CASAMANCE: Macky à l’assaut du défi

Le président sénégalais voudrait que son séjour qui a commencé hier en Casamance soit tout aussi symbolique qu’historique. Conscient de l’obstacle que cette région et sa guerre trentenaire ont constitué pour ses prédécesseurs, Macky souhaite en effet se démarquer avec une approche somme toute singulière. Bien que se préoccupant du retour de la paix et de la réintégration pleine et entière de la Casamance dans le giron sénégalais, le chef de l’Etat compte faire de la lutte contre la pauvreté son remède essentiel. Aussi, il y est depuis hier pour lancer le Projet Pôle pour le Développement de la Casamance (PPDC). Une idée aux articulations fort séduisantes, mais qui pourrait souffrir d’une insuffisance de ressources. A s’y méprendre.

Depuis son élection, le président sénégalais essaie de démontrer que son intérêt pour le retour de la paix en Casamance, s’inscrit dans une démarche empreinte de sincérité. C’est ainsi qu’outre les engagements qu’il avait pris lors de son discours d’investiture, Macky Sall avait, en juin 2013, symboliquement délocalisé un des conseils de ministres à Ziguinchor. De même, à la faveur du discours de l’an, le 31 décembre dernier, il avait promis de procéder ultérieurement au lancement du Projet pôle de développement pour la Casamance (PPDC). Justement, son séjour de 72 heures qui a commencé hier, dans cette région sud du Sénégal en proie à un conflit sécessionniste, vieux d’une trentaine d’année, est une suite logique de cette promesse.

 

Il n’y a donc rien d’étonnant dans l’accueil mémorable que les Casamançais ont tenu à réserver à la délégation présidentielle sénégalaise. Ce n’est pas que toute la Casamance soit foncièrement pour Macky Sall. Mais ils se veulent réalistes. Le président manifeste à l’endroit de leur région un intérêt évident. Cela se traduit tout d’abord à travers les trois jours que le chef de l’Etat prend de son agenda chargé, pour les partager avec ses compatriotes situés au sud de la Gambie.

Par ailleurs, Macky Sall est porteur du PPDC. Ce projet doté d’une valeur de 23 milliards de FCFA, dont 20 milliards fournis par la Banque mondiale, aidera à booster le secteur agricole, mais aussi à la réalisation d’infrastructures routières, sanitaires et sportives notamment. Dans le projet, il est prévu en particulier que les conditions soient réunies pour que les jeunes et les femmes casamançais soient davantage impliqués dans les activités agricoles afin d’en accroitre le rendement.

Cependant, conscientes du lien très étroit entre l’essor agricole et la capacité à écouler les produits, les autorités sénégalaises misent également sur la réhabilitation de voies pouvant aider à désenclaver la région. Au nombre de ces voies, la route nationale n°6 dont la réalisation permettra de relier la Casamance au reste du pays, Dakar la capitale y compris. Avec cette route, les habitants espèrent notamment n’avoir plus à se soumettre à la corvée qu’implique la traversée de la Gambie par les bacs de fortune.

Si toutes ces ambitions se concrétisent et que le tourisme en attire également le bénéfice espéré, l’un des facteurs essentiels de la longue guerre, le chômage des jeunes, pourrait être éliminé. Le dialogue entre le Mouvement des forces démocratiques de Casamance (MFDC) et l’Etat sénégalais n’en serait que facilité. Car si le conflit a prospéré durant toutes ces années, c’est parce qu’il se nourrit des frustrations consécutives à la misère ambiante et au sentiment d’exclusion.

Mais entre la réalité d’aujourd’hui et le rêve ainsi projeté, il y a un chemin qui nécessitera de gros investissements. Des investissements si importants qu’ils sont de loin supérieurs aux 23 milliards aujourd’hui disponibles. Cela, le maire de Ziguinchor l’aura lui-même précisé. Abdoulaye Baldé s’appuie ainsi sur le diagnostic qui avait été fait à la faveur du Conseil des ministres délocalisé de juin 2013, qui estimait alors à 360 milliards de FCFA, les besoins en investissements de la Casamance.

Il faut admettre qu’on en est loin aujourd’hui. Même si la volonté politique est un début rassurant.   

Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info

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