
En plus de la dénonciation des comportements répréhensibles des enseignants, on est tenté d'excaver les causes dudit problème. Il est certain que les racines sont enfouies dans le marasme qui embourbe la Guinée; car en réalité, la grève des enseignants n'est que la partie visible d'un cercle vicieux socio-économique dans lequel la Guinée gravite.
LE CERCLE VICIEUX
Dans le cas des enseignants, le cercle vicieux se déroule en six phases consécutives: (1)les enseignants constatent la baisse de leur pouvoir d'achat, suite à la hausse de prix des denrées de base ; (2) ils protestent pour une augmentation ; (3) le gouvernement cède et recours à la planche à billet, sous leur pression,; (4) La masse fiduciaire en circulation s'accroît; (5) Le taux d'inflation s'amplifie et implicitement la hausse des prix des denrées ; (6) les enseignants constatent à nouveau la baisse de leur pouvoir d'achat et ils entrent en grève; et le cycle redémarre'.
Comme on le dit en « Systems Thinking », selon le principe du vecteur d'induction circulaire, ce qui est la cause initiale du problème devient son effet à un point ; Puis au-delà de ce point, il en redevient la cause ; et le cercle devient de plus en plus vicieux ou vertueux parce que dynamisé par une transmission dont la progression passe rapidement de la vitesse arithmétique à celle géométrique. Dans le cadre social, à une phase donnée de l'existence du cercle il devient difficile de distinguer les effets des causes et d'en situer les responsabilités.
RESPONSABILITES
Il faut reconnaître que le mal guinéen n'a pas commencé sous le régime actuel. Il remonte depuis l'époque coloniale où les facteurs de productions n'étaient pas orientés dans le sens d'un développement national fondamental mais plutôt dans les intérêts de l'ex- métropole. A cela, il faut ajouter les handicapes résultants du passage, sans transition, du statut de pays colonisé à celui d'état indépendant. Il y a aussi cette période post-indépendance marquée par un âpre et subtil combat entre le clan du P.D.G et les autres cadres du B.A.G, notamment ; Ce conflit interne a abouti à la perte de ressources humaines et matérielles. Il a aussi engendré une psychose nationale dont les réverbérations demeurent encore. Il y a aussi l'effet des différents plans de développement sous la première République, mal adaptés aux données socio-économiques de la Guinée'
En outre, de nos jours la gestion d'un pays devient de plus en plus compliquée: d'une part, les citoyens sont de mieux en mieux informés de manière plus uniforme qu'il y a 50 ans; ils deviennent de plus en plus exigeants'. D'autre part, les relations internationales sont assujetties à de nouvelles règles, depuis notamment la chute du mur de Berlin, en 1990.
Cependant, la responsabilité du pouvoir actuel réside en son obstination de vouloir assumer la direction du pays lorsque ses limites dans le management national sont clairement établies. Après 21 ans d'exercice, il est de plus en plus évident que l ‘actuel régime est au soir du pouvoir. Les multiples signes symptomatiques sont entre autres: La maladie de plus en plus prononcée de l'actuel chef d'état ; L'incapacité évidente du régime de mettre en place une politique efficace de production agricole ; L'échec de sa politique d'électrification du pays, largement prouvé par le fiasco du projet Garafiri ; La haute corruption dans les sphères publiques' Certes qu'il y a des ministres compétents dans l'administration guinéenne mais un gouvernement ne vaut largement que ce que vaut son leader et son équipe de direction. Dans la plus part des cas, les ministres se trouvent simplement en charge de l'exécution de programmes, sans véritable pouvoir de décision.
Crise de Leadership
Réitérons que la crise des enseignants est la subtile révélation de la spirale de crise intégrale dans laquelle l'Etat guinéen est enferré. IL est à noter que l'aggravation de la situation résulte évidemment de notre leadership national, qui est devenu anachronique.
PROPOSITION DE SOLUTIONS ET MESURES CORRECTIVES
La solution momentanée de la crise consisterait en la revalorisation du salaire des enseignants, du point d'indice 183 à 238. Mais la solution pérenne réside au renforcement de notre monnaie à travers le réaménagement de notre économie nationale par, entre autres:
Le Développement de notre production nationale
Le gouvernement guinéen devrait mettre en place un programme de production agro-économique. Pour ce faire, Le pays dispose de ressources naturelles et humaines adéquates.
