
De quelque manière que l’on veuille regarder la gestion de la crise centrafricaine, on est obligé d’admettre que celle-ci se ramène essentiellement à la France. Et le fait que le secrétaire général des Nations unies ait explicitement mentionné la similitude probable entre le génocide rwandais et ce qui se vit actuellement en République centrafricaine, ne risque pas de changer les choses. Ainsi après des mois et des mois de tergiversations et d’atermoiements, l’ancienne puissance coloniale est bien obligée de montrer la voie à suivre à l’Eufor-RCA.
Obligée de composer avec la réticence de ses amis européens à s’engager, la France déploie 55 gendarmes en éclaireurs. Pour le reste, elle compte sur les promesses selon lesquelles les 750 autres soldats européens arriveront fin mai. Mais au regard du retard déjà accusé par la mission, c’est là une promesse qu’il faut envisager avec suffisamment de prudence.
Dans les couloirs des Nations unies, la France est également la seule à s’activer pour inciter le monde entier à se bouger. Un lobbying qui pourrait bien payer ce jeudi, avec l’adoption de la résolution autorisant le déploiement de 12.000 casques bleus composés de militaires et de policiers. Mais même à ce niveau, le succès diplomatique n’est que très relatif. Parce qu’en réalité, la mission onusienne ne sera effective, dans le meilleur des cas, qu’en septembre prochain. Il faudra d’ici là résoudre la fameuse équation de la mobilisation des ressources financières et des troupes. Une bataille loin d’être gagnée.
Un désintérêt de la part du monde qui tranche bien avec la situation explosive qui prévaut sur le terrain. Contexte d’autant plus préoccupant que les musulmans centrafricains, sans aucun moyen de défense, sont de plus en plus livrés à la merci des Anti-balaka. Vouant à leurs compatriotes de confession musulmane une haine sans bornes, les miliciens initialement constitués pour se défendre contre les attaques des ex-séléka, pourraient bien profiter du vide sécuritaire pour mettre leurs menaces à exécution. Surtout dans les régions du pays profond.
Encore plus dégarni en soldats étrangers, l’intérieur du pays est le théâtre de violences inouïes entre anti-balaka et ex-séléka. Et comme l’attestent les affrontements de mardi dernier dans la région de Dékoa, au nord-est de Bangui, ce sont les civils qui en sont toujours les principales victimes.
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















