COLLOQUE ALGER: La contribution de la Guinée aux luttes armées de libération nationale en Afrique

Le professeur Aly Gilbert Iffono, Ancien ministre de la culture et des loisirs, participe au colloque panafricain d'Alger, avec le thème des luttes de libération nationales en Afrique. Il développe ce mtin pour l'ensemble des conférenciers invités le role historique de la Guinée...

I. Contexte historique de l’indépendance guinéenneL’après Seconde Guerre Mondiale est marqué par une forte aspiration des peuples colonisés à la liberté, la justice et la dignité humaine. Les principales sources d’inspiration furent  à l’époque, la signature de la Charte de l’Atlantique par les deux puissances victorieuses de la Guerre 39/45 proclamant la liberté des peuples à disposer d’eux-mêmes, la victoire des alliées sur le fascisme et le nazisme, l’accession à l’indépendance de plusieurs pays d’Asie et d’Afrique du Nord,  la défaite humiliante de la France à Dien Bien Phu, le déclenchement de la guerre de libération en Algérie, etc.  En Afrique, à partir de 1945, la lutte pour la souveraineté politique revêtit diverses formes.

Fondamentalement celle-ci reposait sur la forme non violente, essentiellement fondée sur une stratégie d’organisation et de mobilisation politique des masses  populaires et la forme violente basée sur une stratégie de la lutte armée. En Guinée, c’est la forme non violente qui prévalut. Les partis politiques, les syndicats des travailleurs, les mouvements associatifs de jeunes ou d’étudiants ont favorisé l’éveil politique et organisé la lutte. Celle-ci, bien que souvent entravée par les administrations locales, obtiendra cependant des victoires substantielles dans la mesure où elle contraignit la puissance colonisatrice à concéder des réformes susceptibles à ses yeux d’assurer la survie du système colonial en limitant la prolifération des contestations armées déjà en cours dans certains colonies, notamment en Indochine et en Algérie. Peine perdue car la Guinée parvint à exploiter judicieusement les faiblesses de ces reformes en faisant une autre lecture, celle-là même qui correspondait à l’option du Rassemblement Démocratique Africain (RDA). Il s’agissait de se débarrasser, dès que possible, de toute entrave à la promotion humaine et organiser politiquement le peuple à assumer ses responsabilités historiques. Cette mission qui consistait à conquérir l’indépendance dans un cadre fédéral fut comprise et mise en œuvre très tôt par le Parti Démocratique de Guinée (PDG) dont Sékou Touré était le leader, rallié par d’autres formations politiques.
 Animé par une farouche détermination à contribuer à l’accession à l’indépendance de tous les Africains et par la conviction qu’une telle entreprise était à leur portée, le leader guinéen ne pouvait rester indifférent à l’exploitation et à l’oppression coloniales des masses laborieuses des autres territoires coloniaux car «l’amour que Sékou Touré avait pour l’Afrique était un amour tyrannique», dira le Président Léopold Sédar Senghor. 


 
Ainsi, patiemment mais sûrement, Sékou Touré à travers l’action du Parti Démocratique de Guinée, préparait son pays à jouer un rôle de premier plan dans la lutte pour l’émancipation des peuples épris de paix et de justice. Cette lutte, il la voulait concertée pour un résultat fédérateur, toute chose qui l’opposa à certains leaders africains partisans de l’anti-fédéralisme.  Comme on peut le constater, c’est avec une certaine dose d’expérience que la Guinée accéda à l’indépendance arrachée du fond des urnes le 28 septembre 1958, ce qui ne réduit aucunement la porté politique et historique de son acte parce que «…si la guerre n’a pas eu lieu, c’est que la mobilisation du peuple de Guinée par Sékou Touré l’a rendue inutile», note Aimé Césaire. (1)  En «préférant la liberté dans la pauvreté, à l’opulence dans l’esclavage», la Guinée ouvrait ainsi la voie certes périlleuse mais honorable à l’indépendance des pays africains. « Le choix guinéen est celui de l’honneur et de la dignité, celui qui s’inscrit dans le sens de l’histoire », écrit Ismaël Barry. (2) Ce choix était d’autant juste et bon qu’il allait s’avérer en moins de deux ans comme la brèche fatale ouverte dans l’édifice du système colonial français en Afrique. Il s’en suit en 1960, une avalanche d’indépendances de pays africains tant francophones qu’anglophones. C’était véritablement l’amorce de la dislocation de l’empire colonial français en Afrique au Sud du Sahara, car sur 15 colonies ouest africaines, 11 avaient reconquis leur souveraineté politique. Désormais la tentation à réclamer leur indépendance est de plus en plus grande chez les autres peuples africains qui en étaient encore privés. Mais qu’allait alors faire la Guinée indépendante et souveraine pour les autres peuples encore sous domination coloniale ?  Déjà dans le préambule de sa Constitution, la République de Guinée exprimait «la volonté de l’Etat de Guinée de tout mettre en œuvre pour réaliser et consolider l’unité dans l’indépendance de la patrie africaine.» (3)

