
Ironie de l’histoire, le cycle qui semble s’être perpétué le samedi dernier au stade de Bonfi, avait quelque peu commencé, avec celui qui est aujourd’hui président de la République. Mais entre temps, l’homme a changé de statut.
En effet, il faut rappeler que c’est au tout début de l’expérimentation démocratique par la Guinée, qu’un meeting non autorisé d’Alpha Condé a été réprimé dans un stade de la capitale guinéenne. C’était plus exactement au stade de Coléah. Si on fait le parallèle avec ce qui s’est passé le samedi 17 mars dernier à Bonfi, on peut même dire qu’Alpha Condé a été plus indulgent que Lansana Conté, ne l’a été avec lui-même. Cynique!
En 1992, les forces de l’ordre avaient attendu que l’opposant historique d’alors soit dans l’enceinte du stade. Plein à craquer, les policiers et autres gendarmes avaient alors commencé à réprimer en bouclant toutes les issues. Ensuite, ce fut le tour des bombes lacrymogènes de pleuvoir de manière abondante sur la masse de militants. Flairant la menace d’une arrestation imminente, l’actuel chef de l’Etat avait alors eu l’ingénieuse idée d’escalader le mur du stade! Décision sage, dira-t-on après. Se retrouvant à l’extérieur, il avait réussi à gagner l’ambassade du Sénégal qui n’est pas loin. Ahmed Tidjani Cissé, l’actuel ministre de la culture n’avait pas eu la même chance. Il sera pris et mis au gnouf. Alpha l'aura échappé belle! A compter de ce jour, le satyrique Le Lynx, le surnommera "Alpha Le Grimpeur"
Le samedi dernier, agissant comme Conté à l’époque, Alpha Condé aura néanmoins usé d’une méthode plus anticipative. En refusant tout simplement l’accès du stade à ses opposants, il aura permis d’éviter d’en arriver à la phase la plus cruelle de la répression. Certes, les leaders ont cette fois-ci encore été arrosés de gaz lacrymogènes. Mais eux, avaient toute la route et leurs véhicules, pour se sauver! Mais en termes de privation de libertés de manifestation, ce n’est guère mieux.
Espérons que le président Alpha Condé, pour recourir à cette précaution anticipative, n'ait été pas inspiré par un autre événement politique qui s’était lui aussi, déroulé dans un stade de la capitale guinéenne. Il s’agit des regrettables massacres du stade du 28 septembre 2009. De loin, les plus horribles de la série. Ce jour-là, les forces de répression, manifestement décidées et prédisposées à faire le plus de victimes possibles, avaient, comme en 1992, commencé par barrer toutes les issues. Mais cette fois, en lieu et place des gaz lacrymogènes, les policiers, les gendarmes et autres bérets rouges avaient de vraies armes. Et une fois dans l’enceinte du stade, ils s’étaient mis à tirer dans le tas. Au finish, plus de 150 militants de l’opposition y avaient perdu la vie. De nombreuses femmes et filles avaient également été violées et violentées.
Comme on le voit donc, en Guinée, l’évocation des stades n’est pas toujours synonyme de bons souvenirs. Une situation qui devrait donner lieu à une réflexion sérieuse et responsable, en vue d’arrêter le cycle meurtrier et répressif. Pour qu’en fin, nos stades ressemblent à tous les autres stades du monde !
Momo Soumah pour GuineeConakry.info




















