CONFERENCE DE PRESSE PRESIDENTIELLE : Enfin, Alpha Condé face aux journalistes de son pays !

Qu’est-ce qui a enfin convaincu le président Alpha Condé à se prêter aux questions des journalistes guinéens ? Aurait-il fini par se laisser attendrir par les multiples doléances des médias de son pays ? Ou bien serait-ce une opération en rapport avec les échéances électorales qui arrivent à grands pas ? Rien n’est à exclure. En tous les cas, hier, le chef de l’Etat, après bientôt quatre ans au pouvoir, a accordé la toute première conférence de presse de son premier mandat. Pour la circonstance, il a débattu avec les confrères de l’ensemble des sujets en rapport avec l’actualité du moment. Pour une fois, les piques contre les adversaires ont été plus subtiles.

Une bonne partie de la rencontre qui s’est déroulée au palais Sékoutouréyah a été consacrée à la récente participation du président Alpha Condé au sommet USA-Afrique. Le chef de l’Etat se devait, une nouvelle fois, de justifier sa participation à cette grande rencontre, en dépit du drame de la page de Rogbanè, mais aussi du fait de la flambée à virus Ebola.

Le président Alpha Condé a tout d’abord mis l’occasion à profit pour rappeler qu’il s’y était rendu comme émissaire des pays touchés par le virus. L’objectif étant non seulement de profiter du sommet pour réitérer l’appel en faveur de la mobilisation internationale, mais aussi de rassurer du mieux qu’on peut les investisseurs. Parce que du point de vue du président Alpha Condé, il y a une sorte de panique qui s’est emparée du monde par rapport au virus Ebola. Il fallait, selon lui, effectuer le déplacement sur Washington pour éviter que cette panique n’accentue l’isolement des pays touchés. Et pour lui, le bilan est d’autant plus positif « qu’il est revenu avec la promesse des 200 millions de dollars octroyés par la Banque mondiale ». Pour ce qui est strictement de la Guinée, le chef de l’Etat a indiqué, à titre d’exemple que la Société financière internationale (SFI) s’était engagée en faveur de prise d’actions au sein de certaines sociétés minières guinéennes.

Le président Alpha Condé en a également profité pour revenir sur la stratégie de la Guinée face au virus Ebola. Bien que l’Organisation mondiale de la santé ait recommandé que les pays touchés décrètent l’Etat d’urgence, le chef de l’Etat ne pense pas que ce soit nécessaire dans le contexte guinéen. Mais un état d’urgence sanitaire est en cours. Ce qui revient à renforcer les dispositifs de contrôle et à observer de manière un peu plus rigoureuse les mesures de prévention édictées par les experts. En gros, le président Alpha Condé demeure dans sa logique de toujours, à savoir ne pas faire une communication alarmiste qui ferait fuir les rares investisseurs qui osent demeurer encore en Guinée. C’est à ce prix que le candidat potentiel qu’il est aura des résultats à présenter dans un an. Pour ce challenge-là, les recommandations de l’OMS se doivent d’être adaptées.

Pour le reste, le chef de l’Etat a évoqué la question de l’assainissement de la capitale guinéenne. Globalement, il pense que les approches essayées jusqu’ici ont débouché sur de la « mamaya » (folklore). C’est pourquoi, il a subtilement évoqué un nouveau projet qui non seulement prendrait en compte l’assainissement (nettoyage), mais aussi la question du traitement et de la transformation des ordures en source d’énergie. La seule condition qui serait exigée ce serait qu’EDG achète le combustible qui en résulterait.

