
Chers amis et parents,
Je voudrais faire un bref exposé sur mon épouse bien-aimée Mariama Fofana qui a nous été cruellement arrachée le 10 avril dernier à Londres.
Quand Mariama m'a rejoint à Londres en août 1982, elle était juste une jeune femme de 19 ans, en provenance de la Sierra Leone. Mon frère Al Haji Lamine Kamara et mes amis Asefa Abraha et Sophie Petros étaient avec moi à l'époque, comme ils sont ici présents aujourd’hui pour lui dire adieu. Après s’être adaptée à sa nouvelle vie, elle est devenue la femme la plus merveilleuse dont je pouvais rêver. Elle est devenue mon amie, ma confidente et ma partenaire privilégiée.
Elle m'a donné quatre merveilleux enfants, Sékou, Nénette, Yélihan et David. Ils sont tous ici aujourd'hui à mes côtés et essaient d’être à la mesure, à la hauteur du merveilleux héritage qu’elle leur a légué.
MARIAMA fut une épouse et une mère de famille exemplaires
Elle a passé et a sacrifié toute sa vie à élever ses enfants et à me soutenir dans tout ce que j'entreprenais. Son amour pour ses enfants était profond et sans réserve. Elle se délectait de leurs réalisations et souffrait avec leurs peines. Elle appréciait leur compagnie énormément. Ses beaux yeux se mettaient à briller à la simple mention de leurs noms. Elle s'est investie profondément dans leur éducation. Elle a mis notre bien-être, d'abord et avant tout, au-dessus de tout.
Inévitablement, elle est devenue l'élément central, le centre de gravité dans notre vie de famille autour de laquelle tout s'agençait. Elle a permis à notre famille de rester unie comme un bloc de granit. C'est seulement après qu'elle fut certaine, rassurée que chacun d'entre-nous était bien sur les rails, sur orbite dans ce que nous faisions, qu'elle s'est engagée à revenir à l'Université et prendre un poste de bénévole à la Croix-Rouge. A cet égard, son action fut une mission réussie et aboutie.
MARIAMA était l'amour de MA VIE
Mariama m'a toujours fait confiance, même quand il s’agissait de sujets pour lesquels je n'étais pas particulièrement un expert. Elle demandait toujours mon avis et faisait ce que je lui conseillais. Il y avait entre-nous une complicité, un soutien mutuel sans égal. Elle se souciait beaucoup de moi et de mon bien-être. Ce fut une caractéristique constante de notre vie de famille. Elle est allée même jusqu’à changer son propre régime alimentaire, afin de se conformer à celui que les diététiciens avaient prescrit pour moi. S'accommoder à son conjoint fut un esprit de compréhension et de sacrifice incommensurable qui la caractérisait. Sa préoccupation sera toujours gravée dans mon esprit au regard de deux événements majeurs de notre vie de famille :
- Le matin du mercredi 10 Septembre1986, à la naissance de notre premier enfant Sékou, j'étais tellement submergé par l'émotion alors qu'elle était en travail, que les sages-femmes lui ont dit, sur le ton de la plaisanterie : "Tu ferais mieux de faire vite avec ce garçon sinon ton mari va devenir fou ". Elle a donné une dernière forte poussée pour libérer un merveilleux petit garçon.
- Le 22 Janvier 2014 , un autre mercredi, à 17h30 , après que l'équipe médicale de l'hôpital Saint Georges était venue nous annoncer la terrible nouvelle de son état de santé, elle me regarda d’un de ses regards ô combien ! éblouissants : «Tu sais quoi ? Je suis plus préoccupée pour toi que pour moi-même." En toute occasion, elle se souciait davantage de mes enfants et de moi que d’elle-même. Elle a fait tout ce qu'elle pouvait pour chacun de nous. Et plus.
Mariama était un don de Dieu pour notre famille. Elle était un cas d’école sur la façon de faire les choses correctement : comment être une épouse et un partenaire ? Comment être une mère ? Comment être une amie ? Comment être patiente et comment être courageuse ?
LA NOTORIETE DE MARIAMA DEPASSAIT LE CADRE DE NOTRE FAMILLE
Mes enfants et moi avons été surpris par la vague de soutien, la sympathie et la mobilisation qui ont caractérisé les funérailles de Mariama en Guinée, le 20 Avril dernier et le sacrifice du septième jour le 27 Avril. Nous nous rendions compte que Mariama était beaucoup plus que l’épouse et la maman que nous avions vue à la maison. Pour des Guinéens, hommes et femmes, et à sa manière, elle était l'incarnation de la femme fidèle, vertueuse, aimante, dévouée et aimable dont rêvaient certains hommes et que certaines femmes essaient d'imiter. Elle était aussi très sympathique et a toujours été offert un coup de main, d'entraide, de solidarité à ceux qui en avaient besoin.
Parmi les innombrables témoignages que j'ai reçus le mois dernier, je peux vous donner deux exemples de la façon dont elle se souciait, appréhendait, affectait la vie des gens :
- Les habitants de notre village Allasoyah, où elle repose maintenant dans sa dernière demeure sur terre, ont toujours été reconnaissants pour le fait qu'elle ait creusé un puits d'eau potable et librement accessible à nos voisins.
- Avant son décès, elle me rappela une promesse similaire que nous avions faite à nos voisins d’un autre village qui n'ont jamais eu accès à l'eau potable. Je suis allé leur rendre visite avec mes enfants le 28 avril et les travaux de forage de leur puits d’eau vont commencer ce mois-ci, inch ALLAH.
Pour Mariama, l'eau courante est un élément indispensable pour la qualité de la vie, pour les besoins primaires de tout individu. En réalité, toute la perspective, la préoccupation majeure de Mariama visait à aider, à changer la vie des gens de notre communauté. Alors que nous célébrions son 50ème anniversaire en Juin 2013, nous travaillions sur des projets pour aider à améliorer l'éducation des jeunes gens, en particulier les jeunes filles, dans les communautés dont nous sommes tous les deux originaires. Avec l'aide de Dieu, mes enfants et moi avons l'intention de rallumer, d'entretenir et de porter la flamme qui a été si brutalement éteinte.
MARIAMA va nous manquer
Mariama avait un merveilleux sens de l'humour, de la convivialité qu'elle transmettait à nous tous et à toute personne qui entrait en contact avec elle. Quoiqu’elle était une personne intensément privée, son honnêteté, sa bonté et sa profondeur de caractère s’étalaient à la vue de tous. Elle influençait nos vies en famille ainsi que celles de beaucoup de personnes qu'elle a côtoyées.
Mariama était trop jeune pour partir maintenant. Elle a honoré nos vies et celles de nos amis. Prions pour que Mariama puisse être dans la grâce de Dieu le Tout Puissant et pour le repos de son âme ! Amen !
Fassiné Fofana
Londres, 1 juin 2014




















