
Pour employer un langage sportif, on pourrait dire que le ''Burkina Faso fait la passe à la Côte d’Ivoire''. Et Blaise Compaoré serait le ballon. En effet, alors que la prestation de serment de Michel Kafando augure d’une transition apaisée au Burkina Faso, en Côte d’Ivoire, la sortie des militaires vient rappeler que la page de la crise sociopolitique n’est pas tout à fait tournée.
Dans le "pays des hommes intègres", après une révolution populaire qui restera dans l’histoire comme étant l’une des moins meurtrières que le continent ait connues ces dernières années, l’élite issue de la classe politique, de la société civile et de l’armée a réussi à se choisir, de manière consensuelle, un président de la Transition, qui ne vienne pas des rangs de l’armée.
Kafando, Président du pays et de tous les Burkinabè
Choisi selon des critères objectifs et sur la base d’une procédure particulièrement rigoureuse, et disposant d’une charte unanimement adoptée, en guise de gouvernail, Michel Kafando a un chemin si bien balisé que les risques d’échec sont plutôt minorés.
Il lui faut juste faire appel à son expérience dans le choix de ses collaborateurs. Ces derniers, sans se départir totalement de leurs entités d’origine (partis politiques, société civile, confessions religieuses, autorité traditionnelle, armée) devront tout de même savoir se mettre à équidistance de tous les acteurs. Le président de la Transition, lui-même, devra faire en sorte de rassurer tout le monde, tout en étant d’abord président du pays et de tout le monde. Son rapport avec l’armée sera particulièrement scruté. Il devra veiller à associer cette dernière à la gestion de la transition. Mais il doit se rappeler que pour les Burkinabè et pour le monde entier, le président, c’est lui et non un autre.
Pendant que le Burkina Faso, surprenant le monde entier, sort honorablement de la crise que tous redoutaient, c’est la Côte d’Ivoire qui vient d’enregistrer des remous. A la base des soubresauts d’hier, des militaires dont une majeure partie sont des ex-rebelles des Forces nouvelles, proches du président Alassane Ouattara.
Pour justifier leur grogne, les soldats invoquent des avancements en grade et des arriérées de solde d’au moins trois ans. Mais de l’avis des spécialistes, il s’agirait en réalité d’une des conséquences d’une gestion pas nécessairement réussie de la crise sociopolitique que le pays a traversée entre 2002 et 2011. Une crise qui n’a été résolue qu’avec la victoire militaire de l’actuel président sur son challenger, Laurent Gbagbo.
La guigne de Blaise
Au lendemain de cette victoire, les ex-rebelles avaient exigé et obtenu leur intégration au sein des forces armées régulières. Mais en réalité, le fossé entre les ennemis ne s’est jamais véritablement refermé. Les ex-rebelles n’ont jamais été vraiment admis comme membres à part entière de l’armée. La promotion de certains d’entre eux a été perçue avec une pointe de frustration par quelques compagnons du général Philippe Mangou.
En gros, les protestations d’hier sont le reflet d’un déficit de réconciliation au sein des armées ivoiriennes. Un problème qui aurait probablement nécessité l’intervention de Blaise Compaoré. Si ce dernier, chassé entre temps par les siens, n’était pas venu se réfugier à Yamoussokro. Transmettant ainsi sa guigne à son hôte ivoirien.
Boubacar Sanso BARRY pour GCI
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