EBOLA : L’incrédulité, un obstacle à surmonter

L’attaque contre un centre d’isolement de malades d’Ebola au Liberia est symptomatique des difficultés majeures auxquelles l’on demeure confronté dans la lutte contre l’épidémie. Cet acte n’est qu'une des faces visibles d’un vaste ensemble fait de croyances, de comportements et d’attitudes des populations des pays touchés, enclines à mettre en doute l’existence même de la maladie, ou de la sincérité des coopérants qui aident à l’endiguer. La nature et l’ampleur sans précédent de l’épidémie, confrontées à des us et coutumes très marqués chez les victimes, débouchent sur un climat de méfiance et de défiance que la question du « traitement expérimental au Zmapp », n’a fait qu’accentuer.

 

Selon des témoins, les auteurs de l’attaque contre le centre d’isolement de Westpoint, dans la banlieue de Monrovia, scandaient des cris hostiles à la présidente, Ellen Johnson Sirleaf. Cette réaction qui tend à associer la présidente libérienne à la survenue de l’épidémie dans le pays, pourrait justifier en partie, le retard avec lequel le président guinéen lui-même s’est résolu à décréter l’état d’urgence sanitaire. Lui qui sait que tout au début, les populations de certains villages de Guéckédou et de Macenta avaient montré de la résistance en s’attaquant à des agents de l’ONG MSF. Ne voulant pas passer pour un complice de ce que les populations assimilent davantage à une sorte « d’invention occidentale » destinée à les liquider, Alpha Condé y est allé avec une communication des plus prudentes.

Parce qu’en réalité, dans les pays touchés, on croit de moins en moins à cette histoire. Or, ce n’est pas qu’une question d’analphabètes ou de d’arriérés culturels, comme on a souvent tendance à le simplifier. Déjà, au Nigeria, ce sont des chercheurs qui évoquent l’idée d’une « substance chimique ». Naturellement, il n’est pas question de laisser prospérer ce genre de croyances, qui ne sont pas de nature à aider dans la lutte. Mais il ne faut pas non plus les ignorer comme si de rien n’était.

Confusion autour de l’origine

Une des sources de la confusion réside dans le peu d’informations dont on dispose au sujet de l’origine de l’épidémie en cours. Le virus n’ayant pas été diagnostiqué dès sa première manifestation dans la région forestière de la Guinée, on en est à des suppositions. Tantôt on parle d’un patient libérien qui, franchissant allègrement la frontière, serait venu chercher des soins dans une structure sanitaire dans la partie guinéenne. Tantôt, on évoque le décès d’un bébé de deux ans comme « personne zéro » soit le point de démarrage de l’épidémie. De même, si au départ, on parlait des chauves-souris, des singes, des biches et autres agoutis, comme étant à la base de la première manifestation, aujourd’hui, est-ce qu’on sait vraiment ? Bref, on est en plein dans la spéculation. Il en découle que les populations, elles aussi, trouvent leurs propres explications…

Une ampleur sans précédent

Par ailleurs, avec la barre de 1000 morts franchie et l’absence de vraies perspectives font que les populations doutent encore plus. En particulier, elles ne comprennent pas qu’en trente ans, les victimes cumulées d’Ebola se chiffrent à 1570 morts, mais que là, en à peine six mois, nous soyons déjà au-delà de 1000. Cette progression effrénée de l’épidémie, en dépit de tous les progrès de la médecine, n’est, à leurs yeux, pas « normal ». Un doute décuplé par le fait que les mesures de prévention préconisées sont en porte-à-faux avec les us et coutumes du terroir. Pour des citoyens chez lesquels la sociabilité et la chaleur humaine sont des valeurs fondamentales, difficile de se voir contraints de ne point prendre part aux obsèques des siens ou de fuir des parents endeuillés.

Sérum expérimental tardif

Dans un tel contexte, l’annonce tardive de l’existence du sérum expérimental par les Etats-Unis – juste quand deux Américains et un européens ont été touchés - n’a pas particulièrement arrangé les choses. On y a plutôt vu une sorte de confirmation de certains a priori contre l’Occident. Pour ceux-là, Ebola n’est en réalité qu’une suite logique de cela…

Si l’on ne veut pas que des scènes comme celle de Westpoint se généralisent, ces différentes conceptions doivent être identifiées et prises en charge par la diffusion de messages conséquents. Et c’est bien là que bien communiquer devient tout aussi essentiel que traiter,que guérir !

Boubacar Sanso BARRY pour GuineeConakry.info    

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