BLAISE COMPAORE : La rançon de l’entêtement

Le bras de fer entre le président burkinabé et ses compatriotes, s’est dramatiquement poursuivi hier. Sourd aux appels de son peuple, Blaise Compaoré a voulu aller jusqu’au bout de sa logique personnelle. Mais en face, il a trouvé plus déterminé que lui. Résultat ? Même s’il parvenait à sauver sa tête au sommet de l’Etat comme il l’espère encore, il ne lui restera plus une seule once d’autorité. Par ailleurs, comme beaucoup d’observateurs l’avaient déjà entrevu, sa boulimie du pouvoir pourrait remettre en cause bien d’acquis de sa gouvernance.

Les premières conséquences de l’entêtement du président Blaise Compaoré se sont très tôt manifestées hier. Tout d’abord l’assaut contre le siège du parlement et l’incendie d’une bonne partie de l’édifice. Si l’on peut se réjouir qu’aucun des parlementaires n’ait été physiquement attaqué par les manifestants, par contre, des sources indiquent qu’écrans de télévision, mobiliers et autres ordinateurs ont fait les frais de la colère populaire! Ensuite, la foule, échappant au contrôle des leaders de l’opposition et de la société civile, s’est dirigée vers le siège de la télévision, auquel elle a réservé le même sort. Ces deux premiers actes symbolisant sa détermination, elle a alors pris la direction du palais présidentiel de Kosyam, pour, disait-elle, en extraire son locataire de président!

Un peuple synchronisé

Synchronisées avec les événements dans la capitale, les populations de Bobodioulasso, la deuxième ville du pays, se sont également attaquées à la mairie et au siège du CDP, le parti au pouvoir. Soudain, devant cette tournure insurrectionnelle, le pouvoir réalise enfin toute la gravité de la situation. Il veut se racheter, mais il s’y prend tardivement. Pour les manifestants surchauffés, la suspension du projet de révision constitutionnelle, la dissolution du gouvernement, l’état d’urgence et l’Etat de siège, sont vraiment nuls et de nuls effets. Ces actes émanent d’un pouvoir qui ne doit plus exister à leurs yeux. Après des heures de négociation et de conciliabule, certainement arbitrés par des diplomates occidentaux, l’armée à travers le chef d’Etat-major des armées, décide de la prise du pouvoir.

La grande muette entre scène

Selon un communiqué lu au nom de la grande muette, toutes les institutions sont dissoutes et une période de transition d’un an est décrétée. Mais les révolutionnaires burkinabé ne jubilent pas pour autant. Parce que la déclaration manque de précision, dans la mesure où elle ne spécifie pas l’identité de celui ou celle qui aura en charge la gestion de la transition. Par ailleurs, le sort de Blaise Compaoré n’est pas non plus, clairement défini. 

C’est alors qu’on nageait dans cet océan d’incertitudes que la déclaration tardive du président est venue en rajouter à la confusion. En effet, le chef de l’Etat, sans faire référence à la déclaration de l’armée, dit avoir compris le message relatif au changement que le peuple lui a adressé. En conséquence, il s’engage à parachever son mandat et à transmettre le pouvoir à un président qui sera démocratiquement élu. En signe de bonne volonté, il annonce la levée de l’Etat de siège! Foutaise, pensent les manifestants! C’est la cacophonie.

La fissure et la rupture

Tout indique qu’une fissure s’est créée au sein des forces armées régulières. Une première partie, s’alignant derrière le chef d’Etat-major général, semble avoir fait le deuil de la gestion du pouvoir par Blaise Compaoré. Mais en face, une seconde partie, sans doute composée par les soldats et les officiers grassement entretenus par le président de la République, voudrait sauver les meubles. D’où le risque d’un affrontement au sein de la grande muette. Une sombre perspective qui pourrait alourdir le bilan déjà élevé, qui se situerait autour d’une vingtaine de morts et d’une quarantaine de blessés.

Voilà ce à quoi, le président Blaise Compaoré aura conduit son pays, en ignorant les légitimes aspirations de son peuple. Malheureusement, la chronique n’est pas encore terminée.  

Boubacar Sanso BARRY pour GCI 

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