
Il serait quelque peu fastidieux de suivre le fil de la riche carrière musicale de Salif Keïta, artiste atypique, qui à force de volonté et peut- être animé par la rage de prendre une revanche sur le destin. Aujourd’hui, au faîte de la gloire, il faut souligner que la Guinée aura contribué pour une grande part dans l’ascension de ce chanteur à la voix inaltérable.
En effet, grâce à notre compatriote Manfila Kanté, qui nous a quittés l’année dernière, il aura appris les rudiments de la musique moderne. Ensuite, la carrière de Salif Keïta va prendre un tournant significatif à Bamako dans les années soixante – dix avant son exil à Abidjan.
Ainsi, c’est à l’occasion d’un grand concert officiel au stade de Bamako que les Ambassadeurs trouvent leur nouveau supporter : le président Ahmed Sékou Touré. Les accents déchirants de la voix de Salif, joyau unique capable de transmettre l’émotion la plus pure, sont allés droit au cœur du chef d’Etat guinéen. Salif raconte « À l’époque où je l’ai rencontré, j’étais une personne très déprimée, découragée, explique le chanteur albinos. Je n’avais pas confiance en moi-même. Sékou Touré a tout fait auprès des autorités maliennes pour m’emmener en Guinée, où il m’a décoré comme Officier de l’Ordre National Guinéen. Dès lors, on a commencé à m’attribuer plus d’importance, les gens ont commencé à me regarder comme une personne à part entière. C’est pourquoi, j’ai dédié la chanson ‘’ Mandjou ‘’ à la famille des Touré, à travers la personne de Sékou Touré ». Un aveu qui se passe de commentaires.
Avec la complicité de Manfila Kanté, Salif va s’exiler à Abidjan en 1978. Ces années là, la capitale ivoirienne était devenue la ville carrefour du show biz africain. Bon nombre d’artistes s’y étaient installés. A Abidjan, en compagnie de Manfila, Salif crée ‘’ les Ambassadeurs Internationaux ‘’. En 1984, il quitte la Côte d’Ivoire pour s’installer en France, où il va mener une carrière solo.
Après la sortie de son album ‘’ Talé ‘’ en décembre dernier, Salif Keïta a annoncé qu’il envisageait d’arrêter définitivement la musique. Dans les colonnes de l’hebdomadaire Jeune Afrique du 8 décembre 2012, il déclare’’ ...ça fait déjà longtemps que je joue. Aujourd’hui, la musique ne nourrit plus son homme à cause du téléchargement illégal et du piratage. A peine un disque est-il mixé qu’il est recopié ! Et puis notre culture n’admet pas qu’un homme pratique ce métier jusqu’à sa mort. Je vis dans un pays musulman où l’on croit encore que mourir musicien, c’est périr dans une situation satanique. Une fois mort, on peut jeter votre corps. Personne ne viendra vous enterrer, sauf peut-être votre famille, car l’on considère qu’un musicien n’a aucun mérite’’.
Ainsi donc, après 40 ans d’une carrière musicale riche de près de trente albums, le rossignol de la chanson malienne va tirer un trait définitif sur sa vie de chanteur. Mais attendons de voir s’il va résister à l’attrait de la musique.
Joyeux anniversaire, Salif !
Thierno Saïdou Diakité pour GuineeConakry.info




















