CRISE BURKINABE : Pourquoi la France a-t-elle aidé à la fuite de Compaoré ?

Pendant que les tractations se poursuivent au Burkina Faso et que le lieutenant-colonel Zida réaffirme son intention de rendre le pouvoir aux civils, la France a précisé un peu plus le rôle qu’elle a joué dans ces événements-charnière de l’histoire du "pays des hommes intègres". Comme prenant ombrage du fait de la prompte fermeté avec laquelle les Etats-Unis et l’Union Africaine notamment, ont rejeté les velléités de l’armée quant à la gestion de la transition, François Hollande a préféré sortir de son silence. S’exprimant hier à partir du Canada, il a, outre l’injonction faite à l’armée de remettre le pouvoir aux civils, levé un coin du voile sur le rôle de son pays dans la fuite de Blaise Compaoré. Sauf que des doutes demeurent sur les motivations du soutien apporté à l’ex-président.

La France, bon Samaritain ?

Voulant s’attribuer le bon rôle, François Hollande insinue que la raison pour laquelle la France serait intervenue pour faciliter la fuite de Blaise Compaoré, est liée à la nécessité d’amoindrir les risques de drames et de convulsions. Ce serait donc dans l’intérêt de la paix et de la quiétude du Burkina Faso que l’ancienne puissance coloniale aurait aidé le désormais ex-président burkinabé et quelques-uns de ses proches à rallier Yamoussokoro. Dans la même démarche visant à donner de son pays l’image du bon Samaritain, le président français n’omet pas de rappeler qu’il avait demandé à Blaise Compaoré de se conformer à la volonté populaire. Mais le locataire actuel de la luxueuse résidence de Yamoussokoro avait fait le sourd. Tout cela pour dire que la France avait fait ce qu’elle pouvait pour ne pas qu’on en arrive à la situation qui prévaut actuellement. 

Des motivations biaisées

Evidemment, le récit portant sur la mise en garde adressée à Blaise Compaoré a été confirmé par la publication de la lettre de François Hollande. Pour autant, la France avait-elle fait tout ce qu’il fallait pour que le président burkinabé renonce à son idée de modification de la constitution ? Ce n’est pas sûr ! 

Parce qu’en pareil cas, si la désapprobation était ferme et catégorique, on ne s’en serait pas exclusivement tenu aux canaux diplomatiques pour le faire savoir au président du Faso. On se rappelle encore que le même François Hollande avait, de Paris, fixé les limites à ne pas franchir au sujet de l’élection présidentielle au Mali. Et puisqu’il y tenait, c’est dans le 20 H de France2 qu’il l’avait fait. Quant au soutien que la France a apporté à Blaise Compaoré pour faciliter sa fuite, rien ne dit que c’est dans l’intérêt exclusif des Burkinabé qu’elle l’a fait.

Il est vrai qu’acculé, Blaise Compaoré aurait pu ordonner à certains de ses soldats de tirer dans le tas, pour le protéger. Mais n’est-il pas aussi vrai qu’en l’exfiltrant, la France l’a quelque peu aidé à échapper à la justice de son pays ? Pourquoi n’avait-on pas procédé de la même façon avec Laurent Gbagbo ? De même, la même France n’avait-elle pas laissé Kadhafi se faire capturer et lyncher par la foule qui courait après lui ?

Intervention opportuniste et tardive

Il est compréhensible que la France, dans une logique de conservation de ses intérêts au Burkina Faso, se présente aujourd’hui comme ayant participé, sinon favorisé le départ de Blaise Compaoré. Pour autant, elle et tous les autres acteurs de la communauté internationale, ne pourraient faire oublier le fait qu’ils n’aient pratiquement pas tenu le discours de vérité à Blaise Compaoré, quand il le fallait, comme il le fallait! Tous crient aujourd’hui au respect des dispositions constitutionnelles, en brandissant le glaive des sanctions, mais personne n’avait fait de même avec Blaise Compaoré. Ce qui donne à leur activisme de ces derniers jours des allures d’une intervention à la fois opportuniste et tardive.    

Boubacar Sanso BARRY pour GCI

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