
Si la première guerre mondiale s’est soldée par la victoire sur l’Allemagne, les Africains y sont pour quelque chose. En effet, bousculée par la puissance de feu de l’adversaire, la France et ses alliés se sont tournés vers leurs colonies respectives pour solliciter, voire exiger d’eux leur part de contribution. Ce qui se sera traduit par l’envoi de centaines de milliers de bras valides du continent au front. S’ils avaient le désavantage de n’avoir pas été particulièrement formés au maniement des armes, leur intervention se sera tout de même révélée décisive. Certains estiment qu’on s’en serait servi comme « chair à canon » ou bouclier humain contre les attaques adverses.
L’effort de l’Afrique mérite d’autant plus d’être célébré que sa contribution ne s’est point limitée à l’envoi de ces enfants dont beaucoup ne revinrent jamais. L’Afrique a, en effet, également fourni son sol comme champ de bataille. Là aussi, ses enfants ont naturellement été massivement impliqués. Quand on a fait tout ça et qu’on ait été oublié par la suite, il n’y a pas de quoi pavoiser, quand cent ans après, on se rappelle de vous. Certes, on ne boude pas. Mais l’idéal aurait été que cette reconnaissance plus tôt. Or, tel ne fut pas le cas.
Dès que l’adversaire allemand a été vaincu, les tirailleurs ont perdu de leur valeur. On ne s’en est presque plus souvenu. Contrairement aux occidentaux qui avaient pris part au conflit, les Africains sont jetés dans les oubliettes. Aucun statut et, dans de rares cas, certains ont reçu de modiques sommes au titre de la solde.
Mais puisqu’il n’est pas question de réécrire l’histoire, il faudrait tourner la page et assumer le passé commun. Seulement, la France et ses alliés qui donnent l’impression d’avoir enfin pris conscience de l’erreur historique qu’ils ont commises à l’endroit de l’Afrique, doivent poursuivre la dynamique jusqu’au bout. Cela suppose de leur part, au-delà du symbolisme de la cérémonie d’hier, qu’ils respectent le continent et qu’ils collaborent avec les différents Etats africains comme des partenaires, et non comme des arrière-cours dont on peut faire ce que bon vous semble.
Cela suppose qu’on n’instrumentalise pas des querelles internes à certains Etats pour se débarrasser d’un dirigeant gênant comme ce fut le cas avec Kadhafi et Gbagbo. De même, si la France et les autres veulent faire montre de bonne foi quant au respect qu’ils souhaitent dorénavant accorder au continent africain, qu’ils négocient à leurs justes valeurs, les richesses du continent.
Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info




















