
Le drame de la crise centrafricaine réside tout d’abord dans le fait qu’elle fait presque regretter François Bozizé, un an après son départ. Ce dernier a même toutes les raisons de sourire de la situation qui prévaut actuellement dans son pays. Les inextricables problèmes dont les nouvelles autorités peinent à se sortir, sont une sorte de réponse cinglante jetée à la figure de tous ceux qui, comme Idriss Déby Itno, avaient ouvertement ou non soutenu la rébellion de la Séléka qui l’avaient contraint à abandonner le pouvoir, le 24 mars 2013. Quand on sait que l’ancien président n’était pas, lui non plus, l’incarnation d’une gestion responsable et économiquement prometteuse, on mesure l’ampleur de l’échec de ceux qui lui ont succédé.
Cet échec se décline d’abord dans la dégradation totale du climat sécuritaire. En effet, si avant la Séléka, la RCA n’était certes pas une des recommandations privilégiées des chancelleries occidentales, par contre, on n’y était pas systématiquement assassiné comme un vulgaire poulet ! De même, on n’avait pas à craindre du fait de sa confession musulmane ou chrétienne. On y était, bien entendu, pauvre et même extrêmement pauvre ; mais les différentes communautés vivaient en harmonie et symbiose. Or, en ce premier anniversaire de la chute de Bozizé, on est bien obligé d’admettre que le tissu social centrafricain est en lambeaux.
Certains sont allés même jusqu’à y voir le début d’un nouveau génocide africain. Et en dépit de la venue de la présidente, Catherine Samba Panza, l’Etat a du mal à reprendre sa place. En fait, d’Etat, il n’en existe plus ! Parce que ses instruments de coercition que sont l’armée et les services de sécurité, sont eux-mêmes, à terre. Supplantés qu’ils sont par les sinistres milices de la Séléka et des Anti-balaka. Leur reconstruction est d’ailleurs d’un enjeu prioritaire.
Cependant, l’absence de l’Etat ne se constate pas que sur la base de l’anéantissement de l’armée et des services du maintien d’ordre. On la sent également à travers la chute tout aussi vertigineuse de l’administration. Elle se manifeste également par le biais de la précarité sociale qui tenaille les Centrafricains, qui peuvent se vanter d’avoir échappé à la folie meurtrière. Vidé de sa substance sécuritaire, l’Etat centrafricain est en effet également une institution pauvre parmi les pauvres. Avec l’appui de la communauté internationale, les fonctionnaires centrafricains n’ont eu droit qu’au versement d’un mois de salaire depuis six mois.
Et c’est dire le peu d’intérêt que cette fameuse communauté internationale manifeste aux ‘’damnés’’ des Centrafricains. Hésitante et timorée au départ, la France est la seule dont les intérêts ont poussé à préoccuper de ce qui s’y passe. Mais là aussi, les moyens et les hommes mobilisés sont en deçà des défis. Or, du côté de l’Europe, la crise ukrainienne est l’occasion tout trouvée pour ne pas s’en mêler. Les Etats-Unis, eux, se contentent d’applaudir et galvaniser les troupes françaises. Tandis que les Nations unies, fortement dépendantes des grandes puissances, sont dans une sorte d’agitation, jusqu’ici, stérile. L’Afrique, quant à elle, fait valoir de nobles ambitions, mais reste bloquée par l’éternelle question des ressources qui doivent venir de la main charitable de l’occident. Autant dire que l’avenir de ce pays ne s’envisage pas avec grand espoir. Ce, en dépit de l’émotion médiatique qu’il suscite depuis que la crise y a éclaté.
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















