
Bien entendu, il est du droit des dirigeants et du peuple sénégalais de prendre toutes les mesures visant à se préserver de l'épidémie d'Ebola. Les liens amicaux entre la Guinée et le pays de Macky Sall ne justifient aucunement que le second croise naïvement les bras face au risque de se voir contaminer par le foudroyant virus. Pour autant, la décision du gouvernement sénégalais est plus que précipitée. Et c'est pourquoi elle est incompréhensible aux yeux mêmes de l'Organisation mondiale de la santé (OMS) dont la représentante à Dakar a déclaré ce matin même : « à ce stade de la situation, la fermeture de la frontière ne s'imposait pas.»
Le Sénégal n'est pas le pays voisin qui ait été jusqu'ici le plus exposé. Déjà, aucun cas suspect n'est encore signalé dans la région de la Moyenne Guinée, limitrophe du Sénégal. Alors qu'au même moment, le Liberia et la Sierra Léone ont déjà enregistré des victimes. Pour autant, Ellen John Sirleaf et Ernet Baï Koromah n'ont pas fait comme Macky Sall. La Côte d'Ivoire aussi est plus exposée. Mais le gouvernement d'Alassane Ouattara s'en tient pour l'instant au dispositif de veille et d'alerte international recommandé par l’OMS. Il en est de même du Mali et de la Guinée Bissau.
La décision des autorités sénégalaises est d'autant plus contreproductive qu'elle est de beaucoup dans la brusque montée de la psychose au sein des populations guinéennes, pendant les dernières quarante-huit heures. Pour les citoyens guinéens, le raisonnement est tout simple : « pour que le Sénégal en vienne à fermer sa frontière avec la Guinée, c’est que la situation doit être alarmante, voire désespérée… »
Surtout que dans la foulée, on annonce l'annulation du concert de Youssou Ndour, sans en donner la raison. Le communiqué laconique d’Orange Guinée est édifiant à ce sujet. Plus concrètement, la fermeture de la frontière entre les deux pays affecte de nombreux Guinéens, retenus prisonniers par la décision du gouvernement
sénégalais. Partis comme d'habitude au Sénégal, pour se ravitailler en marchandises ou pour en revendre, ils y sont bloqués par les agents sénégalais en faction au niveau de la frontière.
Une déplorable situation qui rappelle le calvaire que d'autres Guinéens avaient été obligés d'endurer, quand ils ont été abandonnés en rade à l'aéroport de Dakar aussi bien par Air Mauritanie qu'Air Sénégal. C’est pourquoi sur les antennes des radios privées guinéennes, beaucoup de citoyens ont dénoncé ce manque déroutant de solidarité des autorités sénégalaises.
En pareil cas, la CEDEAO ne devrait-elle conseiller aussi ?
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















