
Opposant au régime révolutionnaire du Parti Démocratique de Guinée, le professeur Alpha CONDE avouait qu’il prenait la Guinée là où Sékou TOURE l’a laissée. Pour ceux qui n’ont jamais cessé de vouer Ahmed Sékou TOURE aux gémonies, cette déclaration du président voulait dire qu’il reproduirait toutes les tares de la Révolution. Mais pour d’autres, il reconnaissait ainsi qu’il y a eu beaucoup d’acquis sous Sékou TOURE et qu’il fallait les préserver car apparemment selon les propos du Président, après sa mort, il n’y a presque rien eu en Guinée qui soit digne de retenir l’attention.
Vous auriez pu vous passez de ces considérations si elles n’avaient aucun lien avec le livre dont je vous parle dans les lignes qui vont suivre : LA GUINEE : de Ahmed Sékou Touré à Alpha Condé ou le chemin de croix de la démocratie paru chez L’Harmattan en décembre dernier et qui sera sur le marché guinéen du livre dans quelques semaines.
L’auteur, Dr Aly Gilbert Iffono, en est à son cinquième livre. En historien rompu à la recherche, il consacre son dernier ouvrage à l’histoire récente faite de gloire et de tumulte de notre pays.
Pour gagner son pari, Dr IFFONO a épluché une impressionnante documentation comprenant des livres, des articles de journaux, mais aussi des lettres etc.
En confrontant les idées aux idées, les faits aux faits, il a abouti à un résultat dont la lecture ne nous laissera pas sans ébranler beaucoup de nos convictions et autres idées.
A beaucoup de questions relatives à notre passé récent, Aly Gilbert IFFONO donne des réponses. Mais il fait davantage, il nous permet de nous poser les bonnes questions !
On apprendra ainsi pourquoi la Haute-Guinée, pourtant région d’origine du Responsable Suprême de la Révolution et le Fouta Djallon étaient opposés à son projet de société : La voie non capitaliste de développement ! On apprendra également pourquoi Ahmed Sékou TOURE, lui pourtant « si intelligent, si expérimenté et si perspicace » ne comprit pas les raisons de cette opposition. S’il les avait comprises, ou en tout cas s’il en avait tenu compte, cela lui aura permis d’éviter beaucoup de dérapages concernant ces deux régions de la Guinée.
Mais la Révolution Guinéenne, ce n’était pas seulement Ahmed Sékou TOURE. Aly Gilbert IFFONO passe en revue beaucoup de femmes et d’hommes, parfois peu connus, qui ont eu à jouer un rôle de premier plan dans la construction de la jeune République. Ils étaient Gouverneurs de régions, on dirait préfets aujourd’hui, artistes, ministres ou simples fonctionnaires : Mamadou BOIRO, Amadou Téliwel DIALLO, Toumany SANGARE, Jean Faraguet TOUNKARA, Ismael TOURE, Tely DIALLO, Fodéba KEITA etc.
La période révolutionnaire, c’est aussi l’engagement de notre pays auprès des pays africains en lutte contre la domination coloniale. Pour l’auteur, cet engagement de notre pays explique en partie le retard que nous connaissons sur le plan du développement. La Guinée, en plus d’avoir ouvert les portes de ses universités à certains pays africains, enverra des cadres dans certains autres pays dans le cadre de l’assistance technique. Des cadres partout appréciés. Et les plus jeunes trouveront dans les pages de ce livre, les raisons d’être fiers de leur pays.
Ces cinquante dernières années en Guinée, c’est aussi la prise du pouvoir par l’Armée le 3-Avril 1984 suite à la mort du président Ahmed Sékou TOURE.
L’auteur examine cette période avec la même rigueur dans l’analyse et la référence constante aux faits, aux actes posés par les acteurs de cette autre période importante dans la construction de la nation guinéenne. Il passe en revue, là aussi, les acquis et les dérapages, les réalisations et les espoirs déçus !
Avec Lansana CONTE et le CMRN, la Guinée entre dans la phase active de la construction d’un Etat de Droit et de la démocratie multipartite.
L’auteur aborde, vers la fin de son livre, une autre irruption de l’Armée dans l’histoire de notre pays. Il parle de « l’éphémère pouvoir du capitaine Moussa Dadis CAMARA », des atouts de ce jeune capitaine ainsi que de ses erreurs dont la « marche anodine » mais « piège fatidique du Stade du 28 septembre », ces massacres qui ont fait couler tant d’encre, de salives et de larmes et qui sont une épée de Damoclès sur la tête du capitaine Moussa Dadis CAMARA.
Victor Hugo définissait le roman comme une histoire qui aurait pu être et l’histoire comme un roman qui a été. Ce livre de Dr Aly Gilbert IFFONO qui se lit comme un roman, retrace certes les péripéties d’une histoire glorieuse et palpitante, avec ses périodes importantes, ses faits saillants et les hommes qui ont été au cœur des événements marquants, mais aussi et surtout, il nous propose une analyse sans complaisance de la vie politique de notre pays. Une analyse qui nous permettra de mettre de l’ordre dans nos idées et dans nos sentiments par rapport à l’histoire récente de notre pays.
Ce livre nous invite à une réflexion sur ce que nous entendons devenir en tant que Peuple, en tant que Nation. Nous sommes condamnés à nous réconcilier et à nous unir. C’est pour ma part, le message principal que je retiens du beau livre de Dr Aly Gilbert IFFONO.
N’Daw Pascal LENO
Professeur à l’INRAP pour GuineeConakry.info




