Aussi, déclarait Sékou Touré, commentant le texte de la première constitution : «Notre constitution place le problème de l’unité africaine sur la seule plateforme de l’indépendance africaine, car tant que souverainement les peuples africains ne peuvent agir, la division contre laquelle ils protestent demeurera.» (4)


C’est donc en toute logique que la Guinée devait s’engager à soutenir les mouvements et luttes armées de libération en Afrique, surtout que la lutte anti-coloniale qu’elle a entreprise et réussie a montré les limites de tout système politique fondé sur la violence et l’arbitraire. «A travers les luttes de libération menées par les peuples sous domination étrangère, l’acte d’indépendance de la Guinée s’inscrit comme une phase majeure du combat anti-colonialiste et anti-impérialiste de l’Afrique.» dira Sékou Touré. (5)

Le rôle diplomatique que la Guinée a joué au sein des organisations internationales traduisait dans la constance et la sincérité sa volonté de se mettre au service de tous ceux qui luttent pour leur indépendance. Ainsi à l’ONU, Diallo Telly ne s’est pas départi de cet idéal, tant et si bien qu’il fut porté à la tête du comité de libération de l’Afrique, poste nouvellement créé. Plus tard, c’est sa compatriote Madame Jeanne Martin Cissé qui s’illustrera comme première femme Présidente du Conseil de Sécurité.
 Au niveau de l’Afrique, la position engagée de la Guinée fut reconnue comme porteuse d’espoir pour les peuples en lutte, parce que sa détermination ne laissait aucune place à la langue de bois dans les débats intéressant l’avenir du continent. Toutes choses qui lui valurent la confiance de toute l’Afrique qui n’hésita pas à la porter à la tête des premières organisations continentales, souvent pour des mandats renouvelés. Ainsi, l’OUA, la Panafricaine de la jeunesse, la Panafricaine de femmes, la Panafricaine des travailleurs (OSUA) et la Panafricaine des écrivains firent leur premiers pas sous la houlette de cadres guinéens qui ont apporté la modeste contribution du peuple de Guinée à la gestion des problèmes africains dont celui crucial des mouvements et les luttes armées de libération nationale.  Cet environnement, comme on pouvait l’imaginer, redonna plus de confiance aux maquisards et les foyers de contestation dont la plupart évoluaient encore dans la clandestinité vont se révélés au grand jour et se propager un peu partout en Afrique. Des leaders fermement convaincus que le combat pouvait être gagné, parce que la Guinée en a donné la preuve, multipliaient les initiatives.

La Guinée qui, bien avant son indépendance exhortait les peuples africains à l’unité d’action dans la lutte contre la domination étrangère, ne pouvait en toute logique qu’accompagner ceux qui avaient emprunté le long, difficile mais honorable chemin de la reconquête de la liberté. «Le peuple et le gouvernement de la République de Guinée sont déterminés, totalement déterminés à assumer coûte que coûte leur devoir historique en aidant par tous les moyens à libérer les peuples d’Afrique encore colonisés, car la liberté guinéenne perdrait toute sa signification et sa portée si elle devait se restreindre à ses limites territoriales», déclarait le Président Sékou Touré. (6) C’est ainsi qu’avec ses maigres moyens mais surtout avec son expérience et sa volonté panafricaniste, la République de Guinée prit une part active à tous les mouvements et luttes armées de libération nationale déclenchées sur le continent africain.

II. Contribution de la Guinée aux mouvements de libération nationale en Afrique
1/ La Guinée et la lutte anticoloniale en Algérie

Déjà, bien avant son indépendance, la juste lutte de libération du peuple algérien (1954-1962) a retenu l’attention de la Guinée non seulement en tant que source d’inspiration mais aussi en tant qu’opportunité pour concrétiser ses idéaux panafricanistes. En effet, en mars 1957, Sékou Touré, inscrivait l’indépendance algérienne comme une exigence des peuples africains dans son programme de campagne pour les élections territoriales. Il invita à cette occasion les candidats de son parti, à dénoncer fermement l’attitude de la France et à réaffirmer leur soutien indéfectible au peuple algérien en lutte. Plus tard, à son 4ème Congrès, tenu à Conakry du 5 au 8 juin 1958, le Parti Démocratique de Guinée exigea de façon explicite dans ses résolutions, la reconnaissance du droit à l’indépendance du peuple algérien.