Cependant, le président de la République pense que le sabotage expliquerait en partie l’échec des précédentes initiatives. Des personnes téléguidées se chargeraient de déverser les déchets nuitamment sur la chaussée. Flétrissant cette attitude, le chef de l’Etat en a profité pour s’indigner face à ce qu’il assimile à de l’incivisme de la part de certains Guinéens. A titre d’exemple, il cite le projet Kaleta pour la préservation duquel, il aurait été « obligé d’installer trois postes avancés (PA) de gendarmerie. » Dans la même optique, il rappelle « l’attaque contre le siège de la société brésilienne OAS, à l’occasion d’une des nombreuses manifestations relatives à la pénurie du courant. »

Comme il le dit depuis un certain temps, le président Alpha Condé a également saisi l’occasion de cette première conférence de presse pour préciser que « sa préoccupation, loin d’être électoraliste, vise à lutter contre la pauvreté et à poser les bases qui feront que dans 40 ans, les Guinéens auront de quoi être fiers de leur pays. » ; 2015 ne représenterait pas une échéance pour lui. Il indique que s’il avait voulu mener une politique électoraliste, il lui aurait suffi d’accepter certaines propositions que des sociétés minières lui auraient faites. Dans la foulée, il révèle : « Steinmetz m’aurait donné 500 millions de dollars si je l’avais laissé continuer Simandou ». Selon lui, c’est également parce qu’il n’a pas voulu d’une politique électoraliste, qu’il se soucie de l’épaisseur du bitume des routes qui sont faites sous son magistère. Mais il assure vouloir que « quand on a le courant que ce soit définitif et non du courant qui vient et disparait ». Sidya Touré appréciera certainement.

Pour aider les Guinéens à comprendre l’ampleur de l’héritage qui est le sien, le chef de l’Etat promet un débat « libre et franc ». Parce qu’à l’en croire, il faut que l’on sache qui a fait quoi et qui est responsable de quoi dans la situation actuelle du pays ? La question au centre de ce débat sera : « Pourquoi la Guinée, avec tous ses moyens qui font qu’elle était considérée par la France comme pays pilote, est dernière ? ». Le seul problème cependant, c’est qu’il délimite le champ des réponses : « Conté (feu le Général Lansana Conté, NDLR) n’a aucune responsabilité ! ».

Selon lui, au cours de ce même débat, les jeunes de Bambéto et de Cosa sauront pourquoi, avant son arrivée au pouvoir, leurs quartiers n’ont pas eu de routes ou de dispensaires. Ce même débat, comme une sorte de procès à dimension nationale, aiderait également à comprendre pourquoi avant, on faisait 30 minutes entre Kindia et Coyah et 3 heures entre Coyah et Conakry. Cette dernière question n’est pas sans rappeler la réhabilitation du tronçon Conakry-Coyah. Si la préoccupation du président n’est pas 2015, il semble cependant ne pas omettre les détails qui peuvent se révéler déterminants lors des élections prévues dans un an. Cellou Dalein appréciera aussi.

Bien entendu, le chef de l’Etat a été invité à donner son point de vue par rapport au débat actuel sur les changements constitutionnels. Alpha Condé y répond avec toute la prudence requise. Il n’en parlera pas, parce que le débat ne s’est pas encore posé en Guinée. Quand ce sera le cas, « je donnerai mon point de vue », a-t-il indiqué. Cela sous-entend-il que le débat se posera en Guinée ? La question demeure posée, mais elle ne se posera juridiquement qu’après 2020.

Au cours de cette conférence de presse, on a enfin appris des choses qu’on ne savait pas forcément. C’est par exemple que le conseiller juridique du chef de l’Etat lui a été envoyé par la BAD. On ne savait pas non plus qu’Aboubacar Somparé incarne, aux yeux du président de la République, le « nationalisme étroit » de certains Guinéens. Le président Alpha Condé a également révélé que dorénavant « les concours seront corrigés par des étrangers ». C’est là, à ses yeux, un gage de leur crédibilité. Enfin, le président Alpha Condé a indiqué que le fait pour son gouvernement de privilégier la macroéconomie pendant les trois premières années de son mandat, était une obligation du FMI. Ce serait l’exigence en rapport avec le programme formel qui tire vers sa fin.

Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info

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