
Depuis son élection le 7 novembre 2010, le président Alpha Condé n’a pas une seule fois accordé la moindre interview à un journaliste de son pays, que ce soit dans un cadre collectif ou individuel. Cela commence à devenir un record qui gêne même jusqu’à la présidente du CNC...
En plus de ces insuffisances, la présidente du CNC, comme si elle se faisait l’avocate des médias guinéens, a sollicité du chef de l’Etat pour davantage de communication. Une critique subtilement osée que le président a tout aussi subtilement admise.
C’est ainsi que Martine Condé dont on sait qu’elle n’est pas indulgente à l’égard des médias guinéens, vient de transmettre au chef de l’Etat, les doléances de la presse de son pays a souhaité que le président Alpha Condé améliore sa communication. C’était à l’occasion de la présentation des vœux de nouvel an et après qu’elle ait méthodiquement décliné toutes les tares des journalistes guinéens.
C’est comme si elle a voulu dire : "malgré toutes ces insuffisances, vous devez les accepter". En fait, la présidente du CNC n’a pas voulu ouvertement dire qu’elle portait ainsi la revendication principale des médias guinéens à l’attention du chef de l’Etat. Mais à y voir cela de près, il s’agit bien du climat de désamour entre le président Alpha Condé et la presse dans son pays. Autrement, on sait que le chef de l’Etat communique suffisamment via les média étrangers.
Stratège, Martine Condé a présenté la chose sous forme de doléances. En guise d’élément manquant au bilan fort élogieux du chef de l’Etat. C’est ainsi que Martine Condé a délicatement lancé en direction du président Alpha Condé : « il serait souhaitable que vous amélioriez votre communication avec la population et aussi avec les media ». S’empressant d’ajouter aussitôt pour rendre la pilule moins amère : « Une bonne communication de votre part ne pourra que redonner confiance à ce peuple si longtemps meurtri car la bonne communication est synonyme de paix et de réconciliation ».
Plus loin, en déclarant à l’intention du président Alpha Condé « la haine et la pauvreté ne sauront être la rampe de lancement du développement durable que vous souhaitez tant pour la Guinée », Martine Condé évoque également avec une prudence mesurée les risques qui peuvent être liés à une absence ou à une mauvaise communication de la part du chef de l’Etat.
La formule ayant été soigneusement choisie, le chef de l’Etat ne s’offusque point. Au contraire, bien que s’étant vertement pris notamment à nos confrères de la RTG, Alpha Condé concède : « Je ne communique pas, c’est vrai (…) Le gouvernement ne communique pas ». Selon lui, la communication passait au second plan, après « le souci de sortir la Guinée du carcan qui l’empêchait de voler : la dette extérieure ». Soit...
Maintenant que cet objectif prioritaire est atteint, le chef de l’Etat se prêtera-t-il aux questions des journalistes de son pays ?
Il faudra attendre de voir pour juger. Car par le passé, Alpha Condé avait déjà, à la faveur d’un des séjours de Tony Blair en Guinée, promis de se réconcilier avec la presse nationale. Ce qui n’est pas encore fait.
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















