Comment l'opposition a perdu?

18 décembre 2005. Le PUP, parti au pouvoir depuis 1993 rafle la quasi-totalité des communes et CRD du pays après les premières élections communales et communautaires avec les bulletins uniques et les urnes transparentes. Résultats évidemment contestés par les opposants au régime alors que le pouvoir lui clame haut et fort sa victoire synonyme de sa puissance sur le territoire national. Que s'est-il passé au cours de ces élections qui ont mis l'opposition en boule? Il y a-t-il eu réellement fraude ou l'expression d'un rat-le-bol des populations fatiguées de l'inconscience des opposants? Voilà la question qui préoccupe bon nombre d'observateurs après la proclamation des résultats la semaine dernière.

Loin des passions, essayons d'analyser ces résultats qui ont « dérouté » l'opposition qui croit comme fer à sa force et à sa popularité et qui font jaser le camp Lansana conté de sa «suprématie ».

L'inconscience des opposants

Nous l'avons mainte fois dénoncée et plusieurs fois insisté sur ce péché mignon des opposants au régime conté. L'opposition guinéenne, il faut le dire et sans le risque de se tromper, ne s'entend qu'en temps normal. Mais, à l'approche d'une échéance électorale ; c'est le chaos. C'est le moment que chaque leader trouve pour affirmer sa puissance et sa suprématie sur les autres. Certains versatiles qu'ils sont, profitent souvent du temps mort pour aller manger à la soupe du pouvoir en lui faisant la cour dans l'intention de dénigrer les auteurs qui « refusent de rentrer dans la république ». Comment une opposition qui veut faire éclater le pouvoir aussi si puissant comme celui du Général Lansana Conté, peut-elle naller en une élection en rang dispersé? Comment une opposition si pauvre comme celle que nous avons peut-elle accepter de disperser ses forces?

Nos opposants se sont affaiblis depuis belle lurette. Suivez! Les incessants claquements de porte et virements du Doyen Bâ Mamadou de 1993 à 2005, les multiples faux bonds de l'éloquent jean-Marie Doré à ses amis de l'opposition ; l'orgueil méprisant et les longues absences du pays du charismatique leader du RPG Alpha Condé très sûr de lui, méprise tout le monde y compris ses propres militaires. Pour lui, le pouvoir ne s'obtient qu'à partir de l'extérieur et qu'il suffit d'un claquement de doigt pour faire partir le Président Lansana Conté et son gouvernement. Quelle erreur d'appréciation d'un leader politique de la classe du Pr. ALPHA Condé! N'oublions pas aussi la faible connaissance et appréciation de Sidya Touré du paysage politique guinéen. Voilà quelqu'un qui s'est lancé sur un terrain glissant sans s'armer d'une paire de chaussure adaptée. Entré dans la politique par une porte ou grandement ouverte, il se fait rapidement entourer et phagocyter par une cohorte d'anciens cadres du régime, mécontents et revanchards qui se sont précipités au seuil de sa porte pour regagner l'espoir perdu. Paumés comme rats d'Eglise, ils ont tous croisés les bras pour regarder Sidya dilapider ses sous.

Le pauvre, il avait foi à sa popularité. Son entourage l'empêche d'abord de composer avec la vieille opposition qu'il a trouvée sur terrain. Il prend ses distances dès le départ avant de réaliser ensuite que le plateau politique ne rime pas avec le soliste. Il entre alors dans la « grande maison » de l'opposition, mais avec beaucoup de méfiance. Le nouveau! il crée la peur et la démobilisation au sein des partis politiques. Bonjours le chaos dans le rang d'une opposition déjà fragilisée par les querelles des personnes. Le combat du leadership s'engage. Ce combat de leadership va faire « éclater » la classe politique en morceau: Doré et son frère Tolno se sombattent dans la Forêt au sommet du mont Nimba. Bâ Mamadou avant le décès brutal de son petit frère Siradiou Diallo avait réussi à morceler le Fouta. Aujourd'hui, c'est un peuple désorienté qui ne croit plus à l'opposition mais plutôt au pouvoir parce que fatigué de la guéguerre de ses fils opposants.

Entre-temps, la savane brûle sous les « coups de gueule » entre Alpha Condé et l'ancien Premier Ministre Sidya Touré. Alpha qui se croit sur un terrain conquis en Haute Guinée voit d'un mauvais oeil l'instruction de Sidya dans l'arène politique.

Ainsi, l'opposition au lieu de s'unir pour aller rangs serés face à la machine PUP, se fait la guerre en laissant libre voie au pouvoir. Comment avec une telle réalité peut-on aujourd'hui crier «fraude, mascarade, vol, ruse »? De qui veut-on se moquer? Alors si l'opposition a perdu, elle doit son échec à son inconstance et sa division interne.

Objectif premier du pouvoir dégonflé Sidya et l'UFR

Sidya et les responsables de l'UFR le savaient. Leur arrivée sur la scène politique a été perçue copmme « une provocation ». Et le Général Lansan Conté le disait dans l'un de ses discours au palis du peuple, que jamais de son vivant « ces gens-là ne gouverneront pas en Guinée ». Sidya qui a fréquenté un moment Conté le savait mieux que quiconque. Mais, il s'est jeté dans la politique avec une forte conviction qu'il dérangera l'ordre établi. Sûr sa popularité, il marquait le pouvoir en criant sur tous les toits que c'est lui, l'homme qu'il faut pour « mettre de l'ordre dans la maison guinéenne ». Quelle audace!

En face, on est choqué d'entendre de telles déclarations qui frisent « l'offense et la moquerie ». Alors, il faut le freiner avant qu'il ne soit trop tard. D'où la mise en route d'une machine à brover et à griller carte l'UFR. Tout est donc mis en place pour « dégonfler » et décourager l'homme. Sinon, comment peut-on arracher Boké et Kolo de l'UFR? Cette défaite sur la terre de ses aïeux, est une gifle comme le dit un responsable politique de PUP « pour emmener Sidya à avoir les pieds sur terre ». Et cela, Sidya doit demander à Charles pascal Tolno, l'autre ancien ministre de Conté aujourd'hui opposant au régime qu'il a servi avec abnégation et zèle. Conté ne l'a jamais pardonné. C'est la politique. Pas d'état d'âme. Il faut asphyxier l'adversaire surtout quand c'est un ancien partenaire qui veut t'humilier.

Réaffirmer sa position sur le pays

Il faut plaire aux bailleurs de fonds. Prouver aux yeux de tous qu'on a toujours la situation en main. Se donner le courage et l'espoir de tenir devant la crise économique qui est ressentie par tout le monde. Se remettre dans le cœur des citoyens et continuer à diriger les affaires. Voilà l'objectif principal de cette victoire.

 

Louis Espérant CELESTIN

 

PHOTO: (C) du site www.africatime.com

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