DRAME DE ROGBANE : La sortie inopportune de la police guinéenne

Une semaine jour pour jour après la tragique bousculade de la plage de Rogbane, la police guinéenne sort de son silence. Mais au lieu de produire un premier rapport circonstancié sur ce qui pourrait avoir conduit au drame, elle se borne, plus de sept mois après, à sortir enfin le rapport d'enquête de l'autre drame : celui de Lambanyi. C'est sa façon à elle, de se défendre contre les attaques sur la lenteur de ses enquêtes. Une sortie inopportune aussi bien eu égard au timing que sur la base des conclusions de cette soi-disant enquête.

Décidément, pour une fois, la police guinéenne a été piquée dans son orgueil. Tout le monde ayant, au lendemain des événements de la plage de Rogbanè, mis en évidence le fait que les enquêtes sur le premier drame de Lambanyi, n'avaient jamais débouché sur un rapport. Et que c'est le silence autour de ce premier événement qui a, en partie, engendré le dernier, la police guinéenne s'est sentie dans l'obligation de réagir.

Mais au lieu de rappeler qu'elle avait, contrairement aux allégations, produit le rapport en question, elle se couvre de ridicule en décidant de le sortir maintenant et aujourd'hui ! Seulement après que tout le monde ait crié. C'est sa façon à elle de se disculper. Il est vrai qu'avec les événements de Rogbanè, c'est un peu la tendance. Chacun essaie de refiler la patate chaude à quelqu'un d'autre. C'est ainsi que le gouverneur de la ville de Conakry et le président de la délégation spéciale de Ratoma, comme s'ils s'étaient concertés, rejettent toute la responsabilité sur le chef de quartier de Taouyah. Eh wotan !

Sauf qu'en ce qui concerne la police, la publication de ce rapport au lendemain des événements de Rogbanè ne passe pas pour un moyen de défense particulièrement approprié. Au contraire, la démarche confirme plutôt toutes les critiques. En particulier celles portant sur la lenteur de la procédure.

En effet, on peut se demander ce que ce rapport faisait tout ce temps dans les tiroirs ? Le porte-parole de la police, Boubacar Kassé, comme c'est désormais de coutume, essaie de se décharger sur la justice, en affirmant : « Des enquêtes ont été menées jusqu'au bout, des individus ont été interpellés, des responsabilités administratives et pénales se sont dégagées  et nous avons rendu compte à qui de droit.»

A supposer que tout cela ait été fait à temps, comme il le sous-entend, pourquoi alors, avoir attendu tout ce temps pour le dire à l'opinion publique ?

S'étant jusqu'ici gardés de dégager leur part de responsabilité, les policiers guinéens auraient mieux fait d'attendre pour sortir ce rapport. Parce que contrairement à l'objectif visé, la démarche est révélatrice d'insuffisances notoires en termes de communication.

Par ailleurs, bien que le porte-parole ait évoqué des « responsabilités administratives », celles-ci n'ont pas été suffisamment mises en évidence. En citant les responsables directs, le commissaire Kassé n'a mentionné que Mamadouba Bangoura, président de l'Association des jeunes et environnement de Lambanyi, son vice-président, Mamadouba Soumah, le chargé de la jeunesse au niveau conseil de quartier de Lambanyi, Facinet Camara et Moussa Keïta, de Fabara Agency. Rien que des responsables au niveau de l'échelon inférieur. Nulle part, on ne parle d'une éventuelle négligence ou du laxisme au niveau de la commune ou du gouvernorat.

Pour aboutir à un tel résultat, on n'avait certainement pas besoin d'une enquête. Ce sont là les aspects les plus évidents, les personnes les plus exposées. Or, une enquête est censée trouver des causes qui peuvent, quelquefois, être sous-jacentes à un problème. Comme c'est le cas de la plage de Rogbanè, le drame de Lambanyi est le condensé d'une pluralité de responsabilités desquelles on ne peut pas omettre les défaillances administratives et les culpabilités organisationnelles. En les occultant, la police ne contribue pas à renforcer son image auprès des populations guinéennes. Tout au contraire, ce rapport publié sous pression accentue les préjugés selon lesquels, aux yeux de la police, « les faibles sont les seuls qui ont tort. »

Pivi Bilivogui pour GuineeConakry.info

Recherche

Suivez-nous

GUINEE: Petit KANDIA "Birin Moulan"



  • Le célèbre chroniqueur est au cœur d’un bras de fer avec Mamadou Blaise Sangaré, conseiller spécial du Chef de l'Etat. Votre site avait relayé cette affaire portant sur des propos diffamatoires attribués à Ras Bath. Ce début de semaine mettra aux pr

Annonce