
Il se trouve aujourd’hui des hommes de média qui ont du mal à articuler la langue de Molière, mais qui ne se gène point à s’ériger en leader d’opinion, en chroniqueurs, en analystes de l’information, et j’en passe… Ils font au sans coup férir des ravages incalculables dans une société où le niveau d’analphabétisation se situe à des proportions très basses.
Pour contextualiser, premièrement, il faut dire qu’à l’état actuel des choses, les radios restent le moyen d’information le plus utilisé par les Guinéens. Comment peut-on dans ce cas de figure donner le micro à des personnes qui n’ont pas le niveau de porter un jugement cohérent pour faire une analyse de l’information, encore moins de la situation socio-politique du pays?
C’est une erreur grave. Une faute professionnelle immense. Les patrons de presse doivent prendre leurs responsabilités et la Haute Autorité de la Communication appliquer simplement les principes éthiques et déontologiques.
Faut-il rappeler que les analystes sont des personnes aux compétences avérées et pétries d’expérience, qui ont fait du chemin dans le journalisme et sont, le plus souvent, spécialistes des questions sur lesquelles ils sont interpelés.
C’est pour cette raison que dans les pays avancés, on trouve des profils variés d’intellectuels dans les grandes rédactions, c’est à eux que revient cette tâche. Même si par ailleurs il y a une nouvelle génération de jeunes journalistes compétents et aguerris qui emergent. Il est important de rappeler qu’il ne s’agit pas non plus de juste faire preuve d’éloquence pour prétendre être un analyste, au contraire il est question de porter un jugement pertinent et cohérent sur une situation donnée , un évènement social ou politique … que l’on maitrise, à la lumière d’éléments de comparaison sociaux, culturels et historiques.
Tous ceux qui évoluent dans le monde des médias savent pertinemment l’influence que l’information peut avoir sur la conscience collective de la société, et comment celle-ci agit sur elle, en somme, les médias créent et façonnent la société aussi.
Dans ce cas comment par exemple est-il possible que des « journalistes » puissent soulever avec insistance un débat sur l’éventualité de modifier la Constitution guinéenne, par le pouvoir actuel qui est à son second et dernier mandat, pour s’offrir un troisième mandat à la Sassou et perpétuer ainsi une éventuelle nouvelle dictature ?
Alors que cette éventualité n’a jamais été soulevée par le principal concerné, c’est absurde ! Cela va à l’encontre de l’éthique et de la déontologie et on ne peut pas considérer cela comme une posture avant-gardiste de journaliste! C’est de la propagande pure et dure. C’est carrément délirant de tomber sur ce genre de débat, en captant la radio, alors qu’il y a des sujets sur des enjeux essentiels du moment et qui sont de loin beaucoup plus préoccupants pour le peuple de Guinée.
En l’occurrence, l’économie, le chômage des jeunes, la justice, l’Etat de droit, la mal gouvernance, les infrastructures, les logements sociaux, le pouvoir d’achat….etc
On a presque envie de se demander si cela n’est pas une fuite en avant, tellement la démarche semble abjecte. Subjecte. Serait-on entrain d’essayer d’inculquer aux citoyens la notion de troisième mandat et de modification de la Constitution en vue de préparer l’opinion à un coup d’Etat constitutionnel ?
Ce ne sont là que des interrogations que l’on est en même de se poser, car cette posture de certains hommes de médias est contreproductive et rétrograde. Il est alors temps que les uns et les autres se ressaisissent, car des journalistes analystes, dans le vrai sens du terme, Dieu sait qu’il y en a encore en Guinée !
Ceci dit, les medias du 21 ème siècle se doivent d’être innovants et socioparticipatifs, tout en jouant leurs partitions au processus de développement global d’un Etat.
Mamadou Aliou DIALLO et Maria de BABIA pour GCI
2015-GuineeConakry.Info




















