamé ce statut, ça leur a valu la prison. C'est ce que nous venons d'obtenir en 2006, à travers la deuxième grève. Soit près d'un demi siècle après!
Mais les gens ne mesurent pas tellement la portée et la signification historiques de certains éléments de ce protocole d'accord. Je peux vous dire que le mouvement syndical guinéen se porte bien. L'inter centrale est entrain de renforcer ses racines au niveau des travailleurs sur l'ensemble du pays. Nous sommes entrain de préparer des tournées à l'intérieur du pays pour sensibiliser les travailleurs et faire en sorte que l'élan syndical, dynamique qui est annoncé par cette union des deux centrales, puisse être continue et que nous puissions, avec abnégation et constance défendre les intérêts du peuple de Guinée. C'est notre mission et nous l'assumerons contre tout, malgré tout. La vie de syndicaliste est une vie de combat.

Propos recueillis par Salématou Diallo, exclusivement pour Guinee-Conakry.info
Conakry, 21 juillet 2007

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