COTE D’IVOIRE: Blé Goudé en route pour La Haye

L’ancien ministre ivoirien de la jeunesse, Charles Blé Goudé, s’apprête à rejoindre son ex-mentor, Laurent Gbagbo, à la Haye. En effet, selon une annonce faite hier par les autorités ivoiriennes, elles viennent de donner une suite favorable aux requêtes de la CPI quant au transfèrement de l’ex-leader des jeunes patriotes. L’épilogue du feuilleton Blé Goudé pourrait donc être une cellule de la CPI, en attendant son jugement et sa très probable condamnation. En Côte d’Ivoire cependant, la suite ne risque pas d’être facile pour les autorités. Une nouvelle fois, elles pourraient essuyer des critiques, selon lesquelles, seuls les proches de l’ancien président ivoirien sont traqués par la justice. Des critiques qui vont pleuvoir alors qu’un hypothétique processus de réconciliation commençait à se mettre en place.

C’est avec une certaine surprise que l’opinion ivoirienne, mais aussi celle africaine ont accueilli l’annonce du prochain transfèrement de Charles Blé Goudé. Certes, du temps où il était fort du soutien et de la bienveillance de Laurent Gbagbo, l’ancien ministre de la jeunesse a fait trembler plus d’un. C’est ainsi qu’il y a très peu de personnes qui contestent le bien-fondé des chefs d’accusation brandis contre Blé Goudé. Dans les conditions normales, on aurait même admis la légitimité des poursuites dont il est ainsi la cible. Seulement, la situation ivoirienne n’a rien d’ordinaire.

Récemment, les responsables ivoiriens avaient indiqué que la justice locale était apte et compétente à juger Simone Gbagbo, l’ex-première dame ; logiquement, la même démarche aurait pu s’appliquer à Charles Blé Goudé. De même, en raison d’un début de rapprochement qui se mettait laborieusement en place entre le pouvoir et l’opposition incarnée par le Front populaire ivoirien (FPI), très peu d’observateurs se prononcent sur le transfèrement de Blé Goudé. Son jugement aurait en effet perçu comme concession de la part du régime d’Alassane Ouattara.

Hélas, ce dernier ne voit les choses ainsi. Estimant que la personnalité de l’ex-leader de la Fédération estudiantine de Côte d’Ivoire (FECI) ne facilite son jugement par les juridictions locales, Abidjan se débarrasse du colis encombrant au profit de la CPI, par le truchement d’une décision prise en Conseil des Ministres. La CPI et quelques proches des victimes de la violence post-électorale de 2011 pourront bien entendu jubiler. Mais quelle en sera la conséquence sur la cohésion et la réconciliation en Côte d’Ivoire ?

Il est évident que la décision des autorités ivoiriennes n’est pas pour encourager le camp d’en face. Les dirigeants du FPI risquent bien de voir dans le transfèrement de Charles Blé Goudé, un manque de sincérité de la part d’Abidjan. Ils pourraient se percevoir comme le dindon de la farce, aux yeux des autorités ivoiriennes. En conséquence, il n’est pas exclu qu’ils gèlent leur participation au processus de dialogue qu’on essayait péniblement de mettre en place. Surtout qu’ils pourraient être confortés par les observateurs qui verraient dans cet acte la confirmation de l’approche différentielle du régime en place dans le traitement juridique du contentieux post-électoral.

En effet, depuis son installation, on remarque de la part d’Alassane Ouattara une certaine diligence quand il s’agit de poursuivre les proches de son prédécesseur, accusés d’être impliqués dans la crise de 2011 ; alors qu’au même moment, il fait la sourde oreille au sujet des proches à lui, sur lesquels pèsent les mêmes présomptions. Toute chose qui n’est pas pour faciliter la réconciliation qui est un de ses chantiers prioritaires.

Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info    

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