EBOLA EN AFRIQUE DE L’OUEST : « ZMapp », buzz médiatique, débats éthiques et suspicions politiques

De l’ampleur historique que connait actuellement l’épidémie à virus Ebola en Afrique de l’ouest, tout n’est pas que décompte macabre. Désormais, il y a tout le grand débat autour du traitement expérimental connu sous le nom de « ZMapp ». Si, comme en RDC par le passé, la maladie avait été relativement circonscrite, on ne serait certainement pas en train de parler de ce sérum dont l’appellation même est étrangère aux citoyens des pays touchés ! Mais avec près de 2000 cas confirmés dont plus de la moitié sont décédés, « ZMapp » s’impose au-devant de la scène. L’opportunité de s’en servir est notamment au cœur d’un intense échange entre experts. Tandis que d’un autre point de vue, il fait renaître les suspicions héritées d’un passé tumultueux entre l’occident et le continent africain.

Ne sachant par où donner de la tête avec cette maudite épidémie qui se manifeste de partout dans son pays, et qui risque de décimer ses compatriotes, Ellen Johnson Sirleaf ne s’est pas trop posée de questions.

De deux maux, l’un

Avant même que les experts de l’OMS ne donnent leur aval, la présidente libérienne avait formulée une requête, et obtenu une réponse positive des autorités américaines ! Ce qui fait que dès cette semaine, le Libéria sera très probablement le premier à utiliser le sérum, à une échelle humaine relativement importante. 

‘’Zmapp’’, un voyage pour l’inconnu

Si l’on peut bien comprendre le désarroi qui a poussé Ellen Johnson Sirleaf à recourir à cette solution, on ne peut cependant s’empêcher de faire remarquer, qu’il s’agit bien d’une aventure pour l’inconnu total. Le traitement ayant donné des ‘’résultats encourageants’’ sur les cousins de l’Homme que sont les singes, il pourrait bien sauver les malades actuels d’Ebola, mais cela relève plus de l’espoir que de la certitude. Certes, les deux patients américains qui sont les tout premiers humains à en prendre, se porteraient mieux aujourd’hui. Mais le cas du prêtre espagnol qui est décédé des suites de l’épidémie, après en avoir pris, est plutôt un contre-exemple inquiétant. Il ne serait en effet pas exclu que l’évolution positive de l’état de santé des deux soignants américains soit exclusivement le produit de leur système immunitaire naturel. Or, il ne s’agirait-là que de l’inefficacité du produit. On ignore tout des éventuels effets secondaires, mais pour Ellen Johnson Sirleaf, ZMapp ne peut pas être pire qu’Ebola dont, faut-il le rappeler, le taux de létalité peut aller jusqu’à 90 %. 

Les experts, pas unanimes

Cette multitude d’inconnues et d’incertitudes fait que les experts de l’organisme onusien en charge des questions de santé n’a pas décidé de manière unanime. L’autorisation qui sanctionné leur huis-clos est fruit d’un consensus. C’est dire que quelques-uns ont émis des réserves sérieuses.  C’est également ce pourquoi l’Organisation mondiale de la santé rend tout autant responsables le patient, sa famille et les autorités du pays demandeur. Ces trois entités doivent prendre la décision en toute connaissance de cause. 

‘’ZMapp’’ et suspicions héritées du passé

En dehors de ce débat qui, on le voit, est loin d’être épuisé, ‘’ZMapp’’ est également au centre d’une certaine suspicion entre les opinions publiques des pays touchés par Ebola et leurs partenaires occidentaux. En Afrique de l’ouest, on n’a en effet pas compris que les Etats-Unis attendent que deux américains se fassent choper par Ebola pour révéler l’existence du sérum expérimental. Bien entendu, dans sa défense, le pays de l'Oncle Sam  a mis en avant la dimension éthique. Il a été notamment dit que les deux malades américains et leurs familles respectives avaient été suffisamment informés du caractère expérimental du remède potentiel. A tout cela, les populations africaines répondent ‘’on aurait dû nous informer, nous aussi, de la même manière et nous laisser le soin de décider’’.

Dans de nombreuses causeries notamment à Conakry, on estime que les USA auraient vraiment pu se montrer un peu plus solidaires.

Boubacar Sanso BARRY pour GuineeConakry.info

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