COTE D’IVOIRE : Laurent Gbagbo face à son procès

Les partisans de l’ancien président ivoirien prennent la décision de la Chambre préliminaire de la Cour pénale internationale (CPI) avec philosophie, en y voyant notamment l’occasion pour leur ex-leader, de prouver son innocence. Mais en réalité, la confirmation des charges contre Laurent Gbagbo est, d’une certaine façon, une autre défaite, après celle du transfèrement de l’ex-chef d’Etat. Bien entendu, les doutes émis par les juges de la Chambre préliminaire, en février 2013 et le vote négatif d’hier, de la part de la juge belge, Christine Van den Wyngaert, sont des motifs d’espoir pour les avocats de Laurent Gbagbo. Mais au risque de d’accréditer certaines critiques qui l’accusent de connivence avec le pouvoir actuel à Abidjan, et une certaine communauté internationale, on a l’impression que la CPI est partie pour condamner le prédécesseur d’Alassane Ouattara.

Au terme de l’examen des preuves supplémentaires constituées des déclarations de 108 témoins, de plus de 22.000 pages d’autres preuves documentaires et d’une grande quantité de matériels audio et vidéo, les trois juges de la chambre préliminaire de la CPI, à la majorité de deux voix contre une, confirment les charges contre Laurent Gbagbo. L’ancien chef de l’Etat ivoirien sera donc jugé pour les chefs d’accusation de meurtre, viol, d’autres actes inhumains et de persécutions.

Contrairement à ce à quoi on aurait pu s’attendre, la décision ne semble pas ébranler les partisans de l’ancien président ivoirien. Il est vrai qu’ils s’y attendaient en quelque sorte. Les doutes émis par les juges de la même instance en février 2013, n’ayant été qu’un espoir à la fois mince et éphémère. Les proches de Gbagbo s’étaient visiblement davantage préparés dans l’optique du procès. C’est ainsi qu’ils y voient une occasion qui donnera l’opportunité à « l’ex-boulanger ivoirien » de démontrer son innocence. Qui plus est, à la face du monde !

Mais il y a, de leur part, comme une sorte d’attitude contradictoire. D’un côté, ils se disent sereins et lucides dans la perspective du procès ; alors que, de l’autre, ils demeurent convaincus que la CPI agit selon le bon vouloir d’Abidjan et de la communauté internationale, menée par la France. Or, si cette seconde accusation partagée par une frange importante d’ONGs de défense des droits humains était fondée, les chances pour Laurent Gbagbo de sortir indemne du prochain procès seraient quasi-nulles.

Et c’est à ce niveau que les responsables de la CPI jouent leur crédibilité et peut-être le destin de l’institution judiciaire internationale. Tandis qu’ils sont jusqu’ici accusés d’avoir exclusivement poursuivi le camp de Gbagbo, ils devraient mettre l’occasion à profit pour faire démentir les soupçons de leur inféodation aux grands de ce monde. Pour cela, ils devraient garantir à Laurent Gbagbo un procès juste et équitable, et prendre leur ultime décision sur la base exclusive de la vérité des faits. Autrement, les doutes se renforceront.

Boubacar Sanso BARRY pour GuineeConakry.info

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