Pour mémoire, au temps colonial, il y avait une spécialisation des régions naturelles en matière de production agricole: Le Sud-Guinée s'occupait de production de café et d'huile de palme etc. La haute Guinée pratiquait la riziculture avec un large succès. La Moyenne Guinée s'occupait principalement d'élevage. La Basse Guinée était axée sur la riziculture, production de banane et d'ananas '
L'équilibre de notre balance commerciale
Il nous faut un programme de marketing international visant à équilibrer notre balance commerciale, par voie de vente de nos produits à l'étranger. L'avantage d'une monnaie faible, comme le Franc guinéen, réside dans l'exportation ; les produits guinéens devant logiquement être compétitifs du point de vue qualité/prix.
La diversification et la valorisation de nos exportations
Il nous faut diversifier et valoriser nos exportations. Ce ferait par l'adjonction de nouveaux produits à la bauxite, l'or et le diamant ou par le rehaussement de nos productions actuelles. Nous pourrions par exemple passer de la bauxite à la production de l'alumine ; des pierres brutes aux diamants taillés. Ces approches contribueraient au relèvement de nos infrastructures de productions, à la création d'emplois et à l'ajout de plus-values à nos produits exportés.
L'Electrification et la Construction de Voies de Communication
Il est de toute évidence que le développement ne prend effet qu'avec l'essor de l'électricité et des voies de communication: L'électrification permet l'utilisation de machines ; la mécanisation hausse la productivité ; celle-ci génère l'économie d'échelle et ses corollaires tel que notamment la baisse de coûts. Les voies de communications (terrestre, aérien et maritime) assurent le mouvement des biens le long des circuits de production et de distribution. Le téléphone, le fax et l'Internet améliorent la qualité des services se rapportant à la production.
La réduction de la consommation de produits importés
Le gouvernement, actuel ou futur, devra concevoir un programme de marketing socio-économique visant à la création d'habitudes alimentaires qui donnent une place particulière à la consommation de produits locaux tel que la pomme de terre du Foutah ; les bananes-plantains et manioc du Sud-Guinée ; L'igname de la Haute Guinée, et le riz de la Basse Guinée etc. Si par exemple, nous passons de sept à cinq repas à base de riz par semaine, cela équivaudrait à une baisse de 28% au moins! Vu sous l'angle macroéconomique, cela se traduirait par une réduction de 28 milles tonnes sur cent mille tonnes de riz importé! Ceci diminuerait dans une certaine mesure la demande de devises nécessaires pour l'importation de cette quantité de riz ; Une telle politique de consommation influencerait le cours des devises et contribuerait au renforcement de notre monnaie. En plus, la substitution de produits nationaux tel que l'igname ou le taro au riz importé permettrait d'enrichir nos planteurs.
L'Assainissement des Finances Publiques:
Quel que soit le taux de hausse de notre production, il faudrait absolument assainir nos finances publiques, entre autres, par:
- La lutte contre le détournement des deniers publics
- La gestion des taxes et recettes douanières ;
- La gestion des revenus des entreprises d'Etat ; et,
- La gestion rigoureuse des devises de la Banque Centrale.
La libéralisation de la presse privée
Dans les pays à démocratie naissante, la presse privée joue un rôle primordial dans la lutte contre la corruption. Wolfenson, président de la Banque Mondiale déclare: "Plus la presse privée est libre, plus la corruption est contrôlée; et mieux les ressources économiques sont allouées aux programmes prioritaires de développement". Le gouvernement doit libérer la presse privée afin que celle-ci joue son rôle de surveillant des acteurs politiques nationaux.
DU BESOIN D'UN NOUVEAU LEADERSHIP
Cependant, pour planifier, organiser, exécuter et contrôler une telle politique de redressement socio-économique, la Guinée a besoin d'un leader qui sera à la fois charismatique, patriote, et déterminé. Il devra posséder l'intelligence émotionnelle pour motiver et rassembler les Guinéens autour du programme de redressement ; Il devra être un patriote pour oeuvrer dans l'intérêt supérieur de la Guinée, même au prix de ses gains personnels. Enfin, il devra être déterminé pour suivre sans relâche cette mission historique qu'il aurait initiée.
La Guinée, reconnaissons-le, est gravement affligée par une multitude de maux socio-économiques. Il lui faut une puissante thérapeutique pour sa renaissance. Mais pour ce faire, Notre pays a besoin d'un leadership aux capacités exceptionnelles.
Akoï II Sovogui
30 novembre 2005
Sovogui@aol.com




















