BURKINA FASO : La transition, c'est maintenant !

Les autorités de la Transition du Burkina ont-elles à cœur de rattraper le retard consécutif à la lenteur constatée dans l’annonce de l’équipe gouvernementale ? Ou bien voudraient-elles, ne laisser aucune place à la polémique liée à la prédominance de l’armée dans cet attelage gouvernemental ? Toutes ces deux hypothèses peuvent rendre compte de la vitesse que le colonel Zida semble vouloir imprimer à l’action de son gouvernement. Par contre, le manteau de réformateur qu’il voudrait endosser n’est pas particulièrement approprié pour le mandat qui est confié au tandem qu’il forme avec le président Michel Kafando.

Sur la forme, deux éléments caractérisent le tout premier Conseil des ministres du gouvernement burkinabé de transition.

Ne pas perdre de temps, mais...

Tout d’abord, il y a le timing. Faisant comme dans l’armée, le colonel Zida s’est entretenu avec ses collaborateurs en une heure chrono. Juste ce qui avait été annoncé. En temps normal, on aurait décelé un côté expéditif. Mais vu les circonstances, cette rigueur dans le respect des horaires est un message selon lequel ''les dirigeants de l’heure n’entendent pas perdre du temps''. C’est comme pour dire qu’ils ont conscience que le temps leur est compté. C’est une communication à destination des révolutionnaires qu’on a besoin de rassurer, ne serait-ce que pour ce début.  

En second lieu, on retient la métamorphose vestimentaire des membres militaires du gouvernement. A commencer par le colonel Zida, ils avaient tous troqué leurs uniformes contre d’élégants costumes cravates. Parés comme ils l’étaient hier, ils font moins penser au camp militaire. Cette évolution-là n’a rien à voir avec le hasard. Conscients de la méfiance qu’ils suscitent, le colonel Zida et ses camarades font ainsi le nécessaire pour faciliter leur intégration, leur ''civilisation'' dans le gouvernement et dans la conscience collective. Il n’est cependant pas exclu que, les ambitions s’affinant au fil du temps et des circonstances, certains d’entre eux finissent par définitivement garder la ''veste-cravate''.

Zida devra éviter les zigzags 

Sur le fond, les conclusions de ce premier Conseil des ministres sont quelque peu en contradiction avec l’empressement dont on parlait précédemment. En effet, comme l’avait fait le président Michel Kafando à la faveur de la passation de service, le colonel Zida inscrit les réformes comme priorité de ses priorités. Or, dans son entendement, réformes signifie poursuites des dossiers pendant à la justice. Il voudrait ainsi que ceux qui se sont rendus coupables de corruption soient identifiés, interpellés, jugés et condamnés selon les lois de la République. Comme Kafando, il n’est pas opposé à la relance de l’enquête sur la disparition de notre confrère, Norbert Zongo, mystérieusement assassiné en 1998. Il ne s’opposera pas non plus à des initiatives visant à retrouver la tombe de l’icône nationale qu’est Thomas Sankara. En gros, les dirigeants de la Transition burkinabé se présentent en redresseurs de tort.

En soi, ces objectifs sont louables, mais il y a que ceux qui les ambitionnent n’ont pas cinq ans, comme une équipe issue d’une élection régulière. Conscient de cet obstacle temporaire, le peuple ne leur a assigné qu’un objectif prioritaire : l’organisation d’élections législatives et présidentielles libres et transparentes. Le risque avec tous les chantiers qu’ils projettent, ce serait qu’ils négligent et mettent en péril cette mission fondamentale.  

Le risque est d’autant plus élevé que certains dossiers sensibles qu’ils voudraient rouvrir ne manqueront pas de soulever des polémiques et des controverses qui accapareront le débat et détourneront l’attention. Par le simple fait de vouloir faire plaisir à une opinion dont l’avis est, de toutes les façons, plutôt fluctuant, Michel Kafando et le colonel Isaac Zida pourraient alors, à s'y méprendre, remettre en cause les immenses espoirs suscités par la révolution burkinabé.

Une sombre perspective qu’ils devraient aider à éviter, en laissant au futur président de la République, issu des urnes, le soin de s’occuper de ces cas épineux qui exigent plus de temps.  

Boubacar Sanso BARRY pour GCI    

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