BURKINA/BURUNDI/RDC : Des présidents éternels ?

On croyait que la leçon administrée à Abdoulaye Wade était suffisante pour dissuader d’autres dirigeants africains à envisager leur statut comme éternel. Mais décidément, certains n’ont encore rien compris. Manquant tout à la fois de vision et de leadership et foncièrement guidés par un égo démesuré, Blaise Compaoré, Pierre NKuruziza et Joseph Kabila, eux aussi, sont habités par l’idée d’user de quelques subterfuges pour obtenir une rallonge que ne leur reconnait pas la constitution de leurs pays respectifs. Une soif de pouvoir dont la satisfaction pourrait remettre en cause bien d’acquis dans chacun des pays.

Cependant, le Burkina Faso aurait plus à perdre de son président. A l’exception des circonstances troubles de son accession au pouvoir, et des soupçons de son immixtion dans certains conflits dans des pays voisins, Blaise Compaoré a relativement réussi, au gré de son long règne de 27 ans, à se façonner l’image d’un ‘’sage doyen’’. A l’intérieur du pays, en dehors de quelques convulsions sociales de ces dernières années, sa gestion aura fondamentalement été caractérisée par une stabilité certaine. Alors qu’à l’international, il s’est progressivement converti en ‘’faiseur de paix’’ qu’on sollicite au chevet de tous les pays en crise. Au point que lui-même est allé jusqu’à aspirer au prix Nobel de la paix !

Mais depuis quelques années, il caresse le subtil secret de rempiler au-delà des deux mandats qui lui sont constitutionnellement garantis. Dans un premier temps, lui et ses lieutenants estimant que l’opposition en face, n’est pas en mesure de constituer un obstacle de taille, avaient pensé que tout est gagné d’avance. Mais dernièrement, cette opposition a drainé une marée humaine derrière elle, et montré que le camp présidentiel était en proie à un certain doute. Surtout que de nouveaux adversaires particulièrement hargneux sont sortis des entrailles du pouvoir. Pour autant, l’idée n’est pas du tout abandonnée par Blaise Compaoré. Cependant, désormais, il sait à quels risques il pourrait alors exposer le pays.

Dans les cas du Burundi et de la République Démocratique du Congo, les présidents, Pierre Nkurunziza et Joseph Kabila font preuve d’un aveuglement plutôt surprenant. En effet, qui ne se rappelle pas les crises sociopolitiques dont l’un et l’autre de ces pays cherchent péniblement de sortir ?

En dépit de cette accalmie plutôt précaire, les deux chefs de l’Etat, là aussi, voudraient se risquer à s’octroyer un nouveau bail. Le Burundais semble cependant plus déterminé. Mettant son caractère méticuleux au service de sa soif démesurée du pouvoir, Pierre Nkurunziza décrète que son premier mandat ne doit pas être pris en compte, par la dernière version de la constitution. Il sollicite le quitus des députés de son pays, qui le lui ont refusé le vendredi dernier. Mais décidé à aller au bout de son ambition, il fait comme si de rien n’était et décide de recourir à l’arbitrage du Conseil constitutionnel. En fonçant aussi hardiment qu’il le fait, il pourrait rompre le faible équilibre ethnico-politique qui a permis au pays de vivre un semblant de tranquillité et de cohésion ces dernières années.

Des trois, Joseph Kabila paraît le plus ‘’sournois’’. Mais en réalité, il n’avait pas le choix. Vu les circonstances dans lesquelles il s’est fait élire en 2011, il ne peut se permettre l’audace de son homologue burundais. Il a conscience qu’il n’avait bénéficié du soutien que des 49 % des électeurs congolais. Encore que de nombreux observateurs avaient relevé des situations flagrantes de fraude. Sachant donc sa légitimité fortement discutable, il souffle le chaud et le froid et compte sur Lambert Mendé,  pour les pirouettes linguistiques. Mais il est évident que si l’occasion lui est donnée, Joseph Kabila reformera la constitution, à défaut de repousser les élections présidentielles.

Mais comme c’est le cas pour Blaise Compaoré, la tâche ne lui sera point aisée. Sans oublier qu’une nouvelle crise politique dans ce pays, n’est pas pour arranger les choses sur le front Est, qui n’est pas encore totalement pacifié.

Boubacar Sanso Barry pour GuineeConakry.info

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