
Il est reproché au ministre de la santé, le médecin-colonel Remy Lamah, d’avoir menacé de retirer à la localité de Womey son statut de sous-préfecture, son école primaire et son centre de santé. Au cours d’un discours qu’il tenait à N’Zérékoré, il a préconisé ces mesures comme représailles face à l’exécution des membres de la délégation officielle.
Pour sa part, son homologue de la communication, Alhousseine Makanera Kaké, avait laissé entendre que les populations de Womey, ayant par leurs actes, démontré qu’elles ne comprennent que le langage de la violence, c’est ce dernier qu’il faudrait désormais leur tenir. Il avait ajouté que l’armée irait faire de Womey, sa capitale.
Face à l’ampleur que ces sorties ont prise, les deux ministres essaient de se défendre en parlant de ‘’propos sortis de leur contexte’’. Ils sont aidés en cela par ceux qui plaident en faveur d’une circonstance atténuante qui résulterait de ‘’l’émotion dans laquelle les discours ont été tenus’’. Mais les versions audio ayant été diffusées par certains médias, l’argument a tout simplement du mal à passer.
Pour ne rien arranger au sort des deux ministres, aucun soutien ne vient de la part du gouvernement. Certes, dans un premier temps, quelques-uns avaient essayé de s’abriter derrière le fait que l’effectivité des propos en question n’est pas authentifiée. Une ligne de défense qui s’est écroulée depuis. La tentative de sauvetage devenant de plus en plus périlleuse, le président Alpha Condé lui-même se démarque des discours.
En effet, au cours de sa conférence de presse du vendredi dernier, le chef de l’Etat a déclaré : « Nous n’allons plus accepter qu’au moment où toute la nation doit se mobiliser pour faire face à cette maladie (Ebola, NDLR) qui menace notre existence, que des gens tiennent des discours qui sont contraires à la constitution. Là, c’est valable pour tout le monde. Nous n’avons jamais poursuivi quelqu’un ici. Mais désormais, qu’on soit ministre, journaliste ou homme politique, quiconque se permettra de tenir des propos pour mettre le feu en Guinée ou diviser les ethnies, sera arrêté. Que cela soit très clair pour tout le monde !»
Dans ce passage de son second rendez-vous avec la presse guinéenne, le président Alpha Condé se garde bien de jeter ses deux ministres en pâture, de manière flagrante. Mais pour une fois, on comprend que les piques ne sont pas que pour ses adversaires. C’est sa façon à lui de dire qu’il n’approuve pas tout ce qui aura été dit ces derniers temps. Il n’est certainement pas évident qu’il tienne parole quant à la poursuite judiciaire des auteurs des gaffes dans son équipe gouvernementale. Mais il aura tout de même eu le mérite de se démarquer de ce que le médecin-colonel Remy Lamah et Alhousseine Makanéra Kaké ont dit à N’Zérékoré.
Encouragé par ce subtil recadrage présidentiel, le porte-parole du gouvernement, Damantang Albert Camara, lui aussi, usant de tact et de diplomatie, se démarque des propos tenus par ses deux collègues. Ne voulant pas, lui non plus, en rajouter à la gêne et à l’agacement qui doivent animer les deux ministres mis en cause, il invite ‘’à ne pas faire de l’amalgame’’. Certes, il y a eu une tragédie aussi regrettable qu’inacceptable. Mais pour autant, semble-t-il vouloir dire, il convient de laisser le soin à la justice de faire son travail avec lucidité. Pour notamment éviter des généralisations et des raccourcis qui pourraient provoquer plus de problèmes que celui que l’on tente de résoudre.
Pivi Bilivogui pour GuineeConakry.info




















