BURKINA FASO : Le gouvernement Zida, enfin là !

Après moult tractations, le gouvernement burkinabè de la Transition a été dévoilé hier. Annoncé dans un premier temps pour jeudi dernier, puis pour le samedi, ce n’est que ce dimanche qu’il a été connu. Entre les appétits démesurés des politiciens et les rivalités intestines au sein de la société civile, l’opinion publique trépignait d'impatiente. Mais à l’annonce de ce gouvernement de 26 membres, une première observation tend à confirmer la prédominance de la grande muette. Le lieutenant-colonel Zida et ses camarades d’arme s’adjugent pas moins de deux des postes ministériels régaliens, en plus de celui de la primature!

A sa nomination au poste de premier ministre, le lieutenant -colonel Zida s’était révélé comme pas très porté sur le partage. Ce trait de son caractère se confirme après l’annonce de la liste des autres membres de son gouvernement. Plus que l’implication de l’armée dans la gestion de la transition, le lieutenant-colonel Zida semble être dans une démarche visant asseoir son contrôle sur le reste de l’armée. Le président intérimaire n'a pas trouvé pas mieux que de cumuler avec ses fonctions à la tête du gouvernement de transition, celles de ministre de la défense et des anciens combattants !

La boulimie de Zida

Comme s’il se savait attendu au virage par d’autres composantes de cette armée, il se méfie. C’est ainsi que le titulaire du portefeuille de l’administration du territoire, de la décentralisation et de la sécurité, Auguste Denise Barry, serait son numéro 2. Outre ces postes régaliens, l’armée burkinabè hérite également du ministère des sports et des loisirs ainsi que de celui des mines et de l’énergie. Seuls les postes importants comme les ministères des Affaires étrangères, dont s’occupe personnellement le président Michel Kafando et le ministère de l’économie et des finances, échappent quelque peu à la boulimie de Zida et de ses camarades. La candidate malheureuse à la désignation du président de la Transition, Joséphine Ouédraogo, hérite, elle, du ministère de la justice. Consolation peut-être pour les femmes qui ne sont que quatre dans cette équipe.

En somme, l’armée en général et le colonel Zida et ses proches en particulier sont au cœur de la Transition. Ce qui, en soi, est une confiscation à peine déguisée de la révolution menée par le peuple burkinabé. Manœuvrant avec habileté et bernant en quelque sorte tout le monde, l’armée, que l’on croyait avoir chassée avec le président Blaise Compaoré, a réussi à se regénérer et à s’imposer comme un acteur incontournable du pouvoir. Son poids est d’autant plus important que le président Michel Kafando ne paraît pas en mesure d’incarner le contrepoids nécessaire. Lui qui est avant tout ''le choix de l'armée'', croit devoir certainement son poste plus à l’armée qu’au peuple burkinabè.  

Le cas Kafando

Ce n’est pourtant pas la seule source d’inquiétude concernant le ''cas'' Michel Kafando. Le discours qu’il a délivré à l’occasion de la passation de charges, vendredi dernier, donne également de lui l’image d’un dirigeant populiste.  Autrement, l’annonce des enquêtes visant à retrouver la tombe de Thomas Sankara ou encore des poursuites judiciaires contre de prétendus fossoyeurs de l’économie nationale, ne sont pas des priorités du mandat qui lui est confié. Il s’agit plutôt d’annonces dont la caractéristique est de plaire à l’auditoire de circonstance. 

Or, il lui est strictement demandé de faire en sorte qu’en un an, les Burkinabè, à travers un processus électoral transparent, équitable et régulier, puissent élire un nouveau président de la République. Ce dernier, disposant de plus de temps et de légitimité, pourra s’occuper de ces dossiers sensibles.  

Un président de la transition qui veut réussir n’a aucun intérêt à susciter des polémiques susceptibles de lui créer des adversaires matinaux. Parce qu’il n’aura ni le temps, ni le luxe de guerroyer. A moins qu'il ne veulle être hors-jeu ou hors du temps...

Boubacar Sanso BARRY pour GuineeConakry.info       

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