
Depuis quelques jours, les dates de 25 et 31 sont au menu des causeries d’un certain nombre de Guinéens. Notamment les plus jeunes et parmi la gent féminine. On discute notamment de l’endroit où on pourrait aller fêter ou encore de l’habit que l’on devrait arborer à l’occasion. La trame de la discussion repose sur les coûts qu’implique le choix de tel restaurant ou boîte ou de tel autre type d’habit. Ce genre de préoccupations, les Guinéens avaient cessé de les avoir à la faveur des fins d’année de ces trois dernières années. En lieu et place, ils étaient boudeurs, résignés et appréhendaient ces événements avec une indifférence non feinte.
La raison d’une telle attitude tenait aux contextes sociopolitiques qui auront, comme par hasard, caractérisé les fins d’année guinéennes des années 2008, 2009 et 2010. Ça commencé en 2008. Cette année-là, pendant que de nombreux Guinéens se demandaient comment pourraient-ils se jouer de la misère et de la précarité ambiantes pour s’offrir un semblant de gaieté en prélude du nouvel an, tombe, comme un couperet, la nouvelle de la disparition du général Lansana Conté, le 22 décembre. Le lendemain, plaçant tous les prétendants à la transition devant le fait accompli, le CNDD s’impose. Pendant environ un mois, le capitaine Dadis et ses camarades, se préoccupant du maintien d’ordre et de la réduction de toutes les velléités de contestation, encadrent et militarisent tout le pays. Pour les Guinéens, c’est alos, adieu les fêtes!
Le même capitaine Dadis devait encore être au centre des événements qui allaient gâcher les fêtes un an plus tard. En effet, le 3 décembre 2009, dans un contexte sociopolitique rendu particulièrement lourd par les massacres du 28 septembre, le président du CNDD se fait fusiller par son aide de camp, Toumba Diakité. S’en suit alors une chasse à l’homme qui débouche sur un climat de terreur et de psychose pour les populations de la capitale guinéenne notamment. Là aussi, personne ne se montre aussi imprudent au point de se risquer à fêter dans un tel climat. Seuls quelques soldats, à l’époque véritables détenteurs du cordon de la bourse, avaient arrosé la Saint-Sylvestre.
Comme une malédiction, la même chose ou presque devait cependant se répéter en fin 2010. Cette fois, la raison est paradoxalement liée aux premières élections dites crédibles et démocratiques de l’histoire du pays. Les résultats définitifs sont publiés dans la nuit du 1er au 2 décembre. Les militants de Cellou Dalein Diallo dont la victoire était perçue comme une évidence n’en reviennent pas. Leur candidat a bel et bien perdu, mais ils n’ont pas envie de se plier à un verdict d’une élection qu’ils estiment avoir été trichée et truquée. Du coup, ils manifestent sur certaines artères de la capitale guinéenne et dans la ville de Labé. Les autorités déploient les forces de l’ordre qui n’y aillent pas de mains mortes.
Dans ce contexte, le président Alpha Condé est investi le 21 décembre. Mais dès les premières annonces de ses nominations, c’est le début d’une déception quant au changement promis. Alors, pour les Guinéens, ce sont là autant de raisons qui interdisent une quelconque joie festive.
Cette année, la précarité sera certainement au rendez-vous. Mais le climat social et politique étant moins alarmiste, beaucoup de Guinéens, particulièrement rodés au système D, consentiront des sacrifices pour essayer de retrouver une certaine joie festive avec laquelle ils avaient divorcée. Au moins pour tuer le signe indien.
Fodé Kalia Kamara pour GuineeConakry.info




















