
Aux alentours de 11 heures ce 7 janvier 2015 une voiture de marque Citroën (C4) s’est immobilisée rue Nicolas Appert dans le 11e arrondissement au siège du journal Charlie Hebdo. Deux hommes, armés et cagoulés, à peine sortis de leur véhicule ont ouvert le feu sur les policiers en faction devant le siège du journal avant de s’introduire dans les locaux du journal. C’était l’heure de la conférence de rédaction. Tout le monde était là, dessinateurs et journalistes. Les assaillants les appellent par leur prénom et ouvrent le feu. La scène est effroyable. Les armes de guerre crépitent à l’intérieur de la rédaction. Les journalistes s’effondrent mortellement blessés. Les terroristes se retirent tirant sur tout ce qui bouge avant de rejoindre leur véhicule à bord duquel un troisième complice attendait.
L’attaque n’a pris que quelques minutes. Dans leur repli les assaillants ont échangé des coups de feu avec des policiers arrivés sur les lieux. Ils ont réussi à prendre la fuite dans les rues du 11e arrondissement avant d’abandonner leur véhicule dans le 19e arrondissement voisin. Toutes les polices et gendarmeries de France sont à la poursuite des terroristes.
Indignation
Politiques, intellectuels, journalistes de par le monde condamnent l’attentat perpétré à Paris au nom de l’Islam. « On est tous Charlie » est le slogan qui circule dans tous les réseaux sociaux sur internet en soutien aux survivants de l’attentat. Une journaliste de Charlie Hebdo raconte avoir été braquée par un assaillant qui lui a laissé la vie sauve parce qu’elle est « une femme ». Il lui a demandé de se convertir puis de porter à l’avenir un voile. « Allahou Akbar, Allahou Akbar » était le refrain des furieux assassins, qui dans leur forfait ont bien laissé voir que leur cible était bien choisie.
Charlie Hebdo connut pour ses postures de gauche au ton libre et provocateur avec un humour caustique n’éprouve aucun état d’âme à s’en prendre aux institutions établies avec leur carcan de dogme. « Le prêt à penser » est combattu depuis les origines du journal lorsque celui était Hara Kiri. En novembre 2002, une grosse polémique naissait autour d’une tribune libre sur le courage d’une auteure italienne qui avait publié un livre «La Rage et l'orgueil». L’islam assassin y est doigté comme une arme contre l’Europe. Dès lors Charlie Hebdo était qualifié de « magazine anti-islam » et au sein même de la rédaction certaines prises de positions deviennent ouvertement des conflits et des affrontements de divers courants de pensée.
Taquiner, ironiser et toujours susciter le débat
Charlie Hebdo, avec l’arrivée de nouvelles plumes au sein de la rédaction affirme une force de frappe et sa capacité à se renouveler après des difficultés rédactionnelles et commerciales. Philippe Val, rédacteur en chef puis directeur de la rédaction est de ce courant de renouvellement dans la continuité. Il assume en 2006, la publication d’une série de caricatures sur Mahomet. Les condamnations fusent du monde arabe et musulman. En France, le Conseil du culte musulman, la Grande mosquée de Paris, l’Union des organisations islamiques de France et la Ligue islamique mondiale ont poursuivi le journal devant la justice. Le procès de Charlie Hebdo, qui s’est tenu au Tribunal de grande instance de Paris du 7 au 8 février 2007, a finalement abouti à une relaxe. Tout ça pour ça. Cabu, aujourd’hui assassiné avait représenté « Mahomet débordé par les intégristes » déclarant que « c'est dur d'être aimé par des cons ».
En novembre 2011, les locaux de Charlie Hebdo, boulevard Davout, 20e arrondissement de Paris ont été incendiés. L’acte est criminel. Dans la foulée le site du journal est piraté, la page d'accueil est remplacée par une photo de La Mecque et des versets du Coran. Ceci n’est pas le fait du hasard, puisque le journal s’était baptisé « Charia Hebdo » avec Mahomet « rédacteur en chef ». C’était pour Charlie Hebdo une manière de « saluer » la victoire du parti Ennahdha en Tunisie.
En septembre 2012, Charlie Hebdo remet une couche en publiant de nouvelles caricatures de Mahomet. Tollé dans la classe politique française qui condamne les excès en tout genre ; les religieux sont offusqués et appellent à raison garder pendant que les associations de musulmans déposent une nouvelle plainte contre le journal. La rédaction de Charlie Hebdo répond en soulignant sa liberté de ton et le traitement de l’actualité selon sa ligne éditoriale. Chrétiens, Juifs et autres extrémistes n’ont jamais eu de traitement de faveur se défend le journal qui refuse de céder l’intimidation. Cette ligne est aujourd’hui agressée et mortellement touchée.
Insolent depuis toujours!
Hara-kiri l’ancêtre de Charlie-hebdo avait commis le crime de lèse-majesté en ironisant sur la célébration de la mort du général De Gaulle dans son village. La France est en deuil. Mais quelques jours avant la mort du Général, une discothèque avait brûlé faisant quelque 140 morts. Drame, deuil et grosse émotion…aussi. Mais toutes les morts ne se ressemblent pas. Alors Hara-Kiri titre tranquillement, « Bal tragique à Colombey - un mort ». Le journal est interdit. La direction réagit immédiatement en changeant de nom. Au passage, un clin d’œil aux défenseurs de la mémoire du Grand Charles de Gaulle. Son prénom, de manière familière est retenu pour faire le nouveau journal : Charlie-Hebdo. ! Aujourd’hui encore on est tous Charlie.
Didier Samson, pour Guineeconakry.info
2015 GuineeConakry.info




















