
La mobilisation de 2000 soldats et policiers algériens n’aura finalement pas suffi à épargner à Hervé Gourdel, l’horrible sort des précédents otages de l’Etat islamique. Au risque de provoquer le courroux d’Alger, ‘’Les Soldats du Califat’’ ont mis leur menace à exécution. C’est comme s’ils avaient tergiversé, ils auraient éveillé des soupçons de la part d’Abou Bakr al-Baghadadi, l’émir de l’Etat islamique, au sujet de la sincérité de leur allégeance. L’exécution du regretté Hervé Gourdel était cyniquement un test de loyauté pour le groupe algérien. En ayant poussé la cruauté jusqu’à la rendre effective, les ‘’Soldats du Califats’’ sont désormais perçus comme « dignes de la confiance et de l’estime » des dirigeants de l’EI.
Mais l’acte en tant que tel ne fait pas qu’une seule victime, en la personne d’Hervé Gourdel. Sa famille, la France et le monde entier sont également sous le choc de cet acte injuste et odieux. Au-delà, il y a l’Algérie. Ce pays qui passait en effet pour la forteresse inexpugnable de la région, mettra du temps pour redorer son image écornée par la décapitation d’Hervé Gourdel. Ce pays dont les dirigeants se vantaient d’avoir trouvé le remède contre le terrorisme, est aujourd’hui humilié par un groupe islamiste sorti de nulle part.
On se rappelle en effet que durant toute la guerre contre les terroristes islamistes dans le nord-Mali, les autorités algériennes avaient, pour le moins, témoigné d’une attitude condescendante à l’égard de ce voisin du sud, dans le pétrin. Refusant de participer de quelque manière que ce soit à la libération du nord du Mali, Alger s’était même opposé au survol de son espace aérien par les avions de Serval. Surfant sur la rente pétrolière et se croyant certainement à l’abri, les autorités avaient manqué de solidarité. Cette attitude empreinte d’une arrogance certaine, elles l’avaient de nouveau manifestée à l’occasion de la prise d’otage d’In Amenas. Alors que de nombreux pays occidentaux, craignant pour la vie de leurs ressortissants retenus par les ravisseurs, demandaient une riposte coordonnée qui fasse moins de victimes parmi les civils, les services algériens y étaient allés en solitaire. Ce qui semblait vouloir dire que le pays est capable, à lui seul, de gérer la crise, sans aucune intervention extérieure.
Eh bien, c’est toute cette assurance qui semble s’écrouler avec la décapitation d’Hervé Gourdel. L’exécution de ce dernier démontre en effet que l’Algérie est aussi vulnérable que tous les pays de la région. Autrement, un groupe terroriste sorti de nulle part, et s’étant visiblement développé à l’intérieur du pays, n’aurait pas pu se payer un tel culot ! C’est dire que les services de renseignement et de contre-terrorisme algériens ont quelque peu baissé la garde. En gros, l’assassinat de l’otage français est, pour les responsables algériens, un appel à l’humilité et à la solidarité. Un appel que devrait d’ailleurs également prendre en compte, le président américain, qui vient de déclarer que « la force est le seul langage que comprennent les terroristes ».
Si on comprend ce discours dans le cadre de la vaste campagne que mène Barack Obama pour rallier le maximum de monde, l’opinion publique y compris, à sa cause, il est tout de même utile de préciser que toute stratégie de lutte contre le terrorisme reposant exclusivement sur le langage de la force, est inéluctablement vouée à l’échec. Pour remporter la guerre contre la pieuvre terroriste, il est nécessaire de prendre en compte l’injustice, la pauvreté, l’arrogance et la condescendance qui, en affectant certaines communautés et régions du monde, constituent une sève nourricière pour l’idéologie fondée sur la terreur et le chaos.
Boubacar Sanso BARRY pour GuineeConakry.info




















