
Dans la première partie de nos recherches sur les pas de la Mamaya, nous avons suivi le fil de l’histoire de la ville de Kankan, pour bien situer les lecteurs sur les origines de cette danse. La suite de nos investigations est consacrée à la symbolique musicale de la Mamaya. En plus du spectacle impressionnant et majestueux qu’offrent les danseurs et danseuses, la Mamaya combine la gestuelle et une symphonie musicale originale. Les pas de danses sont cadencés au rythme d’un air entraînant qui ne laisse personne indifférent.
Selon l’ethnomusicologue Eric Charry, dans Mande Music: Traditional and Modern Music of the Maninka and Mandika of Western Africa, la ligne rythmique du chant Mamaya serait issue de celle de ‘’ Diaoura’’. Cet air est un chant d’origine malienne de la région de Kita. A l’origine, c’est un rythme de danse champêtre créé au djembé puis adapté au balafon et à la Kora.
Aujourd’hui encore, ce chant est très souvent joué, avec un accompagnement au djembé et au dundun, et c’est un favori des guitaristes acoustiques du Mali. Diaoura était joué surtout lors des réjouissances champêtres en l’honneur des notables cultivateurs.
Comme la Mamaya (auquel il a légué effectivement l’essentiel de son motif musical), Diaoura reste aujourd’hui un chant très souvent interprété en Afrique de l’Ouest, au rythme solennel, traditionnellement interprété dans les cérémonies de ‘’ Sumun’’, sorte de ‘’conversation musicale’’ à longue durée, occasion de prouesse stylistiques des griots.
Pour bien comprendre la symbolique musicale de la Mamaya, nous sommes basés sur la narration du Professeur Lansiné Kaba dans son ouvrage Cheikh Mouhammad Chérif et son Temps. Dans le chapitre Arts et société au temps de Cheikh Mohammad, le sous chapitre Sidi-dou, symbole de l’ « Ecole de Kankan » les explications sont édifiantes et fourmillent de détails. Jugez –en : ‘’…Tous les membres de la famille Dioubaté (Sidi-dou), hommes et femmes, furent des musiciens de talents. Dans le répertoire mandingue moderne, rares furent les compositions à égaler l’originalité et la popularité de Mamaya que N’Fa –Sidi aurait créé et que ses fils ont popularisé dans les années 1940. Cette composition symbolisa l’âge d’or des groupes d’âge, en somme la civilisation populaire de Kankan. Plus qu’une pièce musicale ou un spectacle dansant, Mamaya symbolisait l’ambiance de gaieté qui caractérisa les années 1940. Il dénotait la volonté des jeunes de fêter la vie, selon leur goût vestimentaire et musical, mais dans les normes de la société.
C’est pourquoi, l’orchestration et la mélodie en étaient conventionnelles et le style de danse, bien que recherché et galant, révélait un certain conformisme social. L’originalité de la Mamaya résidait dans son caractère à la fois conventionnel et moderne, offrant à tous la possibilité de jouer un instrument de musique et de prétendre à la célébrité, sans considération de naissance ou de statut.
Selon la coutume des célébrations en pays musulmans, la fête commençait après la seconde prière de l’après-midi quand les rayons porteurs de chaleur caniculaire perdaient de leur intensité mordante. Les musiciens et les jeunes gens se rassemblaient au carrefour Sidiméla pour Kabada et au carrefour de Chérifoula pour Timbo et Salamaninn-da. Au fil des ans, pour marquer le passage à la modernité, le tambourin à deux faces (taman) fut remplacé par la batterie de jazz avec cymbales que maîtrisèrent N’Fa-Amadou-oulen Koyita, Alimoun Diané et Madi Kéra. Avec ces instruments d’importation, il ne s’agissait plus d’être né dans une famille de musiciens héréditaires pour jouer d’un instrument ! Un autre changement, les hommes avec une canne à la main, les femmes tenant un mouchoir, tous vêtus de leurs beaux vêtements de Bazin, dansaient ensemble en ronde devant l’orchestre dont le cœur des femmes chantait les mérites de chacun, l’un après l’autre. C’est pourquoi la composition Mamaya apparaît comme la plus longue du répertoire mandingue et sa mélodie rivalise de beauté avec les grands airs épiques.
Des artistes comme Djéli Sory Kouyaté, Babadjan Kaba, Djanka Diabaté et Ami Koïta ont interprété avec brio cet air célèbre. Avec une mention spéciale au vidéo clip réalisé par Justin Morel Junior avec la chanteuse malienne Ami Koïta. Un vrai régal images et sons produits par l’imagination fertile de l’auteur. On ne se lasse jamais de visionner ce chef d’œuvre musical et chorégraphique.
Pour conclure, il apparaît la nécessité d’intégrer la Mamaya dans le répertoire de notre patrimoine culturel. Bien que venue du Mali, la Mamaya a été mise en valeur par les ressortissants de Kankan. Au fil des ans, la célébration de cette danse est devenue un rite socio culturel qui mérite une bien meilleure attention de la part de nos décideurs. Pourquoi pas un projet intégré d’éco tourisme pour développer la ville de Kankan ?
Thierno Saïdou Diakité pour GuineeConakry.info




















