
L’attitude de Déby relève-t-elle d’une légitime protestation ou bien s’agirait-il d’un chantage intelligent ? En effet, il est vrai qu’une bonne partie des populations centrafricaines n’ont pas fait de cadeau aux troupes de N’Diamena. Elles ont très souvent vu en Idriss Déby Itno, le parrain de la rébellion de la Séléka. Une rébellion par laquelle tous les malheurs sont arrivés. De même, dans la gestion d’ensemble de la crise post-Bozizé, les Tchadiens sont régulièrement accusés de parti pris. Au-delà de la Centrafrique, des observateurs au sein de la communauté internationale, ont également perçu une subtile sympathie entre les soldats tchadiens et les Centrafricains de confession musulmane. De quoi toucher à l’amour propre du président Déby et de nombre de ses concitoyens.
Il est fort possible que certaines de ces accusations soient exagérées. Cependant, personne ne peut nier le rôle déterminant que les troupes tchadiennes ont joué dans la chute de Bozizé. Les multiples bavures dont elles se sont également rendues coupables, sont incompréhensibles de la part d’une armée aguerrie et professionnelle comme celle de Déby. Et visiblement, le président tchadien voulait que les victimes subissent sans rechigner. Il souhaitait que la presse et les défenseurs des droits humains fassent comme si de rien n’était. Ou pire, qu’ils applaudissent les soldats tchadiens comme s’ils n’avaient été que des colombes. Difficile et même impossible.
Ne supportant pas que les agissements de ses hommes soient dénoncés, il décide de leur retrait. Comme cela, il entend mettre la pression sur la communauté internationale. Conscient de la difficulté que cette dernière éprouve à mobiliser les troupes devant se déployer en RCA, il choisit bien son moment d’attaque, pour que cela fasse le plus d’effet possible.
Eu égard à l’attitude de bienveillance que les autorités françaises ont toujours témoignée à l’endroit du régime de Déby, la décision de ce dernier s’apparente un peu à la morsure d’un serpent qu’on a soi-même élevé ! Deby tel qu’il se conçoit et tel qu’il est perçu aujourd’hui, aux yeux de nombreux observateurs, est une ‘’invention’’ de la France. Dans la mesure où c’est l’ancienne puissance coloniale qui s’est toujours interposée entre lui et les multiples rébellions qui avaient à cœur de le renverser. En lui fournissant l’arme fatale qu’est le renseignement.
Par ailleurs, depuis que ses troupes ont pris une part importante et positive dans la libération du nord-Mali, François Hollande évite de lui dire la vérité, au risque de le fâcher. Un ensemble de facteurs qui lui ont conféré une certaine puissance. Une puissance qu’il retourne aujourd’hui contre ceux qui l’ont façonné. Mais, comme le précise le communiqué officiel, Idris Déby promet que…’’le Tchad assumera, sans failles, sa mission de paix dans les zones relevant de sa responsabilité en RCA».Une vporte de sortie qui permet toutes les supputations sur l’attitude finale du président tchadien.
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















