
La nouvelle tension entre les deux leaders au sommet de l'UFDG doit, en effet, beaucoup à l'exil actuel que vit Bah Oury. Cependant, il ne s'agit pas que de l'effet psychologique que cela produit sur l'ancien ministre de la réconciliation nationale. C'est plutôt une nouvelle dimension de cet exil. Paradoxalement, son séjour forcé et la situation faisant de lui une victime de persécution politique, donnent à Bah Oury une aura qu'il n'avait et n'aurait certainement pas eue, s'il avait été en Guinée !
Sans nécessairement faire montre de grande mobilisation autour de sa personne, il met savamment à profit l'outil médiatique, pour se montrer menaçant. Utilisant ingénieusement le contexte qu'il croit lui être favorable, il reproche à ceux qui sont restés en Guinée, leur mollesse et leur accointance avec le pouvoir du président Alpha Condé.
Pour lui, chaque acte posé à Conakry n'est jamais suffisant. Et le clan des radicaux du parti, quelque peu oublieux de la part de responsabilité de certains propos jugés extrémistes de Bah Oury, dans la cuisante défaite de 2010, l'applaudit et le soutient.
Cependant, Bah Oury n'est pas le seul sur la psychologie duquel l'exil a pesé. Cellou Dalein Diallo, lui aussi, en a été quelque peu transformé. Se laissant conduire par des conseils de certains de ses proches, il a tout d'abord vu dans l'exil de Bah Oury l'écartement d'un rival encombrant au sein du parti. Qu’il se dise ou le le taise, qu’il le le confesse ou le méconnaisse. En conséquence, il ne fait pas grand-chose pour faciliter le retour de ce dernier.
Ainsi, au sein de l'opposition républicaine, il concentre davantage sa bataille sur les enjeux électoraux. A ses yeux, le combat contre Waymark passe avant les revendications visant à faire abandonner les charges contre son vice-président. Même les militants interpellés dans le cadre des marches pacifiques de Conakry suscitent beaucoup plus de soutien que le tonitruant Bah Oury.
En réalité, si Cellou Dalein Diallo a témoigné son soutien et sa compassion à l'endroit de Bah Oury, cela n'a jamais porté sur la nécessité voire l’obligation de son retour. Parce que, comme le pouvoir, il penserait que le séjour actuel de ce dernier loin du
pays est du pain béni. Il verrait là l'occasion de s'assurer le contrôle plus ou moins exclusif du parti et puiserait dans le vocabulaire violent de Bah Oury, un peu plus d’âpreté dans son discours politique. Une situation que l'autre a bien entendu
perçue comme une trahison. D'où le clash d’aujourd'hui, chacun accusant ou pensant que son « problème » vient de l’autre.
Momo SOUMAH pour GuineeConakry.info




















