CULTURE: L’érotisme dans les chansons guinéennes

Aussi inapproprié que cela peut l’être, c’est le décès et l’inhumation de l’artiste, Sékouba Fatako Kouyaté, qui amènent à s’interroger sur l’évocation, dans les chansons des artistes guinéennes, de scènes érotiques et de passages dits indécents. En effet, l’homme du titre à succès "Sayata yèto", n’aurait pas reçu tous les honneurs dus à l’artiste et musicien qu’il fut de son vivant. La raison de cette sanction posthume se trouverait dans le reproche que certains de ses mélomanes auraient à l’encontre du "côté osé", libre et provocateur de l’artiste. Provocation et insolence à l’endroit de valeurs morales et sociales que d’aucuns voudraient donc ne jamais voir violer. Bref, c’est l’audace qui serait en cause... 17:42 22-7-2011

Cette regrettable situation conduit donc à s’interroger sur le rapport conflictuel entre l’artiste et sa société d’une part, et entre lui et sa culture de l’autre.

Il faut tout de suite dire que ce n’est pas la première fois que ce débat revient aux devants de la scène. Par le passé, on avait mis en cause "N’ga M'Mah dougui soti", un titre populaire repris par un jeune rappeur. A l’époque, les critiques y avaient vu un lien avec le fait que la maman de l’ancien président, Lansana Conté, se prénommait "M’Mah".

Mais il est vrai que de temps en temps, certains s’insurgent contre des paroles jugés "trop libres" de la musique guinéenne. Sans prétendre à l’exhaustivité, on peut ranger dans ce cadre, Sékouba Fatako bien sûr, Binta Laaly dans son morceau "Bhouloun Djouri", Petit Yéro, dans "Fidja djala", la défunte Aïcha Diabaté dans "Pâni Bankhi" ou encore les tonitruants "A soumbou a loloma" et "Témèdi Gbingbin matoba" de Jah Man.

Tous ces titres rappellent un peu "Wolosso" ou "Mapouka" qui ont régné à leur époque sur la scène musicale ivoirienne. Eh bien, si chez nos voisins, il n’y a pas eu de remontrances particulières, il semble qu’en Guinée, une certaine opposition silencieuse ou véhémente quelques fois contre ce genre d’audace existe.

Il faut dire que le pays est demeuré très longtemps fermé sur lui-même. Sans oublier que cette fermeture s’était doublée d’une certaine absence de développement économique  et d’émancipation. Du coup, le communautarisme est encore très présent et dicte les comportements et attitudes individuels. Alors qu’ailleurs, de plus en plus, l’individu revendique une certaine autonomie vis-à-vis de cet encadrement, et de cette surveillance perçus comme une sorte de diktats qui lui sont imposés.

Dans ces conditions, comment faut-il que l’artiste agisse vis-à-vis de sa communauté?

Il faut tout d’abord dire qu’entre un artiste et sa communauté, existe un type de rapport dialectique, l’un dépendant de l’autre et alternativement. De par sa définition qui fait de lui un homme libre par essence, l’artiste peut-être en effet, un précurseur et un avant-gardiste des transformations sociales qui doivent intervenir dans sa société. De même, rêveur en quelque sorte, il peut préparer sa société à mieux accepter et accueillir ces inévitables transformations. Considéré de ce point de vue, on peut comprendre qu’il s’écarte un peu des voies et canevas tracés par sa société.

Cependant, il doit veiller à ne pas en faire trop. Car, étant produit de sa société, il en est de même l’ambassadeur qui doit véhiculer et promouvoir les valeurs sociales et morales. Il doit faire corps avec sa société et faire des efforts pour comprendre cette dernière. Sinon, il court le risque de se voir combattu par elle, comme un vulgaire étranger. Pire, si l’attaque contre sa propre culture, est à la fois brusque et frontale, il est perçu comme un traitre et comme un renégat et sanctionné comme tel.

Ainsi toutes les deux parties doivent faire l’effort de comprendre la nécessité d’une entente commune et l’importance mutuelle qu’il y a, dans une compréhension et une acceptation de l’un par l’autre, et vice versa. La société doit comprendre que le progrès est inéluctable, mais l’artiste aussi doit réaliser que ce progrès suit des voies spécifiques à chaque société.

Chacune des deux parties doit de savoir son rôle et ses limites.  

SOURCE: www.justinmorel.net

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