
Parallèlement à ces cas extrêmes, heureusement isolés, les populations des trois principaux pays touchés, entretiennent également, entre elles, une méfiance qui affecte considérablement les relations sociales, économiques et culturelles ordinaires. Comme à Womey, les violences de Koidu de mardi dernier sont fruit de la peur qu’inspire l’épidémie à virus Ebola. Dans cette ville minière, située à l’est de la Sierra Léone, ce sont tout d’abord les jeunes qui se sont opposés au prélèvement sanguin sur une vieille femme, que les services sanitaires soupçonnaient d’avoir contracté le virus maudit.
Une certaine humiliation
La vieille suspecte étant la maman d’un chef coutumier respecté du coin, les jeunes semblaient voir dans le prélèvement souhaité par les agents de santé, une certaine humiliation indigne de la presque centenaire. Tenant au caractère rigoureux des principes de précaution qu’on leur a appris, les agents, aidés des forces de sécurité, n’ont pas voulu céder à la pression populaire. Il en a résulté des affrontements qui ont débouché sur deux morts et une dizaine de blessés. De nouvelles victimes collatérales de l’épidémie à virus Ebola.
Ici, comme ailleurs, au-delà de la maladie elle-même, ces violences résultent d’une incompréhension notoire entre les discours et les comportements des agents de santé et de sensibilisation d’une part, et les us et coutumes des communautés locales, de l’autre. Intervenant dans un contexte de précarité généralisée, et faisant miroiter quelques billets de banque, la sensibilisation anti-Ebola est convoitée par tout le monde, y compris par ceux qui n’en ont aucune compétence ! D’où des risques particulièrement élevés d’une mauvaise approche ou d’un message inapproprié.
Dégradation des relations
Cependant, s’ils sont ceux qui concentrent l’attention médiatique, ces cas violents ne sont pas les seuls problèmes de nature sociale, survenus dans le sillage d’Ebola en Guinée, Sierra Léone et Libéria. Dans ces trois pays, on assiste depuis quelques mois, à une dégradation tout aussi préoccupante des relations entre les hommes.
Dans le cas guinéen notamment, Ebola n’impacte pas nécessairement les cérémonies de baptêmes et de mariages. Par contre, quand il s’agit d’un décès, on préfère se servir du téléphone pour présenter les condoléances. Signe de cette baisse de solidarité et de chaleur humaine ? Les malfrats et autres badauds qui croisent la mort au gré de leurs pérégrinations nocturnes, trouvent de moins en moins de personnes pour s’occuper de leurs dépouilles.
Un salut aérien
Très méfiants, les Conakrykas sont plus prompts à conseiller de composer le 115, le numéro d’urgence Ebola. De même, rendre visite à un malade alité dans un hôpital de la capitale guinéenne, est devenu quelque chose de particulièrement rare, par les temps qui courent. Certains sont allés jusqu’à limiter au strict minimum la salutation, qu’ils réduisent au très austère tchao, du poing levé ou au « big up » des rappeurs, mais en se tenant à bonne distance, et en évitant que les poings se touchent ! Un salut aérien en somme.
Boubacar Sanso BARRY pour GCI
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