
Trois ans après la lâche élimination de Mouammar Kadhafi, les dirigeants africains, les uns après les autres, commencent à réaliser l’ampleur du vide laissé par l’ex-guide libyen. Les premiers à en prendre conscience, ce sont bien entendu les présidents des pays sahéliens. Entrainant l’avènement d’une foultitude de groupes islamistes dont le Mujao et Ansar Dine et renforçant ceux qui, comme AQMI et Boko Haram, étaient déjà sur le terrain, la chute de Kadhafi accentue la fragilité des Etats voisins de la Libye.
Une conséquence qui s’est particulièrement manifestée avec l’occupation islamiste que la région septentrionale du Mali a connue et qui avait failli conduire à la partition du pays. Même si l’intervention de la France a permis de sauver l’intégrité territoriale du Mali, elle aura tout de même coûté au Tchad aussi bien en hommes qu’en ressources financières. Le Nigéria, quant à lui, ne sait plus quoi faire de Boko Haram. Gagnant sans cesse en capacité de nuisance, la secte d’Abubakar Shekau incarne même désormais un fléau régional. A tout cela s’ajoute la situation d’ingouvernabilité dans laquelle demeure plongée la Libye post-Kadhafi, avec une multitude de groupes terroristes, les uns plus anarchistes que les autres.
Confrontés à cette espèce de capharnaüm sécuritaire, les dirigeants de la région, profitant de la cérémonie de clôture du tout premier forum consacré à la sécurité continentale, ont dit leurs vérités à Jean-Yves Le Drian. Idriss Déby Itno, IBK et Macky Sall ont signifié au ministre de la défense français que son pays et la communauté internationale sont largement responsables de cette sainte pagaille. De leur part, c’est certainement courageux. Mais il y a que c’est trop tardif. Il aurait fallu faire montre de cette audace quand les avions de l’Otan, chargés de bombes meurtrières, survolaient le ciel libyen. Il aurait fallu hausser le ton quand Nicolas Sarkozy, faisant montre d’un vaste plaidoyer diplomatique, a désigné Mouammar Kadhafi, ennemi public N°1.
C’est à cette époque qu’il aurait fallu réagir. Car, la protestation aurait pu alors corriger le tir et ainsi éviter le pire que l’on vit aujourd’hui. Malheureusement, les dirigeants africains, à l’exception notable de Jacob Zuma et de Jean-Marie Doré, l’opposant guinéen, s’accrochant à leur strapontin de pouvoir, n’avaient pas osé contrarier les grands du monde. Quoique désapprouvant le projet d’assassinat de Kadhafi, ils avaient fait profil bas. Une attitude qui a valeur de complicité tacite avec ceux qui ont éliminé Kadhafi. Une tâche noire que les protestations d’avant-hier ne sauraient effacer.
Boubacar Sanso BARRY pour GCI
GuineeConakry.info




