Ce soutien a été réaffirmé et poursuivi après l’accession à l’indépendance du pays en 1958. Désormais membre de l’organisation des Nations Unies, la République de Guinée devint un des grands défenseurs du dossier algérien devant les instances internationales. Cette détermination et cette constance dans l’appui à tous ceux qui souffrent sous le poids du colonialisme, traduisaient la solidarité exigée de tous les peuples africains qui ont déjà goûté aux fruits de la liberté.
 Très courageux pour ne pas dire téméraire, Sékou Touré ne ratait aucune occasion pour dénoncer frontalement le refus obstiné du gouvernement français d’accorder l’indépendance au peuple algérien. Il fit de la solution du problème algérien le préalable à toute coopération avec le gouvernement français. Ainsi, soutenu et encouragée par les forces progressistes à travers le monde, la lutte anti-colonialiste menée avec opiniâtreté par le FLNA et le GPRA dont les armes en provenance de l’URSS débarquaient au port de Conakry avant d’être acheminés sur l’Algérie via le Mali, remporta la victoire en 1962. Aussi faut-il noter que nombreux sont les combattants du FLNA qui obtenu des passeports diplomatiques guinéens pour leurs déplacements à l’étranger.

C’est non sans raison qu’un haut responsable algérien fit la prémonition suivante: «Illustrant la solidarité africaine forgée dans la lutte contre le colonialisme, le gouvernement de la République de Guinée concrétise les lignes directrices qui inspirent notre action et préfigurent les liens d’étroite collaboration qui doivent exister entre les nouveaux Etats indépendants d’Afrique. Les hommes d’Afrique, parce que la Guinée indépendante existe, pourront très rapidement comparer leur sort à celui de leurs frères d’hier, mis en esclavage par le colonialisme français.

C’est de la Guinée, tête de pont de la liberté que partiront toutes les vagues qui anéantiront la domination française en Afrique Noire.» (7)

2/ La Guinée et la crise congolaise (Zaïre)

La crise congolaise procédait de l’une des plus douloureuses entreprises de décolonisation sur le continent africain. Elle donna naissance à partir de 1958 à de nombreux mouvements nationalistes irrésistiblement dressés contre le colonialisme belge. Il y avait entre autres le Mouvement National Congolais (MNC) de Patrice Lumumba qui revendiquait l’indépendance immédiate du Congo. La pertinence du programme de ce mouvement lui a valu d’être porté à la tête de la lutte de tout le peuple congolais pour l’indépendance. Déstabilisé par l’insurrection des gendarmes Katangais, Lumumba sollicita le soutien des forces progressistes de par le monde.

De nombreux pays dont la Guinée intervinrent sous la couleur des casques bleus de l’ONU. Mais la suite de l’opération ne fut pas heureuse. Non seulement Lumumba trouva la mort mais le Secrétaire Général des nations Unies lui-même fut tué dans un accident d’avion.  Quant aux militaires guinéens, nombreux y perdirent la vie.

3/ La Guinée et la lutte de libération en Guinée Bissau et Iles du Cap
Vert

L’implication de la République de Guinée en Guinée Bissau et Iles du Cap vert obéissait à un certain nombre de contraintes dont entre autres :
-         La République de Guinée qui partage des frontières avec la Guinée Bissau avait intérêt à aider à mettre un terme à toute tentative de déstabilisation de ce  voisin.-         Au nom du devoir internationaliste invitant à une solidarité avec les peuples en lutte pour leur indépendance auquel elle a souscrit, la Guinée ne pouvait pas ne pas intervenir en Guinée Bissau.-       


Enfin, les liens d’amitié entre Sékou Touré et Amilcar Cabral, deux nationalistes qui s’abreuvaient à la même idéologie, expliqueraient le soutien apporté à la Guinée Bissau.
 La lutte de libération nationale en Guinée Bissau et Iles du cap vert concernait donc au plus haut point la République de Guinée. Ainsi, pour des raisons d’efficacité et surtout de sécurité, Amilcar Cabral, Secrétaire général du PAIGC décida avec l’accord du gouvernement guinéen, du transfert des installations du parti à Conakry. Immédiatement des contingents furent mis à la disposition de l’Etat Major du PAIGC ainsi que des locaux pour servir de base arrière. Aussi, la Guinée offrit-elle au PAIGC un important temps d’antenne sur sa radiodiffusion nationale pour diffuser quotidiennement les messages du parti en vue de la sensibilisation politique et idéologique des populations, surtout dans les zones libérées. Par la suite, elle permit l’installation d’une station de radiodiffusion du PAIGC dans un quartier de Conakry d’où celui-ci arrosait 24 heures sur 24 toute la Guinée Bissau et les Iles du Cap vert de la propagande du parti. A cela il faut ajouter l’apport de l’Imprimerie nationale dans la production et la diffusion en langue Portugaise des supports destinés à l’information et à la formation des militants et combattants du parti. Il est à signaler que l’avant dernier Président de la Guinée, Lansana Conté aujourd’hui décédé, avait personnellement conduit des troupes dans les maquis de Guinée Bissau où il a laissé les souvenirs d’un grand militaire.

Après l’accession de ce pays à l’indépendance, la République de Guinée préféra dégarnir ses propres services pour envoyer des techniciens, des enseignants des médecins, des agronomes pour aider le jeune Etat à démarrer la reconstruction du pays. Ces experts avaient comme traitement, l’équivalent de ce qu’ils percevaient chez eux en Guinée.
 Comme il fallait s’y attendre, ce soutien à la Guinée Bissau valut à la R. de Guinée d’être victime d’une agression militaire perpétrée contre elle par le Portugal et alliés. Les pertes en vies et des dégâts matériels furent très importants. Interrogé par une commission d’enquête de l’ONU sur la nature de la réparation que la Guinée attendait des agresseurs, le leader guinéen déclara : «La République de Guinée demande à l’ONU, en compensation des pertes subies, de favoriser l’accession de tous les peuples encore sous domination coloniale à l’indépendance.» (8)  

4/ La Guinée et la lutte pour l’indépendance du peuple angolais

Dès le déclenchement de la lutte armée, Holden Roberto, fut le premier réfugié politique angolais à obtenir l’asile politique en Guinée où il lui est offert un passeport diplomatique guinéen pour faciliter ses déplacements. Plus tard, le Mouvement Populaire de Libération de l’Angola (MPLA), issu de la fusion de plusieurs mouvements prend la direction de la lutte armée de libération nationale et conduit le pays à l’indépendance le 15 novembre 1975.
 Le gouvernement de la République de Guinée, au nom de la solidarité africaine, intervint militairement aux côtés des Forces Armées Populaires de Libération de l’Angola (FAPLA), branche armée du MPLA.

De nombreux militaires guinéens prirent part aux différentes opérations de guérilla pendant plusieurs années. A propos, Agustino Neto, responsable du MPLA, reconnaît que « grâce aux décisions du Parti Démocratique de Guinée et du Président Sékou Touré exprimant la volonté du peuple de Guinée, il y a des soldats guinéens qui se battent à nos côtés contre les mercenaires venus d’Afrique du Sud.» (9) 
 

Nombreux y perdirent la vie et d’autres sont revenus avec des infirmités irréversibles.
Il faut noter que le soutien guinéen au MPLA était total, dans la mesure où les soldats sont allés au front angolais munis  de leur nourriture, leur armement, leurs munitions et produits pharmaceutiques, leurs tenues militaires, la logistique et autres pièces de rechange.   Il faut rappeler qu’à partir de septembre 1975, à la faveur de la mobilisation internationale des forces progressistes en soutien à la lutte du peuple angolais pour son indépendance, la République de Guinée n’hésita à mettre à disposition son espace aérien pour servir de transit aux avions militaires soviétiques et cubains à destination de Louanda. La guerre d’Angola constitua le plus fort soutien international jamais accordé à une guerre de libération nationale en Afrique. 

5/ La Guinée et la lutte de libération au Mozambique

Comme en Angola, il y avait au départ plusieurs mouvements de libération en activité au Mozambique. A partir de 1962, il va y avoir unification sous la bannière du Front Uni de Libération du Mozambique (FRELIMO) sous la conduite de Samora Moïse Machel. Ce dernier déclarait dans son manifeste que « devant le refus du gouvernement portugais de reconnaître le droit à l’indépendance du Mozambique, la lutte armée est la seule voie de libération totale des masses populaires mozambicaines.

