EBOLA: Ellen Johnson Sirleaf, la fin avant la lettre

C’est à la surprise générale que le monde entier a appris hier, la levée de l’Etat d’urgence sanitaire par la présidente libérienne, Ellen Johnson Sirleaf. Certes, depuis quelques semaines, on a conscience que l’épidémie à virus Ebola est plutôt dans une tendance baissière. Pour autant, est-ce une raison suffisante pour décider d’une mesure aussi symbolique que la levée d’Etat d’urgence sanitaire ? Ne risque-t-on pas, avec cette décision et toute l’ampleur médiatique qui lui est intentionnellement donnée, de favoriser l’abandon prématuré des mesures de précautions qui sont si nécessaires ? En tous les cas, aucune nécessité économique ne justifie que l’on prenne le risque d’une nouvelle reprise de la flambée.

A certains égards, la décision de la présidente libérienne est compréhensible. Il est vrai que quand le rythme de nouvelles contaminations passe de 500 à 50 par jour, il y a de quoi faire souffler. De même, on n’en voudrait pas à Ellen Johnson Sirleaf d’avoir ainsi manifesté son désir d’en finir avec cette maudite maladie! Avec une économie rendue plus fragile qu’elle ne l’était déjà, et un pays réduit au stade de paria de la planète, la présidente du Libéria n’a probablement pas tort d’annoncer au monde des investisseurs que son pays sera bientôt fréquentable. Il est également vrai que les Libériens, eux-mêmes, après avoir perdu jusqu’à 2500 d’entre eux, avaient besoin de ce ouf de soulagement.

Cependant, l’annonce d’Ellen Johnson Sirleaf semble prématurée. Cinquante infections quotidiennes, ce n’est pas rien. Avec une telle moyenne, le pays n’a pas le droit de baisser la garde. Le dispositif de riposte se doit de demeurer, rigoureux et vigilant. Or, avec la levée de l’Etat d’urgence sanitaire, on risque bien d’assister à quelque chose de contraire.  

En Guinée, on a déjà connu pareille situation. Alors que l’épidémie connaissait un léger repli, le président Alpha Condé, profitant d’un déplacement à Kissidougou et Guéckédou, avait déclaré ne pas avoir peur de serrer la main aux patients souffrant de la maladie! L’effet psychologique que ce geste avait produit, c’était de convaincre les Guinéens qu’ils en ont fini avec Ebola. Médecins, médias et bailleurs de fonds avaient alors relâché la surveillance donc la vigilance. Oubliant les mesures de précaution qu’ils commençaient à assimiler, les Guinéens s’étaient remis à vivre avec leurs proches, comme si de rien n’était. Naturellement, l’épidémie avait mis à profit cette insouciance passagère pour repartir de plus belle. Le Libéria aurait dû s’en inspirer. Hélas !

Même par rapport aux bailleurs, l’optimisme affiché par Ellen Johnson Sirleaf pourrait bien se révéler contre-productif. C’est connu, les donateurs sont particulièrement sensibles aux discours alarmistes et empreints de compassion. Par ces temps où chacun veille rigoureusement sur son porte-monnaie, crier la victoire avant la lettre n’est pas vraiment une bonne approche.  

Au-delà, la présidente libérienne ne semble pas avoir fait dans la solidarité, en prenant la résolution de lever l’Etat d’urgence sanitaire. Car, s’il est vrai que le repli est particulièrement manifeste dans son pays, il n’est pas aussi évident dans les deux autres pays que sont la Guinée et la Sierra Léone. Or, au moment le plus critique de cette épidémie, les uns et les autres s’étaient engagés en faveur d’une riposte concertée et  synchronisée.Notamment dans le cadre de la Manu River Union. Mais manifestement, quand le bout du tunnel pointe, on ne se souvient pas de toutes les promesses.   

Boubacar Sanso BARRY pour GCI

© 2014 GuineeConakry.info     

Recherche

Suivez-nous

GUINEE: Petit KANDIA "Birin Moulan"



  • Le célèbre chroniqueur est au cœur d’un bras de fer avec Mamadou Blaise Sangaré, conseiller spécial du Chef de l'Etat. Votre site avait relayé cette affaire portant sur des propos diffamatoires attribués à Ras Bath. Ce début de semaine mettra aux pr

Annonce