CHINE-AFRIQUE: Un partenariat qui se veut alternatif

Depuis hier, se tient à Pékin la cinquième édition de la Conférence ministérielle du Forum de coopération Chine-Afrique (FOCAC). Au cours de ce rendez-vous triennal initié depuis 12 ans, Africains et Chinois vont discuter de leur coopération. Une coopération que la partie chinoise présente tout naturellement comme la bouée destinée à sauver la "naufragée" Afrique. Pour cela, les dirigeants chinois mettent en avant aussi bien les colossaux investissements que l’approche qui, dit-on, "moins arrogante et empreinte de plus d’humilité", se soucierait davantage du respect de la souveraineté des Etats africains. Pour autant, du point de vue africain, certains observateurs conseillent à la fois la prudence et la vigilance, afin d’éviter une sordide reprise des schémas qui ont déjà fait leurs preuves quant aux conséquences néfastes sur le développement socio-économique du continent africain... 0:13 20-7-2012

Depuis 2009, la Chine, désormais seconde économie mondiale, figure au premier rang des partenaires commerciaux du continent africain. Supplantant ainsi les vieux partenaires issus des rapports coloniaux. Une prouesse qui a tout de même son prix. Aussi, en fin 2011, les échanges commerciaux entre le géant chinois et le continent africain se chiffraient à 166, 3 milliards de dollars US, soit une hausse de 83 % par rapport à ce qu’ils étaient en 2009.

L’aide chinoise à l’Afrique a augmenté de 60 % depuis 2009. Ces 60 %, c’est également le pourcentage de progression des investissements directs chinois en Afrique depuis 2009, soit 14, 7 milliards de dollars US en fin 2011. Or, la Chine n’entend pas se limiter là. Loin s’en faut.

Moins affectée par la crise mondiale, l’économie chinoise ayant enregistré une forte croissance ces dernières années, se dit prête à épauler le continent berceau de l’humanité. C’est ainsi que le président chinois Hu Jintao, en personne a annoncé le doublement des investissements chinois en Afrique pour les trois prochaines années. De 10 milliards actuellement, ils pourront ainsi passer à 20 milliards à l’horizon 2015.

Au-delà de ces chiffres somme toute bruts, la présence chinoise sur le continent africain se remarque aussi avec les milliers de kilomètres de routes, les nombreux établissements immobiliers, les gigantesques chantiers énergétiques et agricoles, les grands projets de télécommunications, etc. Il s’agit donc d’un partenariat dont l’impact est visible. Par ailleurs, les leaders africains apprécient particulièrement le fait que les amis chinois rechignent à s’ingérer dans les affaires intérieures de leurs pays. De même, dans les milieux intellectuels panafricanistes, on loue le fait que la Chine, contrairement aux anciennes puissances coloniales, laisse à l’Afrique le soin de choisir sa voie de développement, sans aucune espèce d’imposition. Enfin, la Chine à la différence des institutions de Breton Woods, a quelques égards pour les secteurs sociaux que sont la santé et l’éducation.  

Naturellement, tout serait parfait s’il n’y avait que cette version là. Malheureusement, tel n’est pas le cas. Certes, la Chine offre une alternative à l’Afrique. Et ce n’est pas rien ! Mais même à l’égard de la Chine, l’Afrique se doit d’être prudente et de ne pas aveuglément sauter dans les bras de ce nouveau partenaire. Parce que par certains de ses aspects, la coopération sino-africaine demeure identique à celle entre l’Afrique et les puissances occidentales.

C’est ainsi que jusqu’ici, vis-à-vis de son partenaire chinois, l’Afrique se cantonne dans le rôle de pourvoyeuse de matières premières. Une attitude que Jacob Zuma a dénoncée hier. La Chine a tendance à se servir de l’Afrique pour déverser son trop-plein de chômeurs. Malgré les nombreux projets, les chiffres en matière d’emplois ne décollent pas en Afrique. Il en découle un faible transfert de technologies.

Sur un autre plan, les employés africains des projets chinois, bénéficiant d’un maigre traitement salarial, envient leurs homologues des entreprises de droits européens ou nord-américains. La Chine serait également moins portée sur les préoccupations écologiques. Le géant chinois au même titre que d’autres pays émergents, passe également pour vouloir accaparer à moindre frais, des surfaces cultivables du continent africain.

Ainsi qu’on le voit, la Chine est un nouveau partenaire qui offre une possibilité de diversification au continent africain. Pour autant, il s’agit d’un nouveau partenaire vis-à-vis duquel il faut garder toute la lucidité et se rappeler une règle de base des relations internationales : Les Etats n’ont point d’amis, rien que des intérêts. Pour être "gagnant-gagnant", il faut être aussi vigilant! Il faudrait surtout pas une "Chinafrique" à la de la mourante "Françafrique"!

Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info

 

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