CHUTE DE GBAGBO : La Françafrique en cause

Beaucoup d’observateurs demeurent convaincus que la chute de l’ancien président ivoirien est plus énigmatique que le simplisme, avec lequel on l’aborde aujourd’hui. Voici que le principal acteur, Laurent Gbagbo en personne, à travers un livre qu’il vient de publier, met en exergue, détails à l’appui, le rôle trouble que la France a joué dans la longue et lancinante crise que la Côte d’Ivoire a connue dans les années 2000. Tout en relativisant la responsabilité des uns et des autres, Robert Bourgi, un des maillons essentiels de la Françafrique nouvelle version, confirme que l’ancienne puissance coloniale n’est pas du tout étrangère au drame ivoirien, qui se soldera par plus de 3000 morts, en 2011.

Comme du temps de François Mitterrand, la France de Chirac, puis de Sarkozy a pressé Gbagbo comme une orange. Ensuite, quand ce dernier n’était plus d’aucune utilité, elle l’a rejeté et humilié comme un vulgaire chiffon…

Gbagbo-Ouattara

Décidément, Laurent Gbagbo a fini par prendre conscience de son échec définitif. Avec son livre, « Pour la vérité et la justice », et les déballages qu’il y fait, on a l’impression que lui-même ne croit plus qu’il puisse se sortir des griffes de la Cour pénale internationale. C’est pourquoi, il profite du temps qui lui reste, et en utilisant le seul moyen qui lui reste -l’écriture- pour envoyer les derniers coups contre ses adversaires.

Curieusement, à le croire, son successeur n’est pas aussi coupable qu’on peut le croire. Aux yeux de l’ancien président, Alassane Ouattara est un président fabriqué et installé par l’occident en général et la France en particulier. Ce qui, de la part de l’ancienne puissance coloniale s’apparente à une lâche ingratitude, estime Laurent Gbagbo. En effet, selon l’ancien président ivoirien, les mêmes qui l’ont démis et capturé avaient, par le passé sollicité et obtenu de lui toutes les faveurs. Mais on pourrait bien lui renvoyer qu’il n’a eu que ce qu’il mérite !

En effet aussi révoltante que puisse être l’attitude avec laquelle Jacques Chirac, Dominique de Villepin et Nicolas Sarkozy ont, à un moment ou à un autre, traité Laurent Gbagbo, on ne saurait comprendre que ce dernier ait, à hauteur d’une rondelette somme de 3 millions de dollars américains, participé au financement de la campagne électorale de l’UMP ! Lors des élections présidentielles de 2002 !

Irrespect

Que les dirigeants africains continuent à agir de la sorte est un irrespect pour les populations africaines.  Or, selon ce que Robert Bourgi a confié à nos confrères de RFI, Gbagbo ne se serait même pas fait prier quand Dominique de Villepin a formulé la requête. Cependant, cette attitude irresponsable de la part de Gbagbo ne disculpe pas les responsables français. Au-delà de cet épisode qui s’inscrit dans la logique de la diplomatie des mallettes que l’on croyait révolue, il est anormal de  la part de la France de continuer à diriger certains pays du continent par procuration. Une néocolonisation à peine voilée !

Selon Robert Bourgi, la traque et la capture de Gbagbo par les soldats de la Licorne n’auraient été guidées que par le souci de faire respecter le verdict des urnes. Mais en réalité, tout le bordel ivoirien est né des accords de Marcoussis. Or, sur cet aspect particulier, le conseiller occulte lui-même admet qu’avec ce document inique, on a délibérément légitimé la rébellion dirigée à l’époque par Guillaume Soro. C’est là que la lente mise à mort politique de Gbagbo a commencé. C’est ce que Tiken Jah Fakoly appelle « allumer le feu, l’activer et, après jouer aux sapeurs-pompiers ». C’est la même tactique qu’on a appliquée à Kadhafi. Avec la fin dramatiquement que l’on sait. Après, bien entendu, que lui aussi, ait délié le cordon de la bourse pour que Sarkozy se fasse élire en 2007.

Nous allons le foudroyer

Par ailleurs, selon toujours Robert Bourgi, face à l’entêtement de Laurent Gbagbo, dans la crise postélectorale de 2011, Sarkozy aurait déclaré : « Il verra ce qui va se passer. Nous allons le foudroyer ». Voilà comment Sarko parlait de Gbagbo, derrière les murs épais de l’Elysée et du Quai d’Orsay. Alors que chaque président français, au lendemain de sa prise de fonction, commence par proclamer le vertueux respect avec lequel il entend traiter ses collègues africains.

Dans la réalité des faits, les leaders africains, à des degrés divers, sont des marionnettes entre les mains des anciennes puissances coloniales. Ces dernières, n’ayant que peu d’égard pour eux, peuvent, en outre, s’en servir comme bon leur semble. Avant de leur assener un coup de pied fatal… Eux qui sont perpétuellement à la recherche effrénée de l’onction et l’approbation de l’ancienne métropole! Le témoignage de Bourgi vient confirmer publiquement ce dont beaucoup d’Africains se doutaient depuis longtemps.

Boubacar Sanso BARRY pour GuineeConakry.info   

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