La République de Guinée se tint aux côtés du peuple mozambicain en lutte en y envoyant des experts en plusieurs domaines (santé, éducation, météo, agronomie, arts…) pour faire démarrer les grands chantiers de l’édification nationale. Ces experts étaient nombreux et y ont servi pendant plusieurs années. A ce propos, le Président Samora Moïse Machel déclarait : «Nous devons dire que l’indépendance que nous avons conquise au Mozambique est due à l’aide de la République de Guinée comme il en a été de celle de la Guinée Bissau. Nous voulons dire au peuple de la République de Guinée que les sacrifices qu’il a consentis ont porté fruit. » (10)

6/ La Guinée et les mouvements de libération en Afrique Australe

Les mouvements de libération en Afrique Australe ont bénéficié du soutien du gouvernement de la République de Guinée. A la différence des chefs d’Etats que l’Occident présentait comme les « sages de l’Afrique » et qui de ce fait brillaient par leur indifférence, la République de Guinée n’a pas hésité rompre les relations diplomatiques avec la Grande Bretagne le 15 décembre 1965 en soutien à la lutte du peuple rhodésien contre les forces d’Ian Smith.

Dans le même sens, la Guinée s’est également investie aux côtés des mouvements en lutte contre l’apartheid en Afrique du Sud. A toutes les sessions de l’Assemblée générale de l’ONU, ses prises de position ont été sans équivoque, dénonçant non seulement les Etats africains complices, mais aussi les grandes puissances qui soutenaient ouvertement l’apartheid. Aussi, la République de Guinée avait-elle offert l’asile politique à de nombreux combattants de l’ANC et du PAC dont la vie était en danger dans leur pays. Ses garnisons ont servi de camps d’entraînement à ces combattants. Il est important de noter que le célèbre leader Nelson Mandela qui a longtemps séjourné en Guinée, y a fait ses premières armes et obtenu son premier passeport diplomatique. Parmi les illustres réfugiés, il faut citer l’artiste Miriam Makéba, Oliver Tambo et Tabo Mbeki père pour ne citer que ceux-là qui, eux aussi ont utilisé des passeports diplomatiques guinéens pour leurs missions à l’étranger. Aussi des bourses d’études étaient-elles annuellement accordées aux combattants sud-africains pour l’Université de Conakry. 
 

III. Conséquences du soutien guinéen aux mouvements et luttes armées de libération nationale

Comme conséquence majeure, il faut retenir la liquidation dans une grande partie du continent du système colonial. De l’Afrique portugaise à l’Afrique occidentale Britannique en passant par la Guinée pour l’Afrique française, l’initiative est toujours revenue aux Africains eux-mêmes d’entreprendre à se défaire du carcan colonial. L’aboutissement heureux des différents mouvements et luttes armées de libération s’est conclu par le transfert du pouvoir non pas à l’élite traditionnelle dominante, mais plutôt aux nationalistes de la classe moyenne. Ce geste de l’Afrique modifia le cours des relations internationales. Le blocus économique et d’autres formes de représailles (restriction des investissements  extérieurs et de l’aide au développement) et diverses tentatives pour renverser le régime guinéen eurent pour conséquences de freiner le développement national. Des chantiers furent abandonnés. Des projets furent envoyés vers d’autres pays. Aujourd’hui encore, la Guinée porte les stigmates de ses prises de position. Elle était consciente des risques qu’elle courait mais par devoir historique, il faut bien qu’elle assume : «Nous préférons la liberté dans la pauvreté à l’opulence dans l’esclavage.»
 La République de Guinée, en soutenant les mouvements et luttes armées de libération nationale en Afrique n’a fait que son devoir de solidarité avec les peuples en guerre pour  la reconquête de leurs droits naturels à la liberté, la justice et la dignité humaine. Ce faisant, elle a également subi la rigueur des représailles non seulement des puissances colonisatrices mais aussi d’autres puissances occidentales impliquées dans ces luttes dans le contexte de la guerre froide.Chers invités,Si les informations que nous venons de donner sont connues des politiciens de l’époque, elles ne semblent pas l’être des historiens de notre génération. Nous avons lu de nombreux travaux sur les mouvements de libération en Afrique mais aucune allusion n’est faite à la contribution guinéenne.

Et pourtant ….
Lors de la Deuxième conférence des Ministres africains de la culture tenue ici à Alger au mois d’octobre 2008, il été suggéré la rédaction d’un manuel d’histoire sur les mouvements de libération en Afrique Australe. Nous pensons que le comité de rédaction n’oubliera pas de faire un tour en Guinée pour améliorer
sa documentation.

Pr Aly Gilbert Iffono, Historien, Ancien Ministre

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