DEVELOPPEMENT LOCAL : Kaback, le pont de l’espoir

Voici en exclusivité le reportage de notre collègue Boubacar Sanso Barry qui vient d'obtenir le premier prix d'un concours de presse. C'est un texte d'une grande sensibilité et d'une précision académique. En se rendant sur ces terres difficiles pour témoigner, lui le journaliste qui souffre de mobilité,(victime de poliomyélite depuis son jeune âge), mais le reporter qu'il se veut a voulu tout simplement rendre compte des problèmes et des joies de "vrais gens'' confrontés aux rigueurs du quotidien...

Kaback est une commune rurale insulaire, au bord de l’océan Atlantique, à 60 Km de la préfecture de Forécariah. Avec ses 28.000 habitants, qui cultivent du riz, pêchent du poisson, cueillent des cocos, extraient du sel ou de l’huile de palme, sur une superficie de 116,2 Km2, répartie en 8 districts, 32 secteurs, 64 hameaux ; Kaback apparaît comme une dynamique Commune rurale de développement (CRD), baignée par le  climat tropical qui vivifie ses verdoyantes plaines côtières faites de forêts marécageuses. Pour la protéger des eaux, des digues ont été édifiées, mais leurs ruptures ont souvent provoqué l’inondation de l’île, causant d’importants dégâts sur les cultures et les habitations des villages de Youlayen, Tonguiron, Manké, Bossimiya ou Yélibanet, avec comme corollaire l’interruption des activités agricoles et la montée en puissance de la pêche.

Le pont, une petite révolution agricole

M. Ibrahima Bangoura, le nouveau sous-préfet, estime à environ 8000 ha, la superficie potentiellement exploitable, dont seulement 3800 ha sont aujourd’hui aménagés, ou en voie de l’être. C’est pourquoi les autorités guinéennes et la Banque mondiale, avaient décidé d’inclure l’île dans la seconde phase du Programme national des infrastructures rurales (PNIR2). Se souvenant des cinq pénibles heures que l’on mettait pour traverser le débarcadère de Sangbon, il se réjouit des changements consécutifs à la réalisation du pont reliant Kaback au continent et déclare : « Avant, il fallait mettre les produits dans des camions pour le port, puis du port, on les débarquait pour la traversée en pirogues de fortune. Enfin, on les rembarquait de nouveau, de l’autre rive. Le circuit était allongé et les risques énormes » Maintenant, en moyenne, ce sont 20 véhicules chargés de produits maraîchers qui partent tous les jours de Kaback. Ce pont, d’après le sous-préfet, a fait aujourd’hui de sa circonscription une presqu’île.

Principaux bénéficiaires directs du désenclavement de Kaback, les paysans y sont organisés en groupements au sein d’une puissante union de producteurs. Elhadj Kollet Youla, le chef de cette organisation de 840 membres dont 350 femmes, est volubile sur les bienfaits du pont: « Avec une petite camionnette, par exemple, le transport du champ jusqu’au port pouvait coûter jusqu’à 500.000 GNF. Mais à titre de comparaison, aujourd’hui, du champ à Conakry, on ne paye que 500.000 GNF ! » Emporté par la « mini-révolution » du pont sur la vie locale, il en oublie même le retard accusé pour sa finition. Programmé pour 4 ans, le PNIR2, démarré en 2004, n’a été clôturé qu’en juin 2013, en raison des tensions sociopolitiques que la Guinée a connues.
    
Au-delà de l’agriculture, l’espoir !

Cultivant le riz et pratiquant la culture maraîchère, Aboubacar Yansané 36 ans, tire aussi profit du pont. Polygame et père de huit enfants, abritant sous son toit  douze personnes, dont sa mère de 77 ans, il n’a pu poursuivre ses études au-delà du Certificat d’études primaires, après la mort du père. Pour faire face aux multiples sollicitations que lui impose sa nombreuse famille, il a choisi de travailler la terre. Il confie: « De la première récolte de mes gombos. J’ai obtenu deux sacs de 50 kg dont la vente m’a procuré 200.000 GNF ». De ce montant, il a déjà prélevé 180. 000 GNF qu’il a envoyés à l’aîné de ses enfants pour ses frais de scolarité à Conakry. Il a récolté 26 sacs de 50 kg de riz qu’il souhaite vendre pour débuter sa propre maison, afin de vivre plus décemment. Lui qui jusque là, vivait derrière une haie faite de feuilles de palmiers séchées, se rappelle que la dernière fois, quand sa maman est tombée gravement malade, après avoir consommé de la soude caustique en poudre, qu’elle confondait au sucre, son évacuation avait été facilitée grâce  au pont.

Autre témoignage avec Fatoumata Conté, occupée à sarcler ses aubergines : « Pour nous, ce pont ressemble à un habit que l’on apporte à quelqu’un qui était nus et exposé à la risée. Avec ce pont, nous retrouvons un peu de notre intimité et beaucoup de notre dignité ». Elle se souvient ainsi du spectacle « humiliant » qui les obligeait à défaire leurs bagages, et à montrer leurs contenus, avant de les faire traverser par le bac.

Au-delà de ces bénéfices palpables, les habitants de Kaback sont surtout emplis d’espoir. Espoir de voir un autre de leurs soucis résolu : la perte de leurs cultures avec les ruptures  récurrentes de la digue. Le phénomène s’est produit lors de la saison passée et a laissé des impacts clairement visibles dans les champs, avec ces épis rabougris, dont la croissance a été subitement interrompue par la montée des eaux salines. Un drame communautaire que les populations évoquent avec lucidité, car avec l’appui du gouvernement guinéen, ils pensent que c’est la dernière fois qu’il leur est donné d’y faire face. Vu qu’une société chinoise travaille déjà sur la digue.

Désormais, la seule inquiétude des populations, c’est cette espèce de tassement sur le remblai du pont. Ce phénomène est anormal à leurs yeux. Ce à quoi Saïkou Oumar Barry, chef de la section ouvrage d’art à la direction nationale des pistes rurales répond : « Vu la nature du sol, et le pont enjambant un  bras de mer, nous étions obligés de faire des pieux  de 28 à 32 m de profondeur pour trouver la roche. Cet affaissement s’arrêtera donc.»
Dans la seconde phase du programme national des infrastructures rurales, suivant ses quatre composantes, les populations des quatre régions naturelles du pays, ont bénéficié de la réhabilitation de pistes rurales et d’ouvrages désenclavant leurs localités respectives ; des services sociaux de base par la réhabilitation des bâtiments administratifs, écoles, postes de santé, marchés villageois, ainsi que des infrastructures de conservation et de commercialisation de produits agricoles.  

Au total, 30.000.000 de dollars américains ont été mobilisés au compte du PNIR2 dont environ 15 % ont été injectés dans le pont et la piste de Kaback qui font aujourd’hui la satisfaction des populations.

Boubacar Sanso Barry / GuineeConakry.info

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