
C’était devenu un véritable feuilleton. La venue ou non du leader spirituel tibétain en Afrique du Sud avait fini par s’imposer au devant de la scène de la nation Arc-en-ciel. Désormais, si la polémique est loin de s’estomper, par contre, on sait clairement que le leader bouddhiste ne sera pas de la célébration des 80 ans de l'évêque Desmond Tutu. Il a lui-même décidé d’annuler le voyage. Mais cela ne veut nullement dire qu’il l’a fait de gaieté de cœur. Officiellement, il l’aurait fait pour éviter de « déranger » ses hôtes. Et justement, ce concept de dérangement veut tout dire. Il évoque la gêne et le malaise que la perspective de sa venue en Afrique du sud avaient fini par provoquer chez les autorités de ce pays.
En agissant comme elle l’a fait, la nation arc-en-ciel s’est "dévoyée et a renié sa propre histoire", selon certains analystes et politiciens, en renonçant à ce qui, par ailleurs fait sa grandeur et sa gloire. A savoir le combat pour les droits humains et l’égalité entre les hommes. Ces valeurs sont celles sur lesquelles a été édifiée l’Afrique du Sud. C’est dans leur quête et dans leur conquête que Nelson Mandela a notamment, bâti sa réputation aujourd’hui planétaire. Ç’aurait été un retour aux sources pour l’Afrique du Sud que d’accueillir sur son sol, l’adepte d’un militantisme politique fondé sur la non-violence, comme ce fut jadis la méthode pour vaincre l’apartheid.
Mais manifestement, les temps ont changé. L’Afrique du Sud de Jacob Zuma n’est pas celle de Nelson Mandela. La priorité n’est plus à la défense de valeurs abstraites, aussi nobles qu’elles soient. Surtout si ces dernières peuvent nuire à des intérêts notamment économiques. C’est la preuve que le pays est de plus en plus gagné par la logique capitaliste des grandes nations.
Chaque acte est apprécié à l’aune de l’intérêt ou du désavantage qu’on peut en tirer. Or, la venue du Dalaï Lama en Afrique du Sud risquait de jeter un froid sur l’axe Pékin-Pretoria, avec des conséquences qui pourraient être lourdes pour la première puissance africaine. Mais on ne saurait plaindre Jacob Zuma et son gouvernement.
Brahim Bangoura pour GuineeConakry.info




















