"CHARLIE et L’ISLAM'' : Une réflexion du Pr Lansiné KABA pour GCI

Récemment très occupé, le temps n’a certainement pas permis à l’historien guinéen, Pr Lanciné KABA de répondre à toutes les questions de GCI, les unes après les autres. Cependant, il s’est donné un canevas couvrant la multiplicité des thèmes soulevés et la globalité de notre centre d’intérêt. Cette approche convient, d’autant plus que l’événement tombe chaque jour dans la grande histoire, et invite donc à des réflexions sagaces. Lansiné KABA répond donc ici avec son cœur. Car, nous appartenons, tous, à la grande race humaine. Cette belle vérité n’est pas sans exigences. Voici quelques paragraphes en réponse à nos questions. Des éléments de réflexions jaillis de l’analyse d’un historien connecté à son siècle et qui dit ce qu’il pense en toute liberté, depuis Doha, au Qatar sur ‘’ CHARLIE et L’ISLAM’’.

 

 

 

Il est difficile d’imaginer et d’expliquer les événements qui ont marqué la semaine dernière à Paris! « Qui l’eût cru » ! C’était l’horreur, la tragédie ou pour, certains optimistes, peut-être l’amorce de solutions à un souci majeur qui plane sur la France et l’Europe depuis des décennies. La page est triste,  douloureuse et difficile à oublier. Comment peut-on concevoir que des jeunes de nationalité française, anciens délinquants, maintenant tués ou en fuite, aient osé s’attaquer à un grand symbole du journalisme. Comment se remettre de cette épouvantable ?

Les gens de bon cœur, de bonne volonté et à l’esprit de tolérance ne peuvent pas s’empêcher d’éprouver quelque sentiment de fraternité et de solidarité avec les victimes de ce massacre sang-froid dont le journaliste Charlie, ses collègues et le policier musulman furent victimes.  Leur meurtre nous touche. Charlie est donc tombé, victime de sa plume et de son esprit. Son image était celle d’un caricaturiste vif d’esprit et plein d’humour, d’ironie et de raison. Tué, il devint instantanément le jour même de son exécution, avec ses coéquipiers, l’un des symboles patents de la barbarie de l’extrémisme et du terrorisme contemporains. Pendant que continue la lutte contre ce fléau l’optimisme et l’attachement aux valeurs humaines universelles doivent  s’affermir. La tolérance ne peut pas s’enterrer, le monde en a besoin.

L’attitude d’irrévérence pour laquelle le journal Charlie était connu n’était pas trop méchante, malgré ses excès épisodiques. Son attitude indiquait l’ardeur de mener dans la gaieté le combat contre tout ce qui leur paraissait, Charlie et ses collègues, révoltant en politique, en religion et dans les rapports sociaux. C’était voltairien et, sans doute ce qu’on considère la bonne manière française.

On peut se demander, cependant,  pourquoi Charlie montra de plus en plus d’acharnement contre l’Islam et son Prophète. Cela dénoterait-il la montée du penchant anti-islamique en France ? L’Islam et les musulmans seraient-ils devenus la bête noire et le bouc émissaire des Français ? L’argument de liberté d’expression serait-il un alibi pour l’islamophobie ?

De loin, on constate que le « problème arabe et islamique » est au cœur du débat national en France et il touche le monde des lettres. Nombreux auteurs français et des mieux connus pour leur culture et leur talent,  y compris Michel Houellebecq, expriment des idées choquantes à l’encontre de l’Islam et des musulmans.

L’amour de la logique, de la liberté et de l’humour, la raillerie et le lancement de flèches appartiennent aux marques saillantes et attrayantes de l’esprit français. On comprend que de nombreux hommes de diverses nationalités, dont des Africains, aient assisté la semaine dernière à la marche à Paris. Pour les Africains, il serait erroné de considérer leur présence comme une manifestation du « suivisme », c’est-à dire, de la dépendance de leurs pays sur la France. Ils sont venus des anciennes colonies, c’est vrai. Mais, il y a autre chose aussi.

 L’esprit de compassion et de condoléances importe, il renforce la solidarité humaine. Les Africains sont-ils seuls à combattre les épidémies en Afrique ou l’invasion du Sahel par les extrémistes ? La République fédérale du Nigeria, malgré sa population et sa grande armée, lutte-t-elle seule contre Boko Haram?  Tout ne se politise pas. L’universelle famille humaine exprime sa répulsion devant certains actes  

Revenons à Charlie. Au fond,  son style attestait d’un certain esprit de compassion. Ses dessins savaient faire sourire voire rire. Ce talent procurait de la joie dans ce monde de plus en plus complexe et angoissant, horrible et scandaleux. Ceci dit, reconnaissons qu’à Charlie Hebdo, enfant de la France républicaine,  laïque et goguenarde,  manquaient l’esprit de religion et surtout la compréhension qu’un croyant  scrupuleux a de sa religion. Or, on ne s’amuse pas avec la foi des autres ! C’est un principe élémentaire de la déontologie et de la décence.  

L’irrévérence ne justifie pas l’assassinat, non plus. Tout meurtre est choquant et répugnant, notamment celui des journalistes, des écrivains et des  agents de la santé. Les musulmans de France et d’ailleurs en majorité réprouvent la violence. La foi, bien comprise,  condamne tout ce qui est moralement infâme. Et l’argument de l’impératif de la liberté d’expression convainc mal dans la mesure où, nonobstant les interprétations des islamologues occidentaux, la raison et la liberté de pensée ne sont pas des valeurs étrangères à l’Islam. Le Coran les reconnaît, et les États islamiques les ont reconnues aux non- musulmans qui vivaient en leur sein.

De part et d’autre, la compréhension et la tolérance sont de rigueur, notre monde en a besoin pour la coexistence en harmonie et en paix et pour la possibilité de vie décente. On ne doit ridiculiser aucune tradition religieuse, surtout pas l’Islam, rappelle Maxime Rodinson, dont le contact avec l’Europe a été, depuis des siècles, entaché d’incompréhension, de préjugé, de haine et de sang.

Il incombe aux gens de la communication et des arts en Occident de contrôler leur plume et de respecter les autres. La liberté d’expression ne doit pas dégénérer en licence contre les valeurs des autres. C’est une affaire de bienséance. Alors, Charlie serait mort sur le chemin de la tolérance et nous aurait laissé l’héritage du dialogue des civilisations.

Lansiné Kaba, Ph.D,. Distinguished Visiting Professor, Carnegie Mellon University in Qatar pour GuineeConakry.info 

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