
Cependant, au-dela de cette rejouissance, la presse guinéenne, dans son ensemble, est à la croisée des chemins. Au niveau des médias de services publics (RTG, Télévision, Horoya, AGEPI, les radios rurales et communautaires), l'indépendance du journaliste vis-à-vis de l'administration est en souffrance.
Les professionnels des médias publics, n'arrivent pas à se départir de leur rôle double rôle de fonctionnaire et de journaliste. La plupart des reportages et des sujets abordés sont peu critiques sur les actions du pouvoir. D'où l'impérieuse nécessité d'accorder un statut particulier aux journalistes du service public.
Ceux-ci ont également besoin de formation. Notamment dans le domaine du numérique et des nouvelles technologies de l'Information et de la Communication.
Au niveau de la presse privée, si au début des années 90, il n'y avait que cinq titres, aujourd'hui plus de 246 journaux sont répertoriés au Conseil National de la Communication (CNC).
Ces cinq dernière années, les journaux ont poussé comme des champignons. Une certaine presse des « caniveaux », spécialisée dans les attaques personnelles, les diffamations et autres publications d'information non recoupées a pris le devant de la scène.
Voilà qui explique les nombreuses sanctions et suspensions infligées par le CNC à certains organes de presse. Dans l'ensemble, il y a un sérieux problème de formation des journalistes. La plupart sont arrivés au métier dans le tas. L'éthique et la déontologie qu régissent la noble profession sont peu respectées par ces confrères.
En 2005, des journaux étrangers, comme Jeune Afrique, ont été à plusieurs reprises interdits de vente en Guinée. Parce que tout simplement ils critiquaient le régime en faisant allusion à la maladie du Président Conté et les querelles de succession.
« Le régime vieillissant de Lansana Conté ne cache pas son irritation face aux journalistes insolents. La presse privée guinéenne a gagné de haute lutte le droit de critiquer le gouvernement ou le chef de l'Etat. Bousculée, menacée ou agressée, la presse satirique est devenue aujourd'hui très puissante. Même si, lorsque la police est envoyée faire les basses besognes répressives, celle-ci ne fait pas dans le détail: tous les ans, des journalistes sont roués de coups ou traités comme des gangsters« , note-t-on dans le Rapport Annuel 2005 de Reporters Sans Frontières(RSF).
En Afrique, l'impunité n'est pas un malheureux hasard, c'est la règle, ajoute RSF. Au Burkina Faso, depuis l'exécution du journaliste Norbert Zongo en 1998, ses assassins coulent des jours tranquilles. L'instruction est bloquée par la loi du silence entourant la garde présidentielle et François Compaoré, le frère du Président, impliqué dans cette affaire.
En Gambie, les assassins de Deyda Hydara, abattu en 2004, peuvent être sereins. Ils ne sont pas près d'être arrêtés. Le président Yahya Jammeh est trop occupé à calomnier la mémoire de la victime, ainsi qu'à humilier ou menacer les autres journalistes.
Dans le monde, 2005 a été une année violente: au moins 63 journalistes et 5 collaborateurs des médias ont été tués dans le monde et plus de 1 300 professionnels de la presse ont été menacés ou agressés. Dur, dur, le métier de journaliste. Au moment où nous mettons online, le CNC a invité tous les journalistes guinéens dans un grand hotel de la place, pour réfléchir ensemble. Hier, c'est la ministre de l'Information Hadja aissatou Bella Diallo qui annoncait les premieres émissions privées en Guinée pour très bientôt.
Bah Boubacar pour GuineeConakry.info




















