ETAT D'URGENCE : La Tunisie avait-elle besoin de ça ?

La déclaration de l’état d’urgence, une autre forme de l’acte de contrition des autorités tunisiennes qui se rendent compte, à leur corps défendant, que la vigilance était bien loin de celle qu’elle devrait être, pour un pays si exposé aux menaces et attaques djihadistes. Cette petite Tunisie, par ailleurs grand pourvoyeur de candidats terroristes en partance pour la Syrie, est en difficulté. Le risque terroriste étant désormais si grand, le président Beji Caïd Essebsi n’avait point d’autre choix que de décréter l’état d’urgence, qui octroie en conséquence des pouvoirs exceptionnels aux forces de l’ordre et autorise un strict contrôle des médias et des citoyens.

Les dispositions de l’état d’urgence que la Tunisie a déjà connues sont contraignantes, elles stipulent notamment en son article 2 que « L’état d’urgence est déclaré pour une durée maximum de trente jours fixée par décret qui détermine la ou les circonscriptions territoriales à l’intérieur desquelles il entre en vigueur. »

Dispositions rigoureuses

L’article 4 énonce les dispositions rigoureuses : « La déclaration de l’état d’urgence donne pouvoir au gouverneur(…): d’interdire la circulation des personnes ou des véhicules; d’interdire toute grève ou lock-out même décidés avant la déclaration de l’état d’urgence; de réglementer les séjours des personnes; d’interdire le séjour à toute personne cherchant entraver de quelque manière que ce soit, l’action des pouvoirs publics ; de procéder à la réquisition des personnes et des biens indispensables au bon fonctionnement des services publics et des activités ayant un intérêt vital pour la nation » Rien de moins !

Avant cet acte présidentiel, le premier ministre Habib Essid a dû reconnaitre les lenteurs et les erreurs de la police nationale, qui n’est pas intervenu à temps sur le champ de la tuerie de Sousse, le 26 juin dernier. Elle aurait certainement pu réduire le terrible bilan de ce massacre et ses 38 morts, dont 30 ressortissants britanniques, si elle avait été beaucoup plus prompte.   

Comment faire le distinguo

Les défis pour le pouvoir tunisien sont aujourd’hui encore plus grands. En effet, il faudra veiller à ce que l’état d’urgence ne se mue en tueur des libertés : celle de la presse, des mouvements sociaux et autres associations, qui portent vaillamment les luttes sociales du pays ; mais aussi la liberté celle des touristes dans leurs déplacements. Les autorités devraient savoir faire le distinguo entre les menaces terroristes et la volonté des populations de rester libres, et de garder jalousement leur différence dans le monde arabe. Elles qui sont la source du printemps arabe.  

Question de cohérence

En fait, la question sécuritaire demeure le noyau dur du débat politico-social, et l’opposition reste sceptique quant à la pertinence et à la cohérence de la décision présidentielle. Par exemple, pour Hamma Hammami, le porte-parole du Front populaire tunisien : « On ne voit pas pourquoi l’état d’urgence est nécessaire. La question principale qui s’est posée et qui se pose encore, c’est la réorganisation de l’appareil sécuritaire… »

C’est dire que la Tunisie entre indubitablement dans une zone de privations de libertés essentielles du citoyen, où des dérives sont possibles et à craindre, c’est tout l’enjeu de cet état d’urgence qui revient de manière cyclique comme un épouvantail de la démocratie.

Maria de Babia pour GCI

2015-GuineeConakry.Info

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