
De son côté, le philosophe français Emmanuel Mounie disait "L'âge adulte est l'âge propre de l'adaptation. Mûrir, c'est trouver sa place dans le monde". Moussa Mara était mûr, il avait mûri. Donc, il avait sa place dans ce monde. Il se l'est forgée de par son sérieux au travail.
Pour s'être consacré à la satisfaction de son public, la Nation guinéenne s'apprête à le lui rendre au travers de mobilisations dont les prémices ont été données la nuit du mercredi 4 juin 2008. Les obsèques sont prévues pour le vendredi, 6 mai 2008.
Il était 20h23, lorsque le régulier de la compagnie Air France a effectué ses dernières manoeuvres sur le tarmac de l'aéroport international de Conakry Gbessia. L'Envoyé spécial de la Radio Télévision Guinéenne (RTG) Moussa Mara est à son bord. De retour de mission à La Havane à Cuba.
Au bas de l'échelle de coupée, un beau monde qu'il aurait dû apprécier à sa décente d'avion. Une présence qui l'aurait sûrement inspiré lorsqu'il se serait placé derrière le micro de la radio nationale ou de la RKS (Radio Kaloum Stéréo) pour son compte-rendu. Hélàs, il n'était pas du nombre des passagers qui ont, quelques instants plus tôt, obéi aux dernières instructions de l'hôtesse de l'air. Couché qu'il était, lui Moussa Mara, dans la soute à bagages en "coli" de la nation. Dieu l'a rappelé dimanche, 25 mai 2008 à La Havane à Cuba.
Après l'immobilisation de l'appareil, les décentes commencent. La foule meurtrie attend du côté de l'aérogare nationale. Les dents se serrent. Des sanglots. Des larmes qui ne cessent de couler.
A 20h50, une caisse est sortie de la soute. Oui, c'est le fameux coli de la nation. Dans la caisse, un de ses enfants émérites s'y trouve allongé. C'est la dépouille de Moussa Mara à la réception de laquelle le gouvernement a dépêché deux ministres dont celui en charge de la culture Baïdy Aribot. Moussa Mara était un homme de culture et il a apporté sa part de contribution à l'épanouissement de la culture guinéenne. Egalement présents à l'accueil le Directeur général de la RTG, de l'Agence Guinéenne des Spectacles, le Directeur de la Radiodiffusion nationale, des opérateurs culturels, des anciens collègues et collaborateurs, les représentants des maisons de productions artistiques, des amis, des admirateurs. Sa mère n'a pas pu effectuer le déplacement pou l'aéroport. Il lui a été épargné le choc émotionnel que la vue du cercueil de son fils chéri allait lui provoquer. Sa veuve, l'artiste M'Mah Doumbouya était, elle, au rendez-vous, mais, aphone. Tellement elle a pleuré depuis l'annonce de la terrible nouvelle, car elle se savait réellement aimée par Moussa dont l'attitude sentimentale se traduit dans cette citation de l'actrice et chanteuse française Jeanne Moreau qui estime que « L'âge ne vous protège pas des dangers de l'amour. Mais l'amour, dans une certaine mesure, vous protège des dangers de l'âge ». M'Mah Doumbouya est une jeune veuve désormais et ses deux fillettes, des orphelines. Dieu a décidé ainsi. Dieu soit loué!
Le corps a été convoyé par Abdourahmane Kaba de la représentation diplomatique guinéenne à Cuba et le Directeur national de la culture Dr Saïdou Dioubaté qui y était en mission et qu'il a préféré interrompre pour cette autre cause nationale.
A peine le corps remis au gouvernement par le biais de ses deux représentants, que le corbillard, le véhicule des sapeurs pompiers, le motard guide et la centaine - je dis bien la centaine - de véhicules se sont ébranlés; direction la morgue du CHU d'Ignace Deen. Tout le long du parcours sur l'autoroute "Fidel Castro", c'étaient des grappes humaines, des milliers d'admirateurs et d'anonymes, des fans de Moussa qui ont improvisé une haie d'honneur - le qualificatif n'est pas déplacé - en la mémoire de Moussa Mara. Des cris, des pleurs, des prières pour le repos de l'âme du défunt ... Il était devenu, avec ses auditeurs comme "l'ombre et le corps".
La route était dégagée. Le cortège funèbre gagnera une dizaine de minutes plus tard la morgue du CHU où était massée une autre foule d'amis, d'admirateurs encore nombreuse. Moussa Mara le mérite, non?
On ne cesse d'illustrer nos articles avec la photo d'à droite de Moussa Mara. Avec insistance, il a invité notre collaborateur à lui tirer celle-ci. Comme par prémonition, Moussa lui dit: "comme tu me fais toujours de bonnes photos, pourquoi pas, maintenant? '' C'était à la sortie du cimetière de Cameroun, le dimanche 30 Mars 2008, après l'enterrement de cet autre célèbre journaliste, Doyen Pathé Diallo décédé le jeudi 27 mars 2008 et lui, Moussa Mara, le dimanche, 25 mai 2008. Soit moins de 2 mois d'intervalle entre les deux. « Les voies du Seigneur sont insondables », le dit-on.
Condoléances à tout le Peuple de Guinée.
A toi, cher confrère, Moussa Mara, le courtois, le correct, je peux te dire aujourd'hui: repose toi maintenant. Je sais que tu ne me demanderas plus, humble: « Grand frère, pas de critiques par rapport à la dernière émission? Je sais que tu m'écoutes ... » Et moi aussi, mon cher Moussa, je sais que tu as mérité de la nation. Mon cher, c'est à dessein si cet article est émaillé de citations. Je sais que tu en raffolais. C'est donc une autre façon de te rendre hommage en terminant par ce proverbe français que tu ne cessais de dire en guise de conclusion de tes émissons: « Tout ce qui brille, n'est pas or ... ».
Je prie Dieu, « l'Architecte de l'univers », comme tu L'appelais, qu'il t'accorde son Paradis. Amen.
Ibrahima Sylla "Ibra", GuineeConakry.Info